Chroniques

[FUCKING SERIES] : The Punisher saison 2 : Trouver une (nouvelle) guerre




(Critique - avec spoilers - de la saison 2)

À l'instar du démon rouge de Hell's Kitchen, la première saison de The Punisher était béni par les Dieux cathodiques, treize épisodes certes un poil longuet (la maladie de Netflix, on est d'accord) mais d'une sauvagerie totalement jouissive et assumée, domptant la carcasse abimée de Frank Castle pour mieux la laisser exploser au sein d'une série B habilement modeste faisant l'apologie d'une justice aussi sauvage qu'expéditive, tout en questionnant intelligemment son auditoire sur la réhabilitation dans la société des anciens héros de guerre (thème qui habite le cinéma engagé US depuis les 70's).
À une heure où Marvel version cinéma dilue ses productions avec un humour mi-bon enfant, mi-potache, son épopée télévisuelle laisse exprimer toute son côté obscur, refoulé et savoureusement référencé au septième art musclé, non sans une belle parcelle d'humanité qui magnifie une écriture des personnages plus qu'habile.


Véritable bête enragée déterminée à nuire l'ennemi, à l'âme complètement mutilée par un deuil impossible à encaisser, Jon Bernthal (parfait) bouffait l'écran, laissait exploser sa rage et toute sa douleur, et permettait sans trembler au show de Steve Lightfoot, d'incarner autant un sommet de nihilisme sanglant qu'un portrait follement empathique d'une figure malade et fascinante à la fois.
Un petit bijou de rudesse captivante et addictive, qui appelait instinctivement à une seconde saison, même si chacun de ses petits camarades de jeu voient leurs présences totalement annihilées par une Netflix devant gentiment rendre ses droits à la maison mère Disney.
Pas encore officiellement annoncé comme un ultime baroud d'honneur, la seconde saison de The Punisher se doit donc d'être savouré comme un ultime met évidemment pas raffiné mais savoureusement gras, s'inscrivant dans la droite lignée de son ainée tout en jouant autant des poings et des guns que de la psychologie.
Nettement moins sanglante que la première cuvée (qu'on avait injustement reproché d'être un poil trop gratuite dans ses envolées gores), mais toujours noyé jusqu'au coup dans l'obscurité, le show explore cette fois comment Castle, qui en a fini avec sa propre guerre intime (liquidé tous les responsables de la mort de sa famille), doit se trouver un nouveau but pour (sur)vivre, une nouvelle guerre, le tout dans une cacophonie de violence et de gunfights homérique, à l'humour noir féroce et salvateur.


Personne ne peut vivre sans la moindre guerre dans un monde qui lui-même ne peut pas vivre sans la guerre, et encore moins un justicier militant pour la peine de mort expéditive tel que Castle, et cette seconde salve d'épisodes permet au personnage de totalement embrasser son statut de Punisher - un meurtrier qui a trop bien conscience de la réalité -, assumé jusqu'au bout du canon, même si sa justice n'est pas appréciée par tous... notamment par deux vilains aux personnalités bien distinctes : le fervent chrétien Jon Pilgrim et surtout Billy Russo aka Jigsaw (au look plus sobre et moins grotesque que dans les comics et le film de Lexi Alexander), qui jouera grandement sur le déséquilibre constant de notre anti-héros au fil des épisodes.
Une guerre sur deux fronts qui, même si elles ne sont pas toujours maitrisées ni même emboitées avec malice dans l'intrigue, permet clairement au show de respirer sans être trop bousculé par son rythme (toujours trop lent sur treize épisodes, et le season premiere est un poil manqué), ni ses absences (celle de Micro, dont le vide n'est jamais comblé, pas même par la présence du personnage d'Amy).


Plus psychologique sans forcément renier l'action, ici encore emballée avec force (on ne trouve pas mieux sur le petit écran), certes un peu maladroite dans son déroulement et même dans l'écriture de ses personnages (celle de Jigsaw est catastrophique), mais toujours aussi plaisante à suivre, la saison 2 de The Punisher est un excellent cru, permettant au show de rester, sans forcer, le meilleur drama super-héroïque de la firme, devant la vénérée Daredevil et la sous-coté Jessica Jones, tant elle est pleinement consciente du contexte politique et humain de son pays en crise, sans sacrifier son ton sur l'autel du divertissement simpliste.
The Punisher nous donne ce que l'on veut, et ce n'est pas un petit exploit aujourd'hui, même si ce que l'on désire réellement - une troisième saison -, est un souhait qui ne pourra sans doute jamais se réaliser... tout du moins, du côté de Netflix.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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