Jonathan

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #60. Cruel Intentions

© 1999 - Miramax Films

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 ! 




#60. Sexe Intentions de Roger Kumble (1999)

À une heure ou les teens movies sont, au-delà de ne pas être fondamentalement mémorables (soyons honnêtes, ils sont rares ceux à survoler la mêlée du divertissement moyen chaque année), trop souvent adaptés de romans YA à la popularité relative, le regain de santé qu'à connu le genre à la fin des 90's jusqu'au début des années 2000, avait montré des cinéastes faisant preuve d'infiniment plus d'audace, en adaptant du Shakespeare (Othello), du Bret Easton Ellis (Les Lois de l'Attraction), du Stephen King (Un Élève Doué) et même du Choderlos de Laclos, avec Sexe Intentions de Roger Kumble.
Une relecture des Liaisons Dangereuses qui sur le papier, avait tout du concept on ne peut plus malin et logique, qui allait servir de brouillon à la plutôt laborieuse Gossip Girl; tant quel univers pouvait se prêter au mieux à une amoralité dépravée et à des âmes boursouflées par l'égoïsme... que l'enfance bourgeoise et privilégiée de la Grosse Pomme.

© 1999 - Miramax Films

Surtout que même s'il se laisse un brin aller à une fin moralisante (mais jouissive, merci The Verve et Bitter Sweet Symphony), il est tout du long d'un cynisme ravageur autant qu'il est impitoyable dans son respect sincère de l'oeuvre originale.
Rafraîchissant et provocateur dans sa vision loin d'être éponge de la romance adolescente (il était vraiment unique en son genre, et c'est bien assez rare pour être noté), tout autant que dans sa manière sournoise de s'amuser de diverses perversités de son intrigue (il est assez surréaliste parfois de voir de jeunes héros se lancer dans des stratégies sexuelles aussi sournoises et sophistiquées), Cruel Intentions renoue avec une certaine franchise de ton so 70's dans son approche du sexe, plus pertinentes que les potacheries ambiantes - certes parfois excellentes -, et dont l'érotisme subtil et suggéré s'avère au final plus évocateur que le plus expressif des ébats visant à flatter un spectateur amateurs de cuisses fragiles.
Le film n'est jamais aussi prenant et fascinant que lorsqu'il fait en sorte de mettre son tandem diabolique Sarah Michelle Gellar/Ryan Philippe dans le même cadre, tant ils développent une charge émotionnelle incroyable, une liaison perverse et puissante dont la méchanceté et l'attirance mutuelle qui les unit, fonctionne comme un irrésistible stimulant sexuel.
Elle est merveilleusement machiavélique en tant que jeune femme brillante et intelligente qui sait exactement comment utiliser de ses charmes, tandis que lui est suffisamment froid et détaché pour rendre intéressant son Valmont, même quand il est finalement troublé par la flèche d'un véritable amour.

© 1999 - Miramax Films

S'il met parfois un peu la pédale douce dans ses effets (on retiendra surtout un bisou entre femmes sensuel mais bien baveux) et sa narration (un final pas assez jusqu'au-boutiste, un traitement des personnages franchement inégale, rendant de facto certaines réactions soit faciles, soit foireuses,...), et qu'il survole avec bien trop de légèreté certains thèmes importants (le racisme, les problèmes de drogue,...), il n'en reste pas moins totalement défendable dans ses faiblesses, tant elles sont continuellement relevées par des points forts solides : un casting de jeunes loups convaincants, une bande originale démente, une modernisation appliquée, une mise en scène soignée juste ce qu'il faut et des dialogues soutenus.
Une belle petite péloche d'une autre époque (sans aucun doute, l'un des meilleurs teen movies des 90's), dans tous les sens du terme, et dans laquelle il est toujours aussi bon de se replonger, même deux décennies plus tard... oui, nous sommes vieux...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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