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[COEURS D♡ARTICHAUTS] : #15. The Necessary Death of Charlie Countryman

Copyright Bona Fide Productions

Parce que l'overdose des téléfilms de Noël avant même que décembre ne commence, couplé à une envie soudaine de plonger tête la première dans tout ce qui est feel good et régressif, nous a motivé plus que de raison à papoter de cinéma sirupeux et tout plein de guimauve; la Fucking Team vient de créer une nouvelle section : #CoeursdArtichauts, une section ou on parlera évidemment de films/téléfilms romantiques, et de l'amour avec un grand A, dans ce qu'il a de plus beau, facile, kitsch et même parfois un peu tragique.
Parce qu'on a tous besoin d'amour pendant les fêtes (non surtout de chocolat, de bouffe et d'alcool), et même toute l'année, préparez votre mug de chocolat chaud, votre petite (bon grande) assiette de cookies et venez rechauffer vos petits coeurs de cinéphiles fragiles avec nous !



#15. Charlie Countryman de Fredrik Bond (2013)


Dans la catégorie des sorties injustement passées totalement inaperçues.aussi bien en salles que dans les bacs, Charlie Countryman se pose bien-là, lui qui incarne sans forcer l'un des meilleurs premiers films que l'on ait vu depuis longtemps (on est toujours un peu dans l'exagération, tu commence à bien nous connaître), mais surtout l'une des romances les plus poétiques, énergiques et barrées filmées sur grand écran, depuis le Roméo + Juliet de Baz Luhrmann et le True Romance de Tony Scott.
Ou un putain de moment de cinéma unique à la beauté ravageuse, rien que ça.
The Necessary Death of Charlie Countryman en v.o (titre qui prend tout son sens dans le sublime final), ou l'histoire de Charlie, qui vient d'assister impuissant au décès de sa mère, malade depuis de longues années.
Celle-ci, avant de définitivement quitter cette vie, lui est venue en tant que spectre, pour le sommer de vivre sa vie au maximum et d'essayer tant bien que mal à gouter au bonheur qu'une existence confrontée trop tôt à la mort, l'a longtemps privée.

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Elle lui conseille de s'envoler faire sa vie à Bucarest, ce que le jeune homme fera in fine très peu de temps après.
Durant le vol le menant à la capitale roumaine, il fait la rencontre d'un vieil homme, son voisin de siège, fan de baseball et avec qui il sympathise jusqu'à ce que celui-ci meurt soudainement sur son épaule (pas de bol, décidément).

Tout comme sa mère, il lui réapparaitra sous forme de spectre histoire de lui demander de retrouver sa fille, Gaby, et de lui donner le fameux cadeau - une sorte de chapeau ridicule - qu'il comptait lui offrir avant de disparaitre brutalement.
Une fois débarqué, Charlie retrouve à l'aéroport la dite Gaby et, parce qu'il n'est pas à un coup du destin près, il en tombe irrémédiablement amoureux.
Pas le plus futé des hasards puisqu'elle " appartient " déjà à un autre, le violent criminel Nigel, avec qui elle est pourtant séparé, vérité à laquelle ne se résout pas cet amoureux jaloux - et le mot est faible.

Mais armé de son charme, de son esprit et de son humour (mais surtout de son penchant mignon pour s'attirer des emmerdes), le sympathique Charlie va tout faire pour la conquérir et l'extirper du joug de son brutal milieu et ce, même si il va devoir physiquement en payer le prix...

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Portée par une ambiance voguant constamment entre poésie, mort (que ce soit celle des parents des deux héros, ou celle que sème Nigel sur sa route) et renaissance (celle de Gaby et Charlie grâce à leur amour), Charlie Countryman incarne une formidable ode à la vie, un choc puissant et dévastateur dont on tombe instantanément amoureux au premier regard, pour peu que l'on accepte l'invitation de cinéma délirante qu'elle incarne.

Magnifique conte moderne et onirique flanqué dans une réalité brutale - et rythmé comme une pile Energizer -, on y suit les yeux fermés mais surtout le cœur battant les aventures d'un amoureux transi, arpentant les rues en pleine mutation de Bucarest - dont on rêve une fois la salle quittée, d'en visiter tous les recoins -, pour (re)trouver l'amour et un sens à sa vie, guidé par sa foi inébranlable en ses sentiments et en la parole d'une mère qui s'avérera finalement complétement contradictoire (celle-ci confondant en réalité, Bucarest et Budapest !).

