Jonathan

[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #104. The Karate Kid

(Columbia Pictures/IMDb/TNS)

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 !





#104. Karaté Kid : Le Moment de Vérité de John G. Avildsen (1984)


Parfois (souvent ?), il ne faut pas s'arrêter à un titre de film, qu'il soit une définition simpliste ou totalement décalée de ce que propose au final l'oeuvre, tant c'est bel et bien ce qu'elle raconte qui importe toujours le plus.
S'arrêter donc sur le titre on ne peut plus simpliste, voire un tantinet nanardesque - on peut dire ridicule, aussi -, de The Karate Kid, et s'empêcher de découvrir ce qui est sans l'ombre d'un doute, l'un des films les plus enthousiasmants, doux et riches que les 80's nous auront offert, est une MONUMENTALE ERREUR, tant il va bien au-delà de son statut un poil réducteur, de teen movie prétexte à capitaliser sur un phénomène à la popularité croissante à l'époque, outre-Atlantique (les sports de combats et, par extension, le karaté).

(Columbia Pictures/IMDb/TNS)

Vrai hommage appliqué et sincère à un art, une discipline qui prône l'équilibre discipliné du corps et de l'esprit, la défense (car c'est avant tout un art de défense et non d'attaque, comme on pourrait vulgairement le penser de prime abord, et ce dès son nom : " kara ", qui veut dire ouvert et " té ", qui veut dire main) et la spiritualité (le karaté c'est dans la tête et le coeur, pas une ceinture de couleur autour de la taille), doublé d'une vraie ode à l'amitié et la tolérance; la péloche s'appuie merveilleusement autant sur la mise en scène appliquée d'un John G. Avildsen rompu à l'exercice (Rocky, c'est lui... et Rocky V aussi), que sur l'écriture fine et fouillée de l'excellent scénariste Robert Mark Kamen - qui pratique lui-même assidûment le karaté -, qui transcende les contours du teen movie lambda.
On y suit les aléas du jovial Daniel LaRusso, petit bout d'homme de dix-sept ans qui doit quitter son New Jersey natal pour l'autre bout du pays et la Californie - San Fernando Valley -, sa mère l'élevant seule depuis le décès de son mari quelques années plus tôt, ayant une opportunité de carrière qu'elle ne pouvait pas refuser.
Le soleil, la plage et la possibilité d'une nouvelle vie, tout pourrait sourire à Daniel s'il ne s'était pas embrouillé avec la petite frappe locale, Johnny, pour le coeur de la belle Ali.
Harcelé et violenté par lui et sa menaçante bande, tous karatékas au populaire dojo Cobra Kai du charismatique (et terrifiant) John Kreese, Daniel est une tête de turc plein d'amertume - et stupidement provocateur - qui ne ce sent pas à sa place dans un endroit super rude qui ne veut pas de lui, mais qui va pourtant trouver son salut auprès de l'agent d'entretien de sa résidence, Mr Miyagi (prononcez " Mi-ya-Gui ", c'est important), homme sage mais surtout un ange gardien qui va l'aider à inverser la tendance de son quotidien terrifiant, en lui faisant confronter ses assaillants mais surtout, en lui apprenant d'une manière franchement atypique, les rouages du karaté.

(Columbia Pictures/IMDb/TNS)

