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[CRITIQUE] : Des preuves d'amour


Réalisatrice : Alice Douard
Acteurs : Ella Rumpf, Monia Chokri, Noémie Lvovsky, Emy Juretzko,...
Distributeur : Tandem
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique, Romance.
Nationalité : Français.
Durée : 1h37min.

Synopsis :
Céline attend l’arrivée de son premier enfant. Mais elle n’est pas enceinte. Dans trois mois, c’est Nadia, sa femme, qui donnera naissance à leur fille. Sous le regard de ses amis, de sa mère, et aux yeux de la loi, elle cherche sa place et sa légitimité.





Si la maternité est, que ce soit sous l'artifice de l'humour comme du drame voire même de l'horreur, l'une des thématiques les plus familières de la production cinématographique - pas uniquement bien de chez nous -, gageons qu'elle a rarement  pu être abordé sous l'angle loin d'être évident à négocier avec délicatesse, du jugement social qu'elle peut susciter, tout en explorant dans le même mouvement, les incertitudes et les doutes face aux bouleversements que peuvent chérir en elle la notion même de donner et/où d'accueillir la vie.

C'est tout le (beau) programme annoncé par le premier long-métrage à la fois autobiographique (où pas loin) et introspectif de la wannabe cinéaste Alice Douard, Des preuves d'amour, dont les similitudes avec son court-métrage L'attente, sont loin d'être anodines tant les deux narrations se fixent sur les derniers instants (sur un laps de temps évidemment moins resserré pour le long-métrage, puisque le court se limitait à la salle d'attente d'une maternité) d'un couple de femmes avant l'arrivée d'un bébé, porté par l'une d'elle.

Copyright Tandem Films

Si elle est en partie logée sous le prisme des codes cotonneux de la comédie romantique (genre ultra-balisé qui se fait, justement, un terreau parfait pour questionner les rôles traditionnels de genre et encore plus celui de " l'observateur " d'une grosse, quasi-intégralement dévoué à l'homme sur grand écran), la narration s'exprime avec peut-être encore plus d'aisance dans les eaux complexes de la comédie dramatique intimiste, vissée qu'elle est, avec en toile de fond l'adoption de la loi Taubira d'avril 2013 (qui légalisait le mariage pour tous tout en laissant un véritable brouillard humain, quand à la capacité du cadre légal à pouvoir reconnaître une personne comme une deuxième mère où un second père), sur la remise en question de sa conception de la maternité d'une jeune femme pendant la grossesse de sa compagne.

Un questionnement angoissé et sincère nourrit par la relation difficile qu'elle a toujours entretenue avec sa propre matriarche (rarement présente pour elle durant son enfance) mais également par les incertitudes de son entourage (même de sa compagne, à travers les difficultés qu'elles rencontrent pour concilier leurs deux rôles de mères et exprimer leurs engagements mutuels) qui ne font que renforcer son manque de confiance en elle.
Une figure submergée que la cinéaste dépeint sans le moindre jugement et avec une affection jamais feinte, portrait empathique et authentique d'une transformation émotionnelle touchante comme d'une individualité qui s'affranchie non sans heurts, aussi bien d'une discrimination systémique que des idéaux rigides et conservateurs d'une société loin d'être moderne, pour embrasser son desir d'adopter et (re)penser son modèle de maternité idéale.

Copyright Tandem Films

D'une légèreté assez folle (dans le bon sens du terme) malgré une densité psychologique particulièrement fine et marquée (et c'est là où la révérence, totalement assumée par Douard, avec le cinéma Hirokazu Kore-eda fait plutôt joliment sens), puisant sa force dans la banalité de séquences joliment universelles, Des preuves d'amour est un petit bout de cinéma infiniment juste et touchant, une fable morale engagée et engageante dominée par un magnifique tandem Ella Rumpf/Monia Chokri.

La (très) belle surprise de la semaine.


Jonathan Chevrier