Jonathan

[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #16. First Blood

Copyright Carolco Pictures

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 !



#16. Rambo de Ted Kotcheff (1983)

Peu de comédiens peuvent se féliciter d'avoir ne serait-ce qu'un de leurs personnages, aussi bien du petit que du grand écran, férocement ancré dans le paysage culturel de son propre pays (voire même dans le paysage culturel mondial pour certains).
Stallone lui, peut se targuer tout comme ce bon vieux Harrison Ford (trois même, si l'on compte Deckard au même titre que Solo et Indy) d'en avoir carrément deux : Rocky Balboa et John Rambo, l'un né de sa propre plume, l'autre de celle de David Morell, même si c'est bel et bien lui et lui seul qui a su façonner, modeler l'image que l'on peut avoir du personnage aujourd'hui.
Et si Balboa incarne, instinctivement, tout ce qu'il a de plus bienveillant et bon chez Sly, Rambo lui, personnifie inéluctablement le revers de la médaille et la face d'ombre de son " créateur ", un monstre mal-aimé, caricaturé à l'extrême par des parodies faciles et des récupérations politiques putassières (coucou Reagan !).
Un comble quand on sait qu'il est, sans l'ombre d'un doute, l'une des figures les plus fascinantes de l'histoire du septième art ricain de ses trente dernières années, tout autant que Rambo premier du nom signé Ted Kotcheff, est l'une des oeuvres les plus importantes et essentielles de ce même cinéma.
À l'opposée de la machine de guerre tuant tout ce qui bouge, même les flics, dépeinte dans le roman original (même son destin funeste, qui le voyait se faire exécuter par son ancien supérieur, sera finalement écarté), le Rambo de Stallone est infiniment plus empathique, symbole humain et douloureux d'une frustration et de l'incompréhension des vétérans de la guerre du Vietnam, des " perdants " incapable se réadapter, d'avoir une vie sociale dans un pays qui les rejette quasiment à tous les niveaux.

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Vagabondant sur les routes dans l'espoir de retrouver un de ces frères d'armes (qui est mort peu de temps après son retour au pays), férocement éconduit à l'entrée d'un petit bled paumé, le mal nommé Hope (il est largué sur un pont, coupant symboliquement la nature supposée sauvage où il peut errer, et la civilisation, ou il n'est pas ou plus, le bienvenue) par un représentant de la loi gentiment connard sur les bords, le shérif Teasle (cette belle crevure de Brian Dennehy), qui n'hésitera même pas à faire preuve abusivement de sa force lorsqu'il verra que l'ancien béret vert n'est pas forcément enclin à se laisser donner des ordres par un civil, dans la " maison des braves " qu'est censée être l'Amérique.
Une erreur fatale, tant les humiliations et les abus qu'il va lui faire subir lui et ses petits camarades, ne feront que réveiller les réflexes et les pulsions animales d'une bête connaissant l'art de la guerre sur le bout des doigts, et dont l'instinct de survie à retrouver toute sa superbe.
De retour dans son état naturel, une forêt qui pour lui a tout de la jungle vietnamienne, la bête Rambo, dont la police sous-estime constamment les aptitudes malgré les alertes du colonel Trautman - son ancien supérieur, qui l'a abandonné au moment où il avait le plus besoin de lui -, passera sans sourciller du statut de proie à chasseur, dominant des hommes sur leur propre terrain et surtout à leur propre jeu, sans ne jamais se rabaisser à les éliminer (excepté l'un d'entre eux, au moment où il tentait dramatiquement de se rendre), même s'ils n'hésiteront pas à l'enfoncer plus bas que terre, littéralement, pour mieux s'en débarrasser tel un vulgaire rat gênant (la séquence de la mine, qui avait tout pour être son ultime tombeau).
Mais Rambo est revenu de l'enfer, et ce n'est pas une poignée d'inconscient qui lui feront la peau, encore moins dans une guerre qui n'était pas la sienne, et où il n'a pas versé le premier sang.
Et c'est finalement dans un ultime baroud, dans les rues de la ville où il incarne une menace terrifiante puisqu'elle est en colère et totalement incontrôlable (il est filmé comme un croquemitaine tapis dans l'ombre), qu'il s'autorisera un repos du guerrier non pas éternel, mais merveilleusement libérateur (sa rédemption n'interviendra que deux décennies plus tard, dans le sanglant John Rambo), lâchant prise tout en pleurant à chaudes larmes les stigmates d'une guerre pourrie, qu'il a faîte pour l'amour d'un pays qui ne l'aime même pas en retour, et qui ne dédaigne même pas l'accueillir avec le respect qu'il mérite.

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Héros fatigué, supplicié aux fêlures béantes, véritable arme de destruction massive funambule et constamment sur la corde raide, John Rambo incarne le poil à gratter d'une nation voulant oublier un conflit aussi désespérant qu'il fut cruel (et, surtout, qui fut une défaite cuisante aux yeux du monde entier), et donc un ennemi (il est considéré comme le prédateur de ses propres bourreaux), dans tout le paradoxe que cela puisse impliquer.
Complément édifiant du chef-d'oeuvre Voyage au Bout de l'Enfer de Michael Cimino, vraie oeuvre politique replaçant l'Amérique face à sa responsabilité (et notamment le malaise de son traitement des vétérans de guerre) tout autant qu'il est un western urbain brutal, un film d'action grisant et un drame humain profondément bouleversant, First Blood est un sommet de divertissement ambigu, lucide et efficace, à des années-lumières de la fausse image un brin bourrine - mais jouissive - que donneront les suites suivantes à une franchise essentielle, et définitivement bien plus importante et riche qu'elle n'en a l'air de prime abord.
Un must-see, ni plus ni moins.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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