American Sniper

[CRITIQUE] : American Sniper


Réalisateur : Clint Eastwood
Acteurs : Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake McDorman,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Biopic, Guerre, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h12min.

Synopsis :
Tireur d'élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d'innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de "La Légende". Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu'il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l'angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s'imposant ainsi comme l'incarnation vivante de la devise des SEAL : "Pas de quartier !" Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu'il ne parvient pas à retrouver une vie normale.  


Critique :




Certains se demandent encore pourquoi le grand Clint Eastwood, après quelques films en demi-teinte (bon Au-Delà surtout), s'est-il entiché l'an dernier, d'une comédie musicale à succès/biopic d'un groupe culte, pour en faire son avant dernier - et excellent - long-métrage, Jersey Boys.

Peut-être ont-ils oubliés que le bonhomme est plutôt doué dans le genre musical, car outre le country Honkytonk Man, il nous avait offert ni plus ni moins que l'un des meilleurs biopics musicaux de ses trente dernières années, Bird, qui permit en prime au précieux Forest Whitaker de démontrer à la face du monde, toute l'étendue de son incroyable talent dans la peau du jazzman Charlie Parker.

Et, dans un sens, difficile de ne pas admettre que cette nouvelle péloche suivait tout simplement la droite lignée d'Invictus, mais surtout de J.Edgar, lui aussi biopic d'un personnage important de l'histoire ricaine.


Rien d'étonnant donc de le voir poursuivre sa marche en avant avec American Sniper (jadis promis à Spielberg avant qu'il ne passe la main), autre biopic sur un pur produit de l'histoire US, le tireur d’élite des Navy SEAL Chris Kyle, considéré comme le sniper le plus redoutable du pays de l'Oncle Sam, rien que ça.

On le suit dès son débarquement en Irak, ou il est envoyé dans un seul but : protéger ses camarades.
Sa précision chirurgicale sauvera d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il y décrochera le surnom de " La Légende ".
Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés.

Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : " Pas de quartier ! ".
Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale...

American Sniper ou une manière pour le Clint, d'offrir aux cinéphiles que nous sommes une synthèse magistrale de son cinéma, même si celle-ci c'est très vite vu gâchée par un abatage critique véhément, taxant sa dernière œuvre de raciste, de pro-propagande pour le recrutement de l'armée Américaine ou encore d'apologie d'un assassin.


Le destin du dernier Eastwood fait du coup étrangement écho à celui du Rambo de Ted Kotcheff, lui aussi sortie dans un contexte d'actualité férocement brulant (l'après Vietnam, la guerre froide et l'Amérique de Reagan), ou la figure guerrière incarné par l'inestimable Sylvester Stallone, se voyait récupérer de tous les bords par les politicards US là ou, pourtant, Sly imposait son héros comme un porte étendard révolutionnaire et acharné contre la politique de l'époque.

Deux figures d'un certain héroïsme purement ricain et prêt à tout pour leur pays, John Rambo et Chris Kyle sont d'ailleurs intimement proche dans leur conditionnement, devenus de véritables machines de guerres (l'un fictionnel, l'autre réel) pour la gloire d'un pays alignant des guerres qui ne sont pas les leurs (Vietnam, Irak), qui portent leurs héros sur les champs de batailles et les oublies une fois rentrés à la maison.

Deux figures guerrières condamnées à la solitude qui, implacables et sans pitié sur le front, deviennent totalement inaptes une fois de retour à la vie normale, ou les retombées de leurs actes sont des ennemis qui frappent, comme eux, sans pitié et débouchent constamment sur des déboires psychologiques et sociales (la terreur post-traumatique).

Rambo et American Sniper, tous deux dénués de tout sens politique et démystifiant bon nombre de préjugés, réaffirment chacun à leur manière leur opposition à l'interventionnisme américain aux quatre coins du globe, et ici en l’occurrence, l'intervention des troupes US en Irak, à laquelle Eastwood a toujours été farouchement opposé.


Appréhendé par ce point de vue plus personnel et en oubliant sciemment tout ce qui a pu être dit ou écrit sur la péloche - et elle en a fait couler de l'encre -, le film incarne très vite alors aux yeux des spectateurs avertis, une pièce remarquable de plus dans le propos puissant et virulent qu'incarne le cinéma de Clint Eastwood, un prolongement maitrisé et fascinant de toutes les obsessions qui ont muées sa caméra au fil d'une carrière dense et imposante.

Très contemporain dans son portrait aussi simpliste que complexe d'un homme baigné depuis sa plus tendre enfance dans le culte de la violence, des armes et du patriotisme à outrance, jamais moraliste même si la notion de morale est d'emblée assenée au spectateur dès les premiers instants (ou Kyle, pour protéger ses frères d'armes, se voit obliger de tuer un enfant), le cinéaste dissèque avec minutie la question de l'engagement (et les répercussions humaines qu'il engrange), le fonctionnement du métier de soldat, et la mécanique qui le fait épouser corps et âme son métier, à voler des vies pour en sauver d'autres, et à ainsi devenir purement et simplement, un tueur (il aurait tué au moins 160 personnes au nom de l'armée US).

Via une mise en scène magistrale et judicieusement dénuée de quelques-uns de ses tics dommageable (une musique sur-présente, une dramatisation un brin forcée), Eastwood ne glorifie jamais Chris Kyle, n'en fait jamais un héros même si la patrie l'a élevé à ce tel rang, et il s'échine subtilement à montrer l'envers du décors d'un être aux valeurs troubles, conditionné dès son éducation à être l'outil d'une nation glorifiant la mise à mort, le protecteur de soldats rongé par son besoin de tuer (son job ne le quittera jamais, jusqu'à nuire à sa propre vie de famille) et qui finira, tristement, rejeté par cette même patrie (sa vraie famille à ses yeux), seul et tué par un de ses propres compatriotes sur son propre sol.


Scénaristiquement dense et inspiré (le cinéaste va constamment à l'essentiel, tout en s'octroyant d'intelligents flashbacks), visuellement très réaliste sur le terrain - tout comme le Démineurs de Kathryn Bigelow -, méchamment lisible et dynamique dans le feu de l'action, historiquement très fournit (tous les affres du métier de sniper sont ici retranscrit avec un soucis du détail qui force le respect), American Sniper est une œuvre puissante et essentielle sur un guerrier purement Eastwoodien, que le cinéaste ne glorifie, ne condamne et n'excuse jamais.

Une descente aux enfers froide mais respectueuse d'un soldat qui, dans le fond, n'a toujours fait que de remplir sa mission avant d'en payer le prix fort (la gloire, qu'il n'a jamais réellement recherchée tout comme la solitude), à l'instar d'un Clint qui s'est toujours évertué à divertir ses spectateurs avec un minimum de maestria avant de voir ses péloches - et son cinéma - se faire juger pour ce qu'elles ne sont pas.

Et puisqu'il faut rendre à César ce qui appartient à César, en plus de réaliser l'un des plus intenses et imposants moments de cinéma de ce premier semestre 2015, le célèbre Dirty Harry permet en prime au sous-estimé Bradley Cooper de signer la plus redoutable et impliquée performance de sa carrière, captant à merveille toutes les nuances de son personnage.


Jersey Boys l'avait affirmé, American Sniper le confirme de manière sincère et musclée, ce bon vieux Clint n'a décemment pas fini d'éblouir son monde, et la magie de son cinéma n'a définitivement rien perdu de sa superbe.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

0 commentaires:

Publier un commentaire

Fourni par Blogger.