Critiques

[CRITIQUE] : Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde


Réalisateur : Edgar Wright
Acteurs : Simon Pegg, Nick Frost, Paddy Considine, Martin Freeman, Eddie Marsan, Rosamund Pike,...
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Comédie, Science-Fiction.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h49min.

Synopsis :
L’histoire débute le 22 juin 1990 dans la petite ville anglaise de Newton Haven : cinq adolescents au comble de l’âge ingrat fêtent la fin des cours en se lançant dans une tournée épique des pubs de la ville. Malgré leur enthousiasme, et avec l’absorption d’un nombre impressionnant de pintes de bière, ils ne parviennent pas à leur but, le dernier pub sur leur liste : The World’s End (La Fin du Monde). Une vingtaine d’années plus tard, nos cinq mousquetaires ont tous quitté leur ville natale et sont devenus des hommes avec femme, enfants et responsabilités, à l’alarmante exception de celui qui fut un temps leur meneur, Gary King, un quarantenaire tirant exagérément sur la corde de son adolescence attardée. L’incorrigible Gary, tristement conscient du décalage qui le sépare aujourd’hui de son meilleur ami d’antan Andy, souhaite coûte que coûte réitérer l’épreuve de leur marathon alcoolisé. Il convainc Andy, Steven, Oliver et Peter de se réunir un vendredi après-midi. Gary est comme un poisson dans l’eau. Le défi : une nuit, cinq potes, douze pubs, avec un minimum d’une pinte chacun par pub. À leur arrivée à Newton Haven, le club des cinq retrouve Sam, la soeur d’Oliver pour qui Gary et Steven en pincent toujours. Alors que la fine équipe tente, tant bien que mal, d’accorder le passé avec le présent, une série de retrouvailles avec de vieilles connaissances et des lieux familiers les font soudain prendre conscience que le véritable enjeu, c’est l’avenir, non seulement le leur, mais celui de l’humanité entière, et arriver à «La Fin du Monde» devient le dernier de leurs soucis...


Critique :

Bordel, mais qu'est-ce qu'on l'attendait avec une putain d'impatience cet ultime opus de la précieuse Cornetto Trilogy, six piges pour être exact, le génial Hot Fuzz datant déjà de 2007.

Si ils s'étaient tous plus ou moins retrouvés sur Tintin : Le Secret de la Licorne de tonton Spielberg (Edgar Wright au scénario, Simon Pegg et Nick Frost devant la caméra), The World's End aka Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde (qu'on se le dise, enfin un titre intelligent de la part des distributeurs français, rarement aussi inspirés), marque réellement la réunion officielle du trio magique, dans une comédie qui, sur le papier, s'annonçait encore plus délirante et absurde que les opus précédents.

Prenant cette fois pour base la SF d'anticipation, la péloche suit l'histoire croustillante de cinq potes d'enfances, désormais quarantenaires, de retour dans leur patelin d'origine histoire d'enfin terminer, sous l'initiative du plus immature d'entre eux, une tournée de pubs inachevée, une vingtaine d'années plus tôt.
Sauf qu'une fois sur place, la petite bande va peu à peu réaliser que leur conté a peut-être, un peu trop changé...


Autant le dire tout de suite pour ceux qui en aurait honteusement douté, Edgar Wright a réellement mit les petits plats dans les grands pour cette conclusion, en tout point son œuvre la plus ambitieuse et complète, aussi riche thématiquement qu'en humour bien pensé et référencé, le tout sous une couche généreusement touchante et nostalgique, qui sont les valeurs ajoutées de son cinéma qui fait décidément toujours autant mouche, et qui s'enrichit de films en films.

The World's End ou le film du changement pour le cinéaste.
Plus ambigu et sombre que les deux précédents efforts de la trilogie (et même de toute sa filmo), dès son pitch, le Edgar annonce qu'aussi hilarant soit-il, son métrage sera également profondément triste et adulte.

