Baptiste Lecaplain

[CRITIQUE] : Libre et Assoupi


Réalisateur : Benjamin Guedj
Acteurs : Baptiste Lecaplain, Charlotte Le Bon, Félix Moati, Denis Podalydès,...
Distributeur : Gaumont Distribution
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 2h03min.

Synopsis :
Sébastien n'a qu'une ambition dans la vie : ne rien faire. Son horizon, c'est son canapé. Sa vie il ne veut pas la vivre mais la contempler. Mais aujourd’hui, si tu ne fais rien... Tu n’es rien. Alors poussé par ses deux colocs, qui enchaînent stages et petits boulots, la décidée Anna et le pas tout à fait décidé Bruno, Sébastien va devoir faire ... Un peu.


Critique :

On ne peut qu'être heureux d'affirmer que la comédie française va très bien en 2014, des Trois Frères le retour à Babysitting, en passant par Le Crocodile du Botswanga, sans oublier Situation Amoureuse : C'est compliqué ou encore Les Gazelles, c'est simple, on a rarement autant rit dans les salles obscures avec des comédies hexagonales, depuis des années.

Mieux, les succès monstrueux de Supercondriaque et - enfin, surtout - Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu (pas les meilleurs du cru, mais bon...) on même sacrément relancer la distribution francophone face à l'écransante suprématie ricaine.

Un élan positif que s'engage à perpétuer le plein de promesses Libre et Assoupi donc, une comédie douce amer sur le passage à la vie d'adulte et l'entrée dans la vie active, adapté du roman éponyme de Romain Monnery.
Ou le premier long métrage de Benjamin Guedj, dont le CV en tant que scénariste - Cyprien et Il Reste du Jambon -, n'a pourtant rien pour rassurer les cinéphiles que nous sommes.


Libre et Assoupi, c'est l'histoire de Sébastien, dont l'existence se veut justement libre et assoupie.
Issu d’un milieu petit-bourgeois et hyper diplômé, le bonhomme n'a qu'une seule et unique ambition dans la vie : ne rien foutre et à n'importe quel prix.
Il ne voit pas plus loin que le bout de son canapé dans une société de travailleurs stressés qui ne laisse visiblement, que peu de place pour les aficionados du glandage décomplexé.

Son existence il ne veut pas la vivre, il veut tout simplement la contempler au maximum, sauf que ces colocs ne le laissent pas réellement profiter de la vie comme il le désirerait.
Entre la décidée Anna et le mou Bruno, Sébastien va enchainer les stages et les petits boulots, et risque d'être plus acteur que spectateur des événements de sa vie...

Difficile de ne pas admettre que malgré ses nombreux défauts, on se reconnait tous un peu, dans le personnage principal incarné par Sébastien - surnommé l’autre -, sorte de Gaston Lagaff contemporain, adulescent méchamment candide et rêveur, dont les pressions économiques et sociales du monde qui l'entoure ne l'atteignent pas d'un pouce.
On aimerait tous, comme lui, rester cloués dans nos pantoufles et ne rien faire de nos journées, incarner à la perfection cette figure du flemmard sensible critiquant le système tout en subsistant grâce à lui.

Rien que cette idée même de tourner un film sur la quête identitaire d'un héros sans gloire de la glande lunaire et anti-conformiste, valait clairement son pesant d'or et se suffisait presque à elle-même si tenter bien sur, que le metteur en scène s'amuse par son biais, à critiquer la (facilement) critiquable société actuelle, qui définit le statut de chaque individu par son activité professionnelle.


Un beau pitch de départ qui peut paraitre trop banal pour beaucoup, mais que Guedj embrasse cependant à la perfection, opposant son héros à contre-courant qui a peur d'affronter le réel en face - cette confrontation est d'ailleurs le fil rouge du métrage, confrontation que le cinéaste retarde au maximum -, aux différents points de vues d'un monde ultra capitaliste et aliénant, jusqu'à ce qu'il arrive - enfin - à trouver un sens à sa vie.

Une version alternative de ce que nous sommes, conscient de la futilité de ses nombreuses années d'études qui ne le font au final que stagner, et qui cherche à profiter au mieux de ce bonheur fugace qu'incarne la période de la fin de l'adolescence et le passage à la vie adulte, qui ne peut définitivement durer qu'un temps.
La banalité du quotidien, Guedj la filme avec malice puisqu'il interroge constamment le spectateur sur sa propre condition dans la société, mais en revanche, à la différence de son titre, son métrage manque lui, cruellement plus de liberté dans son ton.

En effet, elle semble trop souvent pensée et calibrée pour donner l'impression que rien ne dépasse, que tout est calculé, dans un enchainement de saynètes/vignettes humoristiques qui font parfois joliment mouche (la scène du musée ou encore l'échange entre Lecaplain et Podalydès à Pôle Emploi vaut salement leur pesant d'or) mais qui s'avèrent dans la généralité, trop illustratif et rarement subtil dans sa mise en image du pesant conformisme du monde d'aujourd'hui.

Hors du temps (dans le bon sens), trop bavard, un peu mou et inégal mais bourrés d'idées inventives et sympas, et incarnant - grâce à la multiplicité de ses sous-thèmes (l'amour, l'amitié fille-garçon, le travail, les stages, les études universitaires) - un magnifique portrait de la génération 2000 qui peine à trouver sa place, tiraillée entre l'angoisse d'être chômeur et la déprime d'être salarié, Libre et Assoupi remporte cependant l'adhésion des cinéphiles grâce à un trio d'interprètes impeccable, transcendant le manque de profondeur de leurs personnages ne dépassant que trop rarement, l'état d'archétypes.


D'un Baptiste Lecaplain tout en nonchalance et convaincant à un Félix Moati génial en branleur un poil mou, en passant par la sublime Charlotte Le Bon, délicieuse en précaire débrouillarde et déterminée, voguant entre passion et raison; tous véhiculent à la perfection la jolie morale de la bande : peu importe qui vous êtes tant que vous laissez la chance aux autres d'être qui ils sont, mais surtout que vous vous laissez une chance d'être qui vous êtes réellement.

A la fois concret, crédible, bordélique et insaisissable, le film se place souvent entre le cinéma de Woody Allen (notamment quand Lecaplain s'adresse directement aux spectateurs) et la comédie populaire bien de chez nous (gags potaches et limites à la clé), soit un mélange souvent le cul entre deux chaises mais infiniment attachant et agréable à mirer.

Ou une bonne comédie pleine de panache qui réserve un bon petit lot de cocasseries originales et vraiment drôles, un feel good movie qui illustre certes plus qu'il ne dénonce, mais dont on ressort de la salle avec la banane.

Et c'est déjà (vraiment) pas mal...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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