Ad Astra

[CRITIQUE] : Ad Astra

 

Réalisateur : James Gray
Acteurs : Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Ruth Negga, Liv Tyler, Donald Sutherland,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : -
Genre : Science-fiction, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h04min

Synopsis :
L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.




Critique :



Deux films en un tout petit peu plus de deux ans, James Gray n'est certes pas encore en passe d'atteindre la frénésie créative d'un Woody Allen (qui prouve avec ses oeuvres que prolifique ne rime pas nécessairement avec qualitatif), mais cette proprension à nous revenir plus vite que prévu est suffisamment satisfaisante pour être noté, tant le bonhomme, cinéaste patient et déterminé, ne nous revient qu'avec un chef-d'oeuvre (où pas loin de l'être) dans sa besace.
Deux ans après le merveilleux The Lost City of Z, plongée fascinante dans une jungle Amazonienne autant hostile qu'envoutante, qui n'était en fait que la face immergée d'une immersion physique et psychologique, au coeur de la soif de découverte et de gloire débordante d'un explorateur passionnée, Gray récidive dans l'oeuvre foisonnante au coeur d'un chaos encore indicible, en jouant pleinement la carte de la surenchère Hollywoodienne à tous les niveaux.




Avec Ad Astra, qui n'a de cesse de lui répondre avec un enthousiasme non feint, le terrain de jeu est encore plus imposant (l'anxiogène jungle Amazonienne cède sa place à l'immensité sourde et infini de l'espace) et la plongée intime définitivement plus renversante, dans les tréfonds labyrinthiques de l'âme humaine.
Si dans l'espace, personne ne vous entend crier, ce que ne prend pas aux mots le cinéaste en signant une véritable oeuvre sensorielle pleine de bruits et de fureur (notamment dans des séquences sur une lune colonisée et aux doux relans de Far West), il ne vous entend pas non plus pleurer.
Sous couvert d'une expérience spatiale spectaculaire et vertigineuse, le papa de We Own The Night préfère pourtant plonger tête la première dans l'introspection/l'auscultation intime d'une âme dont l'odyssée homérique (dans la plus pure tradition du terme, tant on y voit un fils aller chercher son père disparu) dans les bras glaciales de l'inconnu - aussi bien le lieu de sa destination que l'aboutissement de sa quête -, où les temporalités se troublent autant que les sentiments et les certitudes.




Traitant la mélancolie et le désespoir par la métaphysique (partir on ne sait où pour mieux se retrouver soi-même, comme pour les récents Gravity d’Alfonso Cuaron, Interstellar de Christopher Nolan, High Life de Claire Denis, Annihilation d'Alex Garland et First Man de Damien Chazelle, une voix-off un poil plombante en plus) dans une sorte de songe médidatif catalysant bons nombres de nos peurs existentielles, le cinéaste fait de son Roy McBride, un héros comme il les aime, torturé et habité par une tristesse absolue, la faute à un cocon familial est brisé par une vie qui ne pardonne rien (et qui, de facto, les empêche de jouir de toute satisfaction personnelle et de pleinement construire leur vie), mais dont le désir viscéral de partir toujours plus loin à la recherche de réponses qu'il n'aura sans doute jamais, se fait le moteur d'une quête intime à l'humanité et à l'universalité désarmante.
Tout en intensité et en retenue, Gray transcende ses thématiques (la relation père/fils en tête, évidemment) pour composer avec force et profondeur, un moment de cinéma hypnotique, psychanalytique et grisant, un trip expérimental techniquement étourdissant aux bordures proche du documentaire sur certains plans, fixant ses propres règles et bornes science-fictionnelles pour incarner une véritable entité unique et renversante en tout point, tout autant qu'elle est, sans doute, l'oeuvre la moins accessible et la plus endeuillée de son géniteur.




Ce qui importe dans Ad Astra, ce n'est jamais la finalité bouleversante du voyage, mais bien le chemin arpenté par son héros, incarné à la perfection par un Brad Pitt totalement dévoué en grand enfant malheureux et perdu (on notera également la partition folle et mystique d'un Tommy Lee Jones retrouvé), le voyage solitaire, sensoriel et presque irréel vers l'insaisissable (pointant avec pertinence la vacuité de l'humanité, et son désir de toujours poursuivre ce qu'il ne peut obtenir), moteur d'une oeuvre définitivement plus cérébrale et à fleur de peau que spectaculaire, mais surtout formidable dans sa réflexion sur la solitude et l'humanité dans son imposante généralité, dont la densité et la complexité implique plusieurs visions pour en capter toute la richesse et la subtilité.
On t'aime James, vraiment.


Jonathan Chevrier




John Chevrier

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