Inversant littéralement les rôles fondamentaux de sa trilogie, faisant désormais de Pegg le boulet et de Frost le type sérieux, le metteur en scène s'offre le luxe de dépeindre en héros, avec une maturité étonnante, Gary, un lascar immature, menteur, antipathique de par son profond égoïsme mais in fine, profondément touchant.
Car si, dans Shaun of The Dead, Shaun devait se délester de son meilleur ami pour murir, et que dans Hot Fuzz, Nicholas Angel devait justement s'en dégoter un pour apprendre à se laisser un peu aller, ici Gary King, le loser nostalgique, doit lui-même se " tuer " pour faire enfin face à la réalité de la vie.

Une figure tragique qui parcourt tout le métrage, dit métrage qui ne se résume pas qu'à ce protagoniste central, ou encore moins au schéma de duo habituel au binôme Pegg/Frost, vu que cette fois Wright misera sur une vraie dynamique de groupe pour fluidifier son récit, une bande ou chaque personnage à sa place dans l'histoire, et parvient à exister.
Tous subtilement nommés comme des chevaliers (King, Prince, Chamberlain, Page et Knightley), ils semblent tous suivre leur leader spirituelle dans la connerie, un Gary King Roi Arthur du pauvre, en quête de leur Saint-Graal, soit tout d'abord le dernier pub de leur route, " La Fin du Monde ", puis peu à peu la survie de leur avenir et de celui de l'humanité.


Comme pour tous les autres films de la trilogie, qui sont de magnifiques odes à la différence, l’antagoniste principal des héros est représenté par un groupe d'individus conformiste et hostile poussant la bande à rentrer dans le rang.
Après les zombies de Shaun of The Dead - une fois devenus zombies, ils aspirent à ce que tout le monde soit pareil -, l'Alliance de Surveillance Local de Hot Fuzz - qui cherche à garder une image de perfection pour leur village et élimine tous ceux qui l’entache -, ici, nous avons droit à des Body Snatchers qui tentent de réduire l'humanité, des robots/aliens au sang bleu.

Fun même si plutôt sage (le film n'est pas du tout gore), admirablement chorégraphié dans ses scènes de combats - des bagarres de bars à la sauce Kung-Fu, ça cite indiscutablement la grande filmo asiatique de Jackie Chan -, savamment drôle et référencé (de The Thing à American Grafiti, en passant par Le Maitre Chinois) et magnifié par un final sous forme d'apothéose apocalyptique, Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde est en tout point parfait, une réussite indéniable qui conclut à merveille une trilogie culte et unique.

Formidablement mis en scène - Wright prend son temps, et joue toujours aussi bien de l'alliance zooms/gros plans que du découpage au cordeau -, jonglant autant sur tous les humours possible - du potache au pur british, sans oublier les références geeks et les punchlines assassines -, et sur un casting infiniment génial - Simon Pegg et Nick Frost en tête -, la bande émue tout autant qu'elle impressionne, de part sa cohérence, sa maitrise et son inventivité débordante.


Tout comme son héros, via sa filmographique inattaquable et frisant la perfection (les excellents Shaun of The Dead et Hot Fuzz, l'immense Scott Pilgrim vs The World et maintenant The World's End), l'inestimable Edgar Wright - oui, il l'est -, nous fait ressentir le désir nostalgique de vouloir retrouver une dernière fois nos amis cinématographiques, pour une dernière et grande aventure délirante.

Quelle frustration donc de se dire que cette suite - qui pousserait le tout vers une Cornetto Quadrilogy -, ne verra sans doute jamais le jour.
Dommage, mais le film a su tenir toutes ses promesses - et même bien plus encore -, et ça, pour tous les fans de la trilogie dont je suis moi-même un fervent partisan, c'est déjà une très grande nouvelle.

Merci donc à messieurs Wright, Pegg et Frost, et au plus vite pour de nouvelles aventures, vous me manquez déjà.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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