Critiques

[CRITIQUE] : Tom à la Ferme


Réalisateur : Xavier Dolan
Acteurs : Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu,...
Distributeur : MK2 / Diaphana
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Canadien, Français.
Durée : 1h42min.

Synopsis :
Un jeune publicitaire voyage jusqu'au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l'honneur de leur famille, une relation toxique s'amorce bientôt pour ne s'arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu'en soient les conséquences.



Critique :

Avec à peine trois films à son compteur de réalisateur, le petit cinéaste de génie Xavier Dolan est pourtant ce que le cinéma francophone à pondu de mieux depuis bien longtemps.

Fraichement débarqué de son Canada natal en 2009 avec le très beau J'ai Tué ma Mère, il a su depuis se faire une place bien au chaud dans la psyché de tout cinéphile un minimum endurcis, via l'excellent Les Amours Imaginaires mais surtout le sublime Laurence Anyways, l'une des péloches les plus belles qui nous avait été donné de voir l'été dernier.

Presque tout aussi boulimique de pellicule que Woody Allen, le bonhomme nous revient donc cette semaine avec son attendu Tom à la Ferme, un thriller psychologique sur le deuil amoureux, alors qu'il est justement actuellement en train de boucler son cinquième long, Mommy, qui traitera une fois encore - comme J'ai Tué ma Mère - des relations mère-fils.

Un cinéaste visiblement impatient mais franchement, qui pourrait s'en plaindre, hein ?


Adapté de la pièce de théâtre éponyme signée du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard, Tom à la Ferme ou l'histoire de Tom justement, jeune publicitaire branché et homosexuel affirmé, qui débarque à la campagne pour assister aux obsèques de son amant.
Une fois sur place, il se rend très vite compte que personne n'est au courant de son existence et encore moins de l'homosexualité du défunt.

Mais alors qu'il tentera de dévoiler la vérité à la mère du défunt, Agathe, à la fois effondrée et perturbée par la perte de son fils, il se heurtera au grand frère de ce dernier, Francis, homophobe et violent, qui va le contraindre à se taire en entamant avec lui une relation ambiguë, entre séduction et domination...

Autant dire que dès le pitch, Dolan montre intimement la couleur à son spectateur : son film sera ancré dans un drame profond, doublé d'une belle couche de thriller psychologique à la fois tendu et étouffant.
Et après vision on ne s'y trompe pas, certes si le bonhomme n'égale pas la perfection de son précédant long - diamétralement opposé -, il ne réalise la pas moins qu'un savoureux drame surprenant de sobriété et bien plus profond qu'il n'y parait.

Proposition différente de ce qu'il a pu nous offrir en salles jusqu'à aujourd'hui - que ce soit esthétiquement ou scénaristiquement parlant - Xavier Dolan simplifie ici ses effets de mise en scène pour ne se focaliser que sur la puissance de son histoire, à savoir une troublante relation étrange et malsaine entre trois personnages, bâtie sur le mensonge et les faux semblants face à une disparition qui reste une énigme en soit.


Tom ment à Agathe pour protéger la pureté de Guillaume à ses yeux (elle croit même qu'il a une petite amie), Francis ment à Tom sur sa personnalité et ses intentions tout autant qu'à sa mère puisqu'il sait la vérité sur son frère cadet, tandis qu'Agathe elle, se ment à elle-même afin de garder de son fils une image intacte et " pure ".
Mais tout autant que le mensonge, la mort et l'amour ont également ici une place de choix, puisqu'ils sont intimement liées, que ce soit l'amour d'un frère en quête de, justement, un cadet de substitution, ou l'amour d'un amant pour l'être aimé voir même de l'amour d'une mère pour son fils - voir même d'une amie pour un autre -, tous baignent dans des souvenirs aussi douloureux que réconfortants.

Aussi inquiétant et intense que profondément émouvant, ou l'on sent très vite le poids des mots derrière chaque scène, s’amusant à jouer avec les codes du thriller psychologique notamment via des hommages marqués à Alfred Hitchcock - la scène du champs, qui renvoie clairement à La Mort aux Trousses, ou encore le score " à cordes " proprement angoissant -, Xavier Dolan, dont le cinéma gagne encore en maturité, excelle aussi bien derrière que devant la caméra, avec ces cheveux blonds comme les blés.

Étonnant dans la peau de Tom, il incarne à la perfection le deuil amoureux, tout en justesse et en perdition, face à une Lise Roy éblouissante en Agathe - rôle qu'elle tenait déjà dans la pièce de Bouchard -, une mère frappée par la disparition de son fils cadet mais loin d'être aussi naïve qu'elle n'y parait.
Mais la véritable révélation du métrage reste le charismatique Pierre-Yves Cardinal, incroyable de bestialité dans la peau de Francis, bourreau menaçant au charme animal.
La mise en image de son emprise progressive sur Tom - référence appuyée au syndrome de Stockholm -, accumulée aux scènes les plus glauques et borderline (la scène de la beuverie), est d'une efficacité redoutable.


Mais même dans son infini qualité, ce suspens familiale souffre de quelques petits défauts remarqués, venant notamment - outre un certain manque de finesse parfois -, de son aspect encore (trop) théâtrale, le privant d'une certaine fluidité.
Car si Dolan en fait une adaptation des plus respectueuses, le traitement de certains détails de sa réalisation rappellent trop souvent le fonctionnement d'une pièce de théâtre, que ce soit son découpage en gros blocs bien distinct, des dialogues privilégiés à l'action ou encore d'une unité de lieu très réduit, et de son accumulation de face à face un poil convenue.

Singulier, fiévreux voir même parfois surréaliste, à la mise en scène pleine d'ampleur aussi inspirée que la sublime photographie d'André Turpin, Tom à la Ferme est un drame riche, émouvant et foutrement tendu, un piège infernal à l’humour (très) noir et bourré jusqu'à la gueule de jolis moments de cinéma.

On retient son souffle du début jusqu'à la fin tout en en prenant plein les mirettes, soit un divertissement parfaitement maitrisé de la part d'un jeune grand cinéaste, dont on se demande bien comment il va pouvoir faire pour continuer à agréablement nous surprendre de péloche en péloche...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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