Critiques

[CRITIQUE] : Late Night


Réalisateur : Nisha Ganatra
Acteurs : Emma Thompson, Mindy Kaling, John Lithgow, Hugh Dancy, ...
Distributeur : ARP Sélection
Budget : -
Genre : Comédie
Nationalité : Américain
Durée : 1h43min

Synopsis :
Une célèbre présentatrice de « late show » sur le déclin est contrainte d’embaucher une femme d’origine indienne, Molly, au sein de son équipe d’auteurs.
Ces deux femmes que tout oppose, leur culture et leur génération, vont faire des étincelles et revitaliser l’émission 




Critique :




Si les Late Show ne sont pas très répandus ici, aux US, ils font parti intégrante du tour presse des célébrités pendant leur promotion. Jimmy Fallon, Jimmy Kimmel, Seth Meyers, etc … nous en connaissons au moins un. Un bureau, des fauteuils pour les invités, des anecdotes croustillantes sur nos célébrités préférées, des jeux rigolos. De quoi passer un bon moment devant notre télévision. Mais où sont les femmes présentatrices ? Si on peut citer une dizaine d’hommes (au bas mot), les femmes sont plus rares dans ce milieu. Ellen DeGeneres, Oprah Winfrey sont les plus connues (même si l’émission de cette dernière n’était pas du genre comique comme les autres). Cette non diversité qui se voit face caméra cache évidemment un manque latent derrière. La scénariste et actrice Mindy Kaling écrit Late Night en se basant sur sa propre expérience en tant que femme issue de minorité dans un monde très masculin. La scénariste l’a elle-même souligné, le trait a été grossi pour les besoins du film car ses collègues de la série The Office (où elle était la seule femme scénariste) n’étaient pas aussi insupportables que dans le film, mais le fait reste le même : elle a été pendant plusieurs années la seule femme autrice et la seule personne de couleur au bureau. Réalisé par Nisha Ganatra (je vous invite à checker sa filmographie, on la retrouve sur beaucoup d’excellentes séries de ces dernières années), Mindy Kaling fait face à la grande Emma Thompson, qui offre une prestation de qualité (est-ce une surprise ?).




Emma Thompson est Katherine Newbury. Célèbre humoriste, elle a depuis de nombreuses années son propre show diffusé sur une chaîne à grande écoute. Présentée comme un tyran dans les premières minutes du film, ce personnage avait tout d’une Miranda Priestly. Mais nous se sommes plus en 2005. La comédie féminine américaine a aussi évolué. Le personnage de Mindy Kaling, Molly, ne sera pas obligée de maigrir et de se plier aux stéréotypes de la société, comme Anne Hathaway du film Le diable s’habille en Prada, ce sera même l’inverse. Si Katherine veut garder son emploi et son émission, c’est elle qui va devoir rejeter ce qu’on attend d’elle dans cette société misogyne pour accepter le changement et la diversité.
Molly est engagée à cause d’une lubie de Katherine, il faut une femme dans son équipe pour que les médias ne s’acharnent pas sur elle. De cette chance un peu fortuite, Molly va en faire une vraie opportunité. Au lieu de regarder en silence ses collègues se comporter comme un “boys club” (des jouets d’enfants sont mêmes mis dans des positions sexuelles dans la salle de réunion), elle n’hésite pas à lever sa voix et dire les choses clairement : le show de Katherine est “a little bit white and a little bit old”. Si l'audience baisse, ce n’est pas à cause de son genre ou de son âge, mais parce qu’elle n’a pas su s’adapter au besoin des nouvelles générations. Si ses idées sont louables (mettre en avant les grands penseurs et auteurs du pays), ce n’est plus ce que veut l’audimat. Ils veulent de la diversité, des idées arrêtées. L’humour se doit d'être politique. 



Late Night ne va jamais jouer sur son histoire avec des gros sabots. L’écriture tout en finesse de Mindy Kaling sauve le film de la facilité. Alors, on peut le trouver un peu (trop) sage, mais le film se veut aussi un feel good movie. La mise en scène est simple, les blagues sont très présentes mais jamais lourdes. Là où le film brille le plus c’est dans son portrait de femmes, différentes mais aussi attachante l’une que l’autre au final.
Comédie légère, idéale pour cette fin d’été, Late Night se veut plus politique qu’il n’y paraît. La télévision sera inclusive ou ne sera pas. 


Laura Enjolvy





Comédie sympathique et sans prétention, Late Night n'aurait pas fait tâche dans mes suggestions netflix. Emma Thompson et Mindy Kalling, sous la direction de Nisha Ganatra, portent avec humour des personnages ambitieux et courageux qui doivent constamment lutter pour conserver une place pour laquelle elles ont durement bataillé. Que ce soit depuis longtemps, comme pour Katherine Newbury (Emma Thompson), seule animatrice de Late Show du petit écran, ou pour Molly Pattel, fraîchement arrivée dans "la ville qui ne dort jamais" et encore pleine de rêve. Ces deux femmes savent pourquoi elle se battent et connaissent les ressorts de la domination.


Cependant, on appréciera la nuance dans l'écriture des personnages. Les hommes n'étant pas des antagonistes, mais des collègues, des maris, des amants... Les relations complexes entre les femmes au travail sont dépeintes de façon assez juste et réalistes. Cependant, on peut reprocher au film un léger manque de profondeur, peut-être est-ce dû à sa durée mal maîtrisée : certains rebondissements prenant beaucoup de temps d'écran au détriment d'un ancrage plus fort dans la réalité, donnant parfois plus l'impression de regarder un long épisode de sitcom plutôt qu'un film. J'impute cela au fait que Mindy Kalling et Nisha Ganatra sont toutes deux très présentes dans le paysage de la série comique américaine.
Il est évident que le film se veut militant et féministe, cependant, je trouve qu'il manque de profondeur pour atteindre un autre public que celui qui est convaincu du bien fondé de la diversité dans les salles de rédaction. Et c'est un peu dommage de ne prêcher que sa propre paroisse... Mais je ne vais certainement pas jeter la pierre à un film, qui malgré ces quelques défauts, délivre une histoire positive, juste, et encourageante à toutes les personnes qui le verront (et qui prend aussi le temps de développer des notions telles que le slut-shaming ou le double standard, encore un peu méconnues du grand public).
Et j'espère que grâce à des films comme celui-ci, je ne serai plus obligé de remarquer quand un film est réalisé par une femme, parce que cela ne sera plus quelque chose d'exceptionnel, mais le lot de tous les mercredis. 




Sur ce, je vous invite à découvrir cette comédie, plutôt sur votre canapé, lorsqu'elle fera son apparition sur toutes les bonnes plate-formes de Vod, car ce n'est définitivement pas un film de cinéma.


Marie-Laure




Laura Enjolvy

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