Daniel ne sera plus jamais le même grâce à cette amitié improbable, et Mr Miyagi non plus...
Porté, comme les Rocky, par des séquences d'entraînement à la fois délirantes (la mécanique pédagogique loufoque mais géniale de Miyagi, qui applique son savoir via des tâches du quotidien qui amplifient la répétitivité et donc de facto, l'assimilation), qui démontre la force de Kamen à surprendre (personne ne pouvait deviner que cirer une voiture, poncer un plancher ou peindre une barrière, pouvait apprendre des blocages et préparer intérieurement au karaté !) et majestueuse (les plans face à l'océan, score merveilleux aidant, sont d'une beauté sans nom), très actuel dans les thèmes qu'il aborde (le harcèlement et la violence scolaire en tête, deux drames qui près de quarante ans plus tard, n'ont pas été réglés et se sont même amplifiés avec l'arrivée des réseaux sociaux), The Karate Kid incarne avant tout l'opposition de deux visions, deux forces implacables maîtrisant le même art, un regard moderne et très américain (les américains ont justement inventés mes ceintures de couleurs comme véhicule de motivation pour leurs adhérents, et non comme une vraie marque de savoir et de maîtrise), sûre d'elle et faisant la part belle à la puissance, sèche et sans pitié (Cobra Kai), et celui plus pur et traditionnel, mélange équilibré entre la force - juste et appliquée - et l'esprit - le mental comme allié et moteur du corps -; le combat opposée à la défense, incarnés par deux figures tutélaires différentes mais charismatiques - Kreese et Miyagi (l'obscurité et la lumière, le mal et le bien), n'ayant aucun mal à attirer les jeunes adultes en quête de repères et de modèles.
Ils sont parfaitement conscients de ce qu'ils sont et de ce qu'ils provoquent, de leur statut essentiel face aux vies qu'ils aiguillent, soit droit dans le mur, soit vers quelque chose de plus sain.

(Columbia Pictures/IMDb/TNS)

Et car tout est question de conscience au fond dans le film (de soi, des autres et de tout qui nous entoure, la nature en premier lieu), il était donc essentiel que public ait conscience de ce qu'il voit et que les comédiens impliqués, vivent les émotions pour mieux les partager.
Évidemment, outre un William Zabka gentiment détestable en petite frappe manipulée, ainsi qu'un Martin Kove absolument dément dans la peau du sensei John Kreese, qui vampirise l'écran à chaque apparition (" Ennemy deserves NO MERCY !"), ce sont surtout les deux héros titres qui impriment le plus nos rétines : Ralph Macchio, juste et attachant dans la peau complexée de Daniel LaRusso (il deviendra cependant moins empathique au fil de la saga) et feu Pat Morita, épatant à tous les niveaux, et incarnant à la perfection le grand-père de substitution que l'on a tous rêvé avoir un jour.
Infiniment noble et drôle (son timing comique n'était déjà plus a prouvé à l'époque), dur sans le montrer (tout dû moins directement) et capable de nous émouvoir par la simple force de son regard (la scène ou, saoul, il parle de sa défunte femme et de son fils mort-né, est littéralement à pleurer), il est l'incarnation de la compassion et de la sérénité, qui a toujours une réponse juste aux questions, même s'il n'aborde jamais vraiment frontalement les problèmes.
Son amitié avec Macchio, à l'alchimie vibrante et naturelle (ils n'ont pas besoin de feinter leur connexion, elle est palpable tout du long), est la grande force du film et n'aura de cesse de croître au fil de la saga, incarnant même le seul véritable point positif d'un troisième opus malade et indigne de l'opus original, tant il semble purgé de toute sa magie, de sa philosophie et de ses symboles.

(Columbia Pictures/IMDb/TNS)

Infiniment touchant par la sincérité de ses sentiments, enrobé dans un score absolument merveilleux de l'immense Bill Conti (véritable rencontre entre l'Orient et l'Occident, l'Est et l'Ouest), alliant sonorités tonitruantes et maîtrisées - avec des tubes de l'époque -, et des envolées à la flûte de pan de Gheorghe Zamfir, qui caressent avec douceur l'âme autant qu'elles donnent des frissons (indiscutablement l'une des meilleures OST jamais composées), chorégraphié à la perfection - Pat E. Johnson à la baguette - jusque dans un final absolument grisant (ou les coups donnés, couplés à la musique et au jeu d'acteur, provoque une montée d'adrénaline incroyable); Karaté Kid est une merveille de coming of age movie sur l'apprentissage de la vraie vie (celle que l'on n'apprend pas dans les livres ou à l'école), la maturité, l'amour (même si sa romance n'est pas du tout crédible) et l'éducation de l'âme, à la résolution certes un brin prévisible (mais logique, c'est un conte sur un outsider triomphant), mais dont l'universalité est absolument ravageuse.
Un classique absolu du cinéma des 80's, et même du septième art ricain tout court.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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