13 Hours

[CRITIQUE] : 13 Hours


Réalisateur : Michael Bay
Acteurs : John Krasinski, James Badge Dale, Max Martini, Pablo Schreibr,...
Distributeur : Paramount Pictures France
Budget : -
Genre : Action.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h24min.

Synopsis :
Benghazi (Libye), 11 septembre 2012. Face à des assaillants sur-armés et bien supérieurs en nombre, six hommes ont eu le courage de tenter l’impossible. Leur combat a duré 13 heures. Ceci est une histoire vraie.

 

Critique :


Aussi fou que cela puisse paraitre pour les amoureux du cinéma du bonhomme que nous sommes, Michael Bay incarne sans conteste l'un des cinéastes les plus critiqués de sa génération; lui qui a très vite su employer son talent pour mettre en boite des divertissements popcorn pliant chaque saison - ou presque - l'été des blockbusters.
Une putain d'injustice, tout simplement.

Même s'il est vrai qu'avec le temps, le tonton Bay s'est payé avec les années une sale réputation de despote exigeant, cible favorite des critiques bien pensantes (et souvent frustrées face à son aura populaire et fédératrice en salles), mais surtout de cinéaste patriotique jusqu'à la moelle (ces péloches ne démontrent d'ailleurs jamais le contraire).


Pour ce qui est de la France, il a déjà admis - à demi-mot -, ne pas être un grand fan du pays du camembert qui pue, et les critiques le lui rendent bien; idem pour ce qui est des spectateurs qui ne l'ont pas toujours accueillit les bras grands ouverts dans les salles obscures.
Pourtant, entre deux Transformers à la qualité plutôt mitigé, le Bay avait littéralement changé la donne en balançant à la face des cinéphiles un objet de culte en puissance, le jouissif No Pain No Gain (easy dans le top 10 de 2013), péloche complétement WTF incarnant tout autant un retour aux sources salvateur, qu'un doux rappel à ses origines modestes mais foutrement ambitieuses.

De la pure et spectaculaire comédie noire aussi délirante que violente, dans laquelle le papa de Rock (son meilleur long, avec Bad Boys), débarrassé de tous ses tics et thèmes manichéens, démontrait la puissance de sa mise en scène - énergique et caméra à l'épaule - mais également la maestria de sa direction d'acteurs; véritable rapport de force dirigé d'une main de fer et avec conviction, laissant suffisamment d'espace à son trio vedette impressionnant (Dwayne Johnson, Mark Walhberg et Anthony Mackie, tout de muscle sortis) et de confiance pour qu'il puisse s'exprimer sans jamais tomber dans les travers de la caricature ou du surjeu.

Du grand art original, unique et inoubliable, pourtant accueillit à froid par des spectateurs n'ayant décidément rien compris à son cinéma mais surtout littéralement obscurcit par un délit de sale gueule que même un chef d’œuvre incontesté ne permettrait pas à condamner une bonne fois pour toutes.
Pause entre deux Transformers oblige, Bay revient à l'abordage ce mois-ci avec une nouvelle péloche coup de poing, 13 Hours, un actionner pétaradant inspiré de faits réels (ou l'attaque à Benghazi, en septembre 2012, d'un complexe diplomatique américain), sorte d'Assaut des années 2010 qui fait parler les mitraillettes avant les hommes.


Ici, pas de vision bavarde et planquée derrière les bureaux de la CIA, NSA et compagnie façon Kathryn Bigelow, Bay plonge entre les grenades et balles pour offrir une vision brutale et sur le terrain d'une bataille acharnée, fausse propagande pro-américaine et pro-militariste ou on ne bouffe pas du patriotisme par tous les bouts (même s'il est, évidemment, très présent), constamment tendue et férocement politique (l'Amérique et Hillary Clinton en prend salement pour son grade, joli timing vu que la campagne présidentielle débute cette année...)

Une entreprise de destruction massive au cœur de héros qui se battent pour " protéger " leur nation sans pour autant soutenir ses guerres, mise en boite par un cinéaste aussi parfaitement conscient de son sujet que de son cinéma, filmant un conflit moderne avec tout ce qu'il faut de désincarnation (les tenants de chaque conflits aujourd'hui sont floues, ou presque), de fluidité et de désordre pour signer un hommage viril aux soldats ricains; sommés d'instaurer l'ordre au milieu de l'ingérence et du chaos, sommé d'incarner une autorité solide dans des contrées ou leur gouvernement même, incarne l'irresponsable fauteur de trouble.

Comme jamais auparavant, Bay interroge l'homme/soldat américain sur les fondements de son patriotisme et de son dévouement à une nation, tout en glorifiant son statut de surhomme avec un savoir-faire spectaculaire comme lui seul en a le secret.
Dans ce sens, on peut décemment penser 13 Hours comme un cousin pas si éloigné que cela du superbe La Chute du Faucon Noir de Ridley Scott voir même Du Sang et des Larmes de Peter Berg; dans sa glorification des vrais héros fait de chairs et de muscles, tout autant que dans sa critique à l'échelle humaine, de l'interventionnisme abusif ricain, de son impérialisme impuni et de son manque de compétence.


Monument d'action épique allant constamment à l'essentiel (quitte à ne pas approfondir la caractérisation de ses personnages, à balancer en veux-tu en voilà des dialogues limités, des ennemis impersonnels et à zapper toute finesse dans son propos), intense et jouissif à souhait, 13 Hours n'est pas un sommet réflexif - et encore moins subtil - sur un fait divers fort (et symptomatique de la politique d'Obama), mais bel et bien un divertissement bourrin, puissant et dense qui assume pleinement ses failles et son aspect - souvent - too much.

Comme d'habitude, les détracteurs de Bay lui chieront dessus sans remords, alors que ces fans, que l'on espère plus nombreux, le prendront tel qu'il est; à savoir l'un des films les plus bandants et jubilatoires de ce premier trimestre ciné de 2016...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Fourni par Blogger.