Bong Joon-ho

[CRITIQUE] : Memories of Murder


Réalisateur : Bong Joon-ho
Acteurs : Song Kang-Ho, Kim Sang-kyung, Byeon Hie-bong,...
Distributeur : Les Bookmakers/ La Rabbia
Budget : -
Genre : Policier.
Nationalité : Sud-coréen.
Durée : 2h10min.
Le film ressort dans les salles dès le 5 juillet dans une version restaurée

Synopsis :
En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n'a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d'actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute...



Critique :


Alors que le formidable Okja vient tout juste de débarquer sur la vénérée Netflix, il y a quelque chose de franchement jouissif à voir le premier chef-d'oeuvre du grand Bong Joon-ho, débarquer à nouveau dans les salles obscures.
Première pièce maitresse d'une filmographie aussi extraordinaire que férocement bandante et remarquable, Memories of Murder est sans l'ombre d'un doute, l'un des meilleurs thrillers de ces vingt dernières années (avec Zodiac, Se7en et L.A. Confidential, entre autres); une véritable bombe à retardement dynamitant autant le genre balisé qu'il arbore avec une minutie sans borne, que la psyché d'un spectateur totalement happé par sa richesse folle.


Tous les prémisces de la carrière du Bong se retrouvaient ici, de sa manière habile de jouer sur plusieurs niveaux de lecture, en passant par celle de parsemer ses oeuvres aux sujets forts d'un humour totalement débridé, sans oublier sa douce manie de subtilement impliquer son auditoire ou encore celle, plus complexe, de malmener avec un plaisir coupable et une maitrise indéniable les codes du genre qu'il use.
Original tout en étant inspiré d'une histoire vraie, Memories of Murder suit l'enquête sombre et prenante de deux flics diamétralement opposés, deux êtres frustrés face à l'horreur qu'inspire la noirceur de l'âme humaine, partis chasser du serial killer, celui qui fut d'ailleurs considéré comme le premier tueur en série coréen.


Drôle, douloureusement mélancolique, franchement pessimiste tout en étant même parfois terrifiant - les attaques du tueur -, véritable leçon de cinéma - et ce, dès sa magnifique scène d'ouverture - d'une audace folle (le cinéaste survole une pléthore de styles avec une indécence sans nom), Bong signe une bande hybride et nébuleuse (tout aussi coréenne dans son ton qu'américaine dans sa forme), une véritable descente aux enfers cauchemardesque au sous-texte puissant (la dictature militaire, les méthodes policières brutales,...) dans les méandres tortueux d'une Corée du Sud à l'agonie et torturée par ses nombreux démons (la caméra épurée du réalisateur n'a décidémment pas son pareil pour capter avec intelligence les maux de son pays); une invitation rugueuse dont personne ne peut véritablement sortir indemne.
Un film rare, intense (la tension est omniprésente durant les deux heures de péloche), authentique et majeur, qui nous hante longtemps après sa vision, même près de quinze ans plus tard...


Jonathan Chevrier



John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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