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[CRITIQUE] : Le Maure de Karatas


Réalisateur : Adilkhan Yerzhanov
Avec : Zhandos Aitbasov, Berik Aytzhanov, Anna Starchenko,...
Distributeur : Tajine Studios
Budget : -
Genre : Action.
Nationalité : Kazakh.
Durée : 1h23min

Synopsis :
À Karatas, entité urbaine abstraite où les stigmates de la corruption forment le décor d’un monde désincarné, Moor, ancien militaire mutique au lourd syndrome post-traumatique traîne ses propres fantômes derrière lui. Il retrouve Maria, la femme de son frère, mannequin en sursis, tentant de survivre aux dettes laissées par un mari disparu. Écartelée entre un métier exigeant, un fils à élever et la menace constante d’un mafieux Maria se débat dans une chute inexorable. L’arrivée de Moor dans sa vie ouvre une brèche dans ce désespoir : une mission de rédemption autant que de protection, comme un dernier sursaut d’humanité.





Parce qu'une seule proposition ce n'est définitivement pas assez (on est tout à fait d'accord avec cette idée), là programmation toujours aussi affûtée de l'Étrange Festival s'est décidé à pousser les potards de la générosité un gros cran plus loin, plus encore qu'une année 2022 où figurait dans la sélection les géniaux Assaut et Immunité Collective, puisque cette 31ème édition ne compte pas une mais trois séances - deux films et une série télé (!) - chapeauté par le génial et prolifique cinéaste kazakh Adilkhan Yerzhanov, plus que jamais à la maison dans l'hexagone (manque plus qu'à renommer Châtelet-les-halles en station Yerzhanov, et on est bon).

On prend évidemment le cadeau sans se faire prier (faudrait quand-même être sacrément couillon pour manquer le rendez-vous, en bons amoureux du cinéma du bonhomme que nous sommes), tant cela reste une vraie bénédiction d'y découvrir en avant-première son cinéma, puisqu'il n'est jamais totalement acquis que ses films aient des distributions décentes (même si l'on a pas à se plaindre de ce côté) dans l'hexagone.

Passé l'uppercut énervé et brutal Cadet, place au plus burné - dans le bon sens du terme - Moor, révérence pas si lointaine au Drive de NWR comme au Rambo de Ted Kotcheff où il quitte la cambrousse kazakh pour un cadre plus urbain (mais encore plus bouffé par la corruption, ici à grande échelle), vissé sur les aternoiements d'un vétéran de guerre mutique mais à l'efficacité redoutable (Moor donc, aussi aficionados d'armes artisanales qu'il est totalement maître de ses facultés à dessouder mignon son prochain), traumatisé par une guerre qui n'était pas la sienne et qui lui a fait tuer beaucoup trop d'hommes (au point d'être, littéralement, hanté par eux), obligé pourtant de reprendre arc et couteau pour sauver des griffes de la mafia, sa pauvre belle-sœur et son neveu, qui éponge les dettes de son frère disparu, Houdini (et qui a un peu trop pris à cœur la référence de son prénom, donc).

Peut-être un poil trop expéditif pour son bien mais prenant totalement à son compte ses références Bis-esque (on sent les influences marquées de-ci, de-là de John Milius, Sergio Leone où encore Walter Hill) pour voguer presque à contre-courant, avec ses explosions de violences fuyantes et insensibles aux contours volontairement craspec (où seul une héroïne/mère courage incarne une figure à la fois saine et lumineuse), venant pimenter un ton étonnamment posé pour le genre et une profondeur jamais discordante (comme pour First Blood, on théorise sur les ravages de la guerre et le poids d'une mort qui ne quitte jamais vraiment son héros); Moor aka Le Maure de Karatas se fait évidemment plus perfectible que Cadet mais n'en reste pas moins un petit bout de cinéma intense et prenant, dominé par un Berik Aitzhanov torturé et charismatique as hell.

Bref, on t'aime Adilkhan, vraiment, et ce n'est pas prêt de changer.


Jonathan Chevrier