Cameron Crowe

[CRITIQUE] : Welcome Back


Réalisateur : Cameron Crowe
Acteurs : Bradley Cooper, Emma Stone, Rachel McAdams, Bill Murray, Alec Baldwin, John Krasinski, Danny McBride,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France/Netflix
Budget : -
Genre : Romance, Drame, Comédie.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h45min.

Synopsis :
Un militaire de renom retourne sur les terres où il a connu les plus grands succès de sa carrière. Alors qu’il renoue des liens avec un amour de jeunesse, il tombe contre toute attente sous le charme d’une militaire de l’Air Force qu’on lui a assigné.



Critique :


Le cinéma de Cameron Crowe est sans conteste l'un des cinémas les plus sentimentaux et personnels que le septième art ricain est connu ses trois dernières décennies; un condensé parfait de douceur et d'évasion ayant connu ses plus belles heures de gloire durant les précieuses 90's via les merveilleux Jerry Maguire et (surtout) Presque Célèbre.

Un grand monsieur dont chaque (trop rares) rendez-vous incarne une bulle de légèreté, de poésie et de finesse dans des salles obscures qui n'en contiennent jamais assez.



Et pourtant, son dernier long métrage en date, le bien nommé Aloha - le très mal titré Welcome Back par chez nous -, n'aura lui pas les honneurs d'une sortie sur grand écran dans l'hexagone, la faute à quelques polémiques pas toujours justifiées (Emma Stone qui joue une métisse un quart hawaïenne alors qu'elle est aussi blonde et blanche qu'une suédoise) mais avant tout et surtout, un flop retentissant outre-Atlantique au moment de sa sortie en mai dernier.

Il est de certitude avérée que Crowe n'a jamais affolé les stats du box-office durant sa longue carrière - excepté pour Jerry " Fucking " Maguire -, reste qu'avec un casting de talents foutrement bandant (Bradley Cooper, Emma Stone, Rachel McAdams, Bill Murray, Alec Baldwin, John Krasinski et Danny McBride), il était tout aussi logique que la Fox en attendait un petit peu plus au moment de sa récolte de billets vert (20 millions de recettes pour 37 de budget, hors campagne promotionnelle, pour le coup assez timide).

Alors vrai boycott de la part d'un public US lui préférant les blockbusters rutilants de l'époque (Fast and Furious 7 et Mad Max Fury Road en tête), ou ce bon vieux Cameron aurait-il une nouvelle fois perdu son mojo récupérer de manière assez fébrile il est vrai, avec le gentillet Nouveau Départ en 2011 ?


Autant l'admettre tout de suite, la réponse se trouve clairement dans ses deux propositions, car Welcome Back a tout en lui pour décevoir les amoureux du cinéaste là ou il avait décemment en main tous les ingrédients pour pondre ni plus ni moins que le feel good movie de l'année (on le sait, rien que la présence lumineuse de Bill Murray suffisait pour atteindre un tel résultat).

Une péloche plaisante mais bancale portée par un scénario à la maladie pas toujours identifiable ni curable.
Un cas d'école cruellement inconsistant et décevant, lourdement poussif, pas forcément original et cherchant naïvement à ratisser trop large (de la romcom ballisée au drama familial en passant par le récit initiatique haut en couleur et le discours politique mollement engagé); tout en s'offrant en prime le mauvais gout de ressembler à une resucée pas toujours inspirée d'une bonne partie de la filmographie de son cinéaste de papa, et notamment du très beau - mais tout aussi conspué - Rencontre à Elizabethtown.

Le vrai/faux triangle amoureux en tête - il est vrai bien plus développé ici -, avec l'ancien amour pas franchement oublié (Biel dans Elizabethtown, McAdams ici), le nouveau love interest aux cheveux blond, bavarde et un brin lunaire (Kirsten Dunst/Emma Stone) et au centre le héros beau-gosse/loser magnifique sortie tout droit d'un échec majeur ayant coûté un beau paquet de pognons (Orlando Bloom/Bradley Cooper).


Durant près de deux heures, on surnage en bassin connu avec cette wannabe romance touchante sous fond de leçon de vie aux intentions un brin troubles ne semblant pas forcément savoir ou donner de la tête au sein d'un cadre proprement idyllique - la superbe île d'Hawaï -, malgré quelques pistes pour le moins alléchantes (le passé trouble du héros, les légendes et croyances mystiques locales, la critique de la politique de défense américaine ou encore la volonté d'indépendance hawaïenne) mais jamais réellement abordées avec profondeur ni même maitrise.

Au bord de l'ennui, le spectateur peine à s'impliquer dans ce brouillon sans nom qui ne trouvera pleinement ses marques que dans un dernier tiers ou le personnage de Brian Gilcrest  trouvera la rédemption par l'abandon de ses principes égoïstes et l'amour (de la belle Allison mais également de sa fille cachée, Tracy).
C'est maigre, anorexique même.
Dommage car si son talent de storyteller semble décemment avoir pris un sacré coup derrière la caboche, le talent de directeur d'acteurs de Crowe semble lui ne rien avoir perdu de sa superbe.

Au milieu de seconds couteaux sous-employés qui auraient mérités plus de temps de jeu (Bill Murray et Alec Baldwin sont - comme d'habitude - géniaux tandis que Danny McBride étonne par sa sobriété), Rachel McAdams (lumineuse) éblouit par sa beauté et la justesse de son jeu tandis que Bradley Cooper (l'alchimie de son couple avec celle-ci convainc bien plus que celui qu'il forme avec Stone) lui, ajoute une nouvelle pierre à son édifice de la coolitude même si il est ici bien moins impressionnant que chez son pote David O.Russell.


La so cute Emma Stone, qu'on avait laissé en junkie cadavérique plus tôt cette année dans le grandiose Birdman, bouffe quand à elle littéralement l'écran à chacune de ses apparitions.
Plus charmante tu meurs, elle offre une composition en tout point parfaite dans la peau cartoonesque et purement Crowe-esque d'Allison Ng, petit bout de femme en alerte qui n'a rien a envier à l'autre personnage phare de la filmographie du Cameron, l'inoubliable perle blonde Penny " Kate Hudson " Lane d'Almost Famous.

Prévisible à souhait - et complétement WTF quand il ne l'est plus -, fouillis et maladroit (les incohérences sont légion), manquant cruellement de rigueur et d'envie (la romcom Gilcret/Ng est tout simplement bâclée), monté à la truelle malgré quelques fulgurances (certaines scènes, pour la plupart sans dialogues, sont touchantes de délicatesse); Welcome Back est au final bien, bien loin de la belle histoire espérée.

Une cruelle déception vu l'attente qu'elle a suscitée, un ratage à peine sauvé par des personnages attachants (la marque de fabrique du cinéaste) et une BO sensas signé Jonsi, parsemée de hits (Crowe oblige, on a droit du Hall & Oates, du The Who ou encore du Elvis Prestley et même du Rolling Stones).


Peut-être qu'un director's cut viendrait arrangé le tout, surtout quand on connait le penchant récent de la Fox à saboter toutes ses sorties un tant soit peu attendue (coucou Fantastic Four et La Terre Brûlée), mais encore faut-il que cette version n'incarne pas (déjà) un final cut définitif.

Chacun à droit à son échec, mais réussir un vrai fiasco, rater un projet de longue haleine auquel on croyait dur comme fer, ruiner d'un coup des centaines de vies et couler une production en 24 heures, demande des dispositions particulières.

Si Crowe l'expliquait via la bouche de Drew Baylor dans Elizabethtown, il en fait une mise en image parfaite avec son Aloha, de loin son plus beau - et gros - fiasco.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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