La vie est courte et Charlie ne le sait que trop bien, voilà pourquoi sa quête, aussi bien spirituelle que sentimentale, ce fera toujours sous tension et dans l'urgence, comme si chaque décision prise était décisive pour la continuité de son existence; un sentiment d'urgence constant pour (sur)vivre au coeur d'une spirale qui a (presque) tout d'infernale, que Bond instaure dès les premières secondes, via le prologue - qui s'avère être également l'épilogue -, ou l'on voit Charlie la tête ensanglantée et suspendu par les pieds dans le vide.

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Une pression qu'il n'aura de cesse de perpétuer, la grande faucheuse étant de tous les instants derrière le héros, comme un rappel parfois bouleversant (la complicité qui le lie avec sa défunte mère), inquiétant (l'ombre de Nigel trotte continuellement l'esprit de Charlie), ou même amusant (le père bienveillant de Gaby).
Et c'est d'ailleurs la mort de celui-ci, qui incarnera l'élément déclencheur de l'intrigue, celle qui va chambouler tous les plans de Charlie, pour le meilleur mais également le pire.

Bond maitrise les genres avec une aisance élégante, étant aussi à l'aise avec le drame poignant que le thriller haletant et violent, qu'avec la comédie potache comme la romance touchante, désamorçant sa tension à coups de scènes totalement impensables (les yeux dans le trou des toilettes, ou encore la faisabilité d'écrire ou non à l'intérieur d'un anus...), tout en se plaisant à interroger son spectateur sur les fondements du bonheur, sur ce qui mérite d'être véritablement vécu dans la vie, sur les choses pour lesquelles on doit se battre sans hésiter une seule seconde (comme ne pas passer à côté de LA rencontre de notre vie) tput en invitant à se focaliser sur trois choses essentielles : oser agir, croire en la richesse du moment présent - et l'opportunité qu'il peut créer - et à aimer, à se sacrifier pour ses sentiments quitte à justement, en crever.

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Moderne, marquant, coloré et pourvu d'une identité qui lui est propre, bourrées d'inventivités visuelles (comme, à titre d'exemple, la mise en image des âmes disparues), et de références aussi improbables que joliment surprenante (on peut très bien voir le film comme une version sous acide d'Alice aux Pays des Merveilles ou même comme une version contemporaine de Roméo et Juliette), citant aussi bien les fabuleux cinémas de Danny Boyle, Baz Luhrmann ou même celui de feu Tony Scott dans son style aussi bien européen que ricain; le film est une love-story non-conventionnelle ou les personnages, que ce soit les rôles-titres (Shia LaBeouf et Evan Rachel Wood sont parfaits) ou les seconds couteaux (Mads Mikkelsen vole la vedette dans le peu de scènes qui lui est alloué), sont tous pourvu d'une profondeur étonnante et salutaire.

Percutant, passionnel, bouleversant (l'idée de toujours se souvenir des beaux moments lorsque l'on perd un être cher), planant (cela cite souvent l'énergie du Trainspotting de Danny Boyle encore une fois), magnifié par une bande originale à tomber par terre (Moby, Sigur Ros ou encore M83, soit ce qu'il y a de mieux dans un film en 2014 pour le moment), appuyant chaque émotion parcourant la péloche (si Moby magnifie la poursuite dans le métro, M83 rend encore plus vibrant le final), une photographie éblouissante et un cadre superbe; le long-métrage, qui tire son essence d'une histoire somme toute assez banale, s'avère pourtant in fine une réussite exemplaire de la part d'un metteur en scène que l'on imagine aisément capable de transformer l'essai à l'avenir (quoique sept ans après, sa confirmation prend du temps).

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The Necessary Death of Charlie Countryman ou un rêve éveillé étrange mais terriblement envoutant et attachant, une expérience sans nul pareil qui pousse instinctivement à la reproduire encore et encore jusqu'à un potentiel épuisement qui ne peut finalement jamais arriver.
Il est de ces films à part, certes pas dénués d'aspérités mais qui peuvent se revoir Ad vitam æternam sans que le plaisir que sa vision procure, ne s'en retrouve ne serait-ce qu'un poil altéré par le temps et la répétition.
On est mordu ouais, et sacrément même...


Jonathan Chevrier