Critiques

[CRITIQUE] : Triple 9


Réalisateur : John Hillcoat
Acteurs : Casey Affleck, Chiwetel Ejiofor, Aaron Paul, Anthony Mackie, Woody Harrelson, Norman Reedus, Cliffton Collins Jr, Kate Winslet, Gal Gadot, Teresa Palmer,...
Distributeur : Mars Distribution
Budget : -
Genre : Action, Policier, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h56min.

Synopsis :
Ex-agent des Forces Spéciales, Michael Atwood et son équipe de flics corrompus attaquent une banque en plein jour. Alors qu’il enquête sur ce hold-up spectaculaire, l’inspecteur Jeffrey Allen ignore encore que son propre neveu Chris, policier intègre, est désormais le coéquipier de l’un des malfrats. À la tête de la mafia russo-israélienne, la redoutable Irina Vlaslov ordonne à l’équipe d’effectuer un dernier braquage extrêmement risqué. Michael ne voit qu’une seule issue : détourner l’attention de l’ensemble des forces de police en déclenchant un code "999" – signifiant "Un policier est à terre". Mais rien ne se passe comme prévu…



Critique :


Casey Affleck, Chiwetel Ejiofor, Aaron Paul, Anthony Mackie, Woody Harrelson, Norman Reedus, Cliffton Collins Jr, Kate Winslet, Gal Gadot et Teresa Palmer.
Voilà le casting über bandant de Triple 9, nouveau long métrage du génial John Hillcoat, qui pousse encore plus loin cette fois, sa passion pour les films chorals aux talents multiples - et le mot est faible.

Tout pour faire saliver les amateurs de série B que nous sommes, puisque le film se voulait comme un affrontement titanesque et pétaradant entre les flics - bons et ripoux - et la mafia russe; le tout porté par un ton nerveux et réaliste qui en faisait, sur le papier, le polar urbain le plus bandant des années 2010.
Surtout quand on se rappelle comment le bonhomme avait littéralement dynamiter le western ricain en pleine prohibition, avec le merveilleux Des Hommes sans Loi.


Littéralement en marge du système Hollywoodien (28 millions de $ de budget, à peine l'addition donuts d'un Civil War ou même de Batman v Superman), dominé par des vraies gueules légitimant à elles seules la nécessité de l'entreprise; la bande vendait généreusement du rêve, trop peut-être.
Mais c'est cet amour pour les casting chargés du cinéaste, qui incarnent à la fois la grande qualité mais aussi la grande faiblesse de son dernier essai sur grand écran.

Car si Des Hommes sans Loi parvenait sans difficulté à offrir une profondeur et un temps de jeu suffisamment consistant à ces nombreux comédiens, Triple 9, furieux B movie comme on les aime, laisse malheureusement sur le carreau une bonne partie de sa distribution en or massif.
Un défaut conséquent certes, mais qui n'enlève pourtant rien au plaisir certain que le film incarne, pour les amoureux du genre.

Dans la plus pure tradition du polar hardboiled, Hillcoat déroule sur un tout petit peu moins de deux heures, une histoire solide comptant comment une pluie de flics corrompus (certains on la double casquette de bons flics/mauvais flics), marchant avec une redoutable mafieuse russo-israélienne, va faire le braquage de trop en usant d'un stratagème pourtant intelligent (le code d’alerte 999, signifiant « policier à terre », et mobilisant toutes les forces de l'ordre à un point clé); dans une enchainement d'action et de tension qui n'est pas sans rappeler l'un des monuments du cinéma ricain de ses trente dernières années, Heat - et ce dès son époustouflante ouverture.


Cruellement contemporain (Atlanta, ville douloureusement frappé par la crise) et shooté à l'adrénaline, la péloche met aussi bien ses protagonistes que le spectateur à rude épreuve, accumulant les rebondissements et les scènes intenses; tandis que le cinéaste magnifie le tout avec une mise en scène enlevée - souvent caméra à l'épaule - tout en égrainant ses thèmes familiers (un univers réaliste aussi sombre que brutal, un antagoniste pervers et implacable).

Du grand art, de la série B noire, singulière et tendue comme la ficelle d'un string, évitant soigneusement les clichés en brouillant les frontières établies entre policiers corrompus (tiraillés par leur moral et leur sens du devoir) et mafieux, tous attirés par l’appât du gain dans un pays, l'Amérique, qui ne se remet toujours pas de la crise économique.

Dommage donc, que dans ce monument de thriller musclé et old school, Hillcoat privilégie plus la forme et non le fond, en n'exploitant pas pleinement son impressionnante galerie de personnages - au demeurant tous exceptionnels -; rempli à ras bord d'anti-héros auxquels on peine pourtant à s'attacher.
Seuls quelques contre-emplois tireront leur épingle du jeu, Kate Winslet en reine de la pègre ou encore Anthony Mackie et Casey Affleck (deux des acteurs les plus mésestimés d'Hollywood), dans la peau de deux flics glissant peu à peu du côté obscur.


Méchamment prenant, rugueux et féroce, Triple 9 est un gros plaisir coupable qui ne renouvelle pas le genre mais l'épouse avec une envie de le bousculer follement enthousiasmante, tout en le prenant par les boules avec une violence frontale, une atmosphère anxiogène et une réalisation virtuose.

Un beau moment burné et épique, qui, à un casse près, aurait même pu prétendre à un statut de potentiel film culte.
Ce qui n'enlève pourtant en rien notre amour démesuré pour le cinéma de John Hillcoat, dont on attend avec une certaine impatience son prochain projet.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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