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[SƎANCES FANTASTIQUES] : #111. Housebound

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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !




#111. Housebound de Gerard Johnstone (2014)


Sorti en 2014, Housebound est le premier long métrage de Gerard Johnstone, cinéaste originaire de Nouvelle-Zélande. Le film raconte l’histoire de Kylie Bucknell, une jeune femme marginale condamnée à l’assignation à résidence chez sa mère, dans la maison familiale. Très vite, des phénomènes étranges semblent indiquer que la demeure est hantée. Le postulat est simple, presque minimaliste : un huis clos domestique, un personnage contraint à l’immobilité, une mère excentrique persuadée de la présence d’un esprit, et une tension qui s’installe progressivement entre rationalité et surnaturel.
Le film s’inscrit dans une tradition néo-zélandaise qui affectionne le mélange des genres, en particulier l’alliance entre horreur et humour absurde. Housebound ne cherche jamais à être un pur film d’épouvante. Il joue plutôt sur l’ambiguïté : paranoïa de l’héroïne, traumatisme enfoui ou véritable présence spectrale ? 

Cette hésitation constitue l’un de ses principaux ressorts narratifs. Les couloirs sombres, les bruits nocturnes, les portes qui grincent et les espaces confinés exploitent efficacement les codes classiques du film de maison hantée, sans toutefois atteindre une réelle intensité terrifiante.
Là où le film se distingue davantage, c’est dans son humour. Les dialogues sont souvent mordants, portés par le contraste entre le cynisme permanent de Kylie et la naïveté optimiste de sa mère. Cette dynamique donne lieu à plusieurs scènes franchement amusantes, d’autant plus que le film assume un ton décalé. Cependant, l’équilibre entre comédie et tension est parfois fragile. Certaines séquences de suspense sont désamorcées trop rapidement par une réplique ironique, ce qui affaiblit la montée dramatique. À d’autres moments, les ressorts comiques paraissent un peu appuyés, voire prévisibles.
Housebound n’est pas un grand film au sens où il ne renouvelle ni les codes du film de fantômes ni ceux de la comédie horrifique. Sa mise en scène reste assez classique, parfois télévisuelle dans son approche des espaces et des cadrages. Le scénario, bien que contenant quelques retournements efficaces, finit par retomber sur des mécanismes relativement conventionnels. On sent un certain manque d’ambition visuelle et narrative qui empêche l’œuvre de véritablement marquer le genre.

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Des problèmes techniques viennent aussi ternir l’expérience, notamment au niveau du son et du doublage dans certaines versions diffusées à l’international. Le mixage sonore peut sembler déséquilibré : certains dialogues sont trop en retrait tandis que les effets sonores tels que bruits de pas ou claquements de porte sont parfois mis en avant de manière artificielle. Cela nuit à la fluidité et à l’immersion, surtout dans un film qui repose en grande partie sur l’ambiance et les micro-variations sonores. Quant au doublage français, il manque parfois de naturel. Certaines voix semblent trop caricaturales ou décalées par rapport au jeu des acteurs, ce qui affaiblit la crédibilité émotionnelle et accentue involontairement l’aspect parodique de certaines scènes. Préférez vraiment le voir en version originale !
Malgré ces limites, le film conserve un charme indéniable. Les personnages sont attachants, notamment grâce à l’écriture des relations familiales, qui constituent le véritable cœur du récit. Derrière l’intrigue surnaturelle se dessine une histoire de réconciliation et de maturité, traitée avec une certaine tendresse. Cette dimension humaine permet au spectateur de s’impliquer davantage que ne le ferait un simple exercice de style horrifique.

À sa sortie, Housebound a bénéficié d’un accueil critique globalement positif dans les festivals spécialisés. Présenté notamment au festival South by Southwest, il a été salué pour son ton original et son efficacité modeste mais sincère. Les critiques ont souvent souligné son humour et son énergie, tout en reconnaissant qu’il ne s’agissait pas d’une œuvre majeure du genre. Le bouche-à-oreille a contribué à lui donner un statut de petit film culte auprès des amateurs de comédies horrifiques.

Jess Slash'Her