Jonathan

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #54. The Specialist

© 1994 - Warner Bros. All rights reserved

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !




#54. L'Expert de Luis Llosa (1994)

Deux scènes à elles seules, incarnent à la perfection tout ce qui ne va pas dans le pourtant prometteur L'Expert de Luis Llosa, projet un temps chapeauté par David Fincher, avant que la réception mitigée de son Alien 3, ne vienne inutilement - stupidement est un mot plus juste -, rebattre les cartes et l'éloigner du projet.

© 1994 - Warner Bros. All rights reserved


La première des deux montre un Sylvester Stallone tout de sueur et de muscles, prenant le bus comme tout un chacun, dans un Miami à la chaleur et à la moiteur vraiment écrasantes.
Citoyen bienveillant, il laisse sa place à une femme enceinte debout dans le véhicule, mais au moment ou celle-ci allait profiter de cet acte de gentillesse de plus en plus rare dans notre société contemporaine et supposément civilisée, un voyou tout droit sortie d'une télénovela des matinées de la TNT, s'assoit sur le siège et insulte poliment Sly, alors que toute sa bande fait du boucan mignon dans le fond du bus.
Pas content devant ce manque de respect et de savoir vivre évident, notre héros, dans une séquence qui convoque directement celle tout aussi ridicule et mémorable de " la place de parking " du jouissif Cobra (humiliation, tee-shirt déchiré et virilité mal placée combinée pour rendre plus badass un personnage qui n'avait strictement pas besoin de cela pour l'être), botte le popotin de toute la petite bande de racaille - un d'entre eux passera de manière assez prévisible, à travers une vitre -, avant de s'en aller tel un prince de la justice expéditive, satisfait et le sourire en coin, d'avoir sauver le bus de la nuisance d'un micro-gang local (sic), mais aussi de libérer suffisamment de places pour qu'une femme enceinte et d'autres voyageurs, puisse s'asseoir dans le calme - à quoi bon péter des gueules sinon ?
La deuxième, est plus effarante encore dans sa gratuité et son inutilité flirtant lourdement avec le ridicule le plus complet.
Raide dingue de sa sulfureuse cliente, une Sharon Stone plus sensuelle que jamais (peut-être plus encore, que devant la caméra du Hollandais Volant Paul Verhoeven pour Basic Instinct), Stallone l'embarque après sa fausse oraison funèbre, dans l'hôtel le plus proche afin de laisser exploser l'alchimie brulante qui les unit... ou presque.

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Si la potentialité d'une romance entre les deux, est amenée avec la finesse d'un hippopotame en rût dans l'intrigue, la " conclusion " charnelle de celle-ci frise gentiment le malaise, avec un Sly loin d'être à l'aise (et le mot est faible, cela se sent durant les deux scènes) et une Sharon Stone pas forcément à la fête non plus (elle aurait été convaincu du bienfait de la scène, après avoir siflé une bonne partie d'une bouteille de vodka Black Death donné à Sly par Michael Douglas... ambiance).
En résulte alors une scène de sexe molle du genou en deux temps, à la chorégraphie (oui, chorégraphie...) totalement ridicule et jamais naturelle, qui n'apporte strictement rien à l'histoire, si ce n'est pour répondre à la gratuité d'une touche " sexy " amorcée peu de temps avant par un effeuillage superflue de Stone, et un yoga intense et très particulier, de l'Etalon Italien.
Deux séquences assez magiques qui propulse gentiment la péloche du rang de sympathiquement anecdotique à méchant ratage à la lisière du nanar de luxe, là ou elle avait pourtant tout du petit polar malin et un brin sensuel, sortant plus ou moins des sentiers battus.
Torché comme un téléfilm lambda sans saveur et au score - comme la B.O. - totalement à côté de la plaque, The Specialist jouit pourtant d'un script à tiroirs plutôt prenant même si assez maladroitement agencé dans ses effets, articulé autour d'une vengeance intime à multiples niveaux.
Celle tout d'abord d'une jeune femme plus ou moins fatale (Stone, qui a au moins dix ans de plus que le rôle), voulant se venger des meurtriers de ses parents, tués alors qu'elle était encore toute petite, en se rapprochant d'eux grâce à l'aide d'un ancien d'agent de la CIA (James Woods, on fire) servant de consultant auprès de la famille mafieuse qui ont commandités le meurtre.
Installé auprès d'eux, et surtout du fils du parrain local (Rod Steiger), présent lors du meurtre et qui n'a physiquement pas vieillit en une quinzaine d'années (Eric Roberts, pas encore sous le joug des bistouris de L.A., pas assez vieux pour le rôle), elle va alors engagé un ancien expert en explosif de la CIA (Stallone) pour les liquider un par un, un dit pro du kaboom qui a un passif avec le consultant proche des mafieux (il a fait en sorte de le faire virer de la CIA, après une grosse bavure inhumaine).

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On doit donc voir Stallone zigouiller les trois meurtriers à coups d'explosion bien orchestrées, venger Stone et servir d'appât pour que Woods se venge à son tour... tu nous suit encore ?
Symptomatique d'un giron actionner qui déclinait à petit feu (la fameuse gueule de bois après sa courte mais géniale période de gloire), L'Expert est un film d'un autre temps, thriller érotico-musclé malade mais efficace à la fois (joli score de John Barry), produit pour un comédien qui tentait de capitaliser sur son petit regain de santé dans la jungle Hollywoodienne (Stallone), une comédienne qui se devait de rester dans ce que le public veut voir d'elle (Stone, heureusement que Scorsese arrivera avec Casino, pour changer un peu la donne) et d'autres qui tentaient difficilement de rester dans la lumière passé une gloire certaine la décennie passée (James Woods et Eric Roberts).
Du B movie regressif, rythmée à la truelle mais qui convoque suffisamment notre nostalgie d'une époque révolue, pour ne pas (trop) nous faire tourner de l'oeil, et même nous faire oublier quelques-uns de ses défauts majeurs, sur l'autel du " c'était quand-même bien mieux avant ".
Oui, ça l'était assez souvent (c'est le nostalgique qui parle), mais difficile pour autant de mettre le film de Luis Llosa dans cette catégorie...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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