[CRITIQUE/RESSORTIE] : Naked
Réalisateur : Mike Leigh
Avec : David Thewlis, Lesley Sharp, Claire Skinner, Katrin Cartlidge,…
Distributeur : Potemkine Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Britannique.
Durée : 2h11min
Date de sortie : 10 novembre 1993
Date de ressortie : 28 janvier 2026
Synopsis :
Johnny, vit dans un total rejet de la société. Après avoir volé une voiture, il rejoint Londres pour habiter quelque temps chez son ex-petite amie Louise. Vagabond flamboyant et cynique, charmant et violent, il va déambuler plusieurs nuits dans les rues de la capitale.
Très vite étiquetté comme un cinéaste du " réel ", un terme insaisissable qui veut à la fois tout dire comme ne rien dire (parce qu'il n'y a pas qu'une seule et unique définition de réalisme, et la sienne se définit moins dans des tics/parti pris de mise en scène familiers - comme ses subtils plans-séquences - qu'à travers une méthode de travail minérale, souvent auprès de distributions habituées des planches), quand bien même son cinéma a toujours su brillamment s'enraciner dans un contexte social tout aussi désabusé que durement humain (et donc intimement universel); Mike Leigh s'inscrit pourtant bien plus comme un cinéaste de la lucidité, un faiseur de rêves qui radiographie sans filtre et frontalement la vie, de la crudité de ses élans volubiles (percutants et ciselés) à la brutalité de ses séquences, trop conscient qu'il est de ses maux comme de son inéluctabilité.
En ce sens, Naked pourrait faussement apparaître comme un OFNI au sein sa filmographie (ce qu'il n'est pas totalement, évidemment), tant le cinéaste ne place pas la famille au coeur de sa narration, mais bien un individu qui en est dépourvu, déraciné de toute attache parce qu'il a une féroce tendance à les fuir; un philosophe antipathique aussi cultivé que profondément désespéré - et désespérant -, qui écrit comme il parle et inversement, s'exprime avec les tripes et qui en demande de même en retour - comme le papa de Secrets and Lies à ses spectateurs.
Un trait de personnalité moins d'être anodin tant Leigh structure justement le rythme de son récit sur ses nombreuses et hétérogènes rencontres, composant une véritable odyssée picaresque et obscure dénuée de tout moralisme facile, où désolation, pessimisme et solitude sont les maîtres mots, flanquée au plus près de marginaux malgré eux - où pas -, représentation crue d'une humanité dévastée et perdue, littéralement privée d'espoir dans une Grande-Bretagne post-Thatcher tout autant dépressive et à la dérive.
Son Johnny n'en apparaît que plus nihiliste et, paradoxalement, d'une humanité rare, dans le sens où il est d'une loyauté extrême envers ses propres convictions et son rejet viscéral d'une société aux valeurs biaisées et à l'hypocrisie étouffante (son approche violente du sexe en est l'exemple le plus probant), au point qu'il se refuse à toute rédemption, puisque hors de ses principes et ceux même du monde qui l'entoure.
Sa violence ne se niche pas derrière des élans hypocrites, elle n'est là que pour justifier son existence face à l'abandon, des éclats d'un instinct de survie désespéré et décomplexé.
Drame puissant et acerbe, brut et éreintant tout en étant parsemé de légères touches d'humour et de compassion, totalement voué à la performance d'un David Thewlis absolument dément au verbe limpide et à la présence spectrale, Naked (dont les accusations de misogynie confine à l'absurde) livre un examen radical de la décrépitude d'une humanité confinée au rejet et à la barbarie, artisane de sa propre apocalypse, au plus près d'une âme qui la rejette car elle en a - partiellement - fait l'anarchiste amer, insatisfait et émotionnellement paralysé qu'il est devenu.
Embaumé dans la photographie crépusculaire de Dick Pope et la musique entêtante d'Andrew Dickson, le film est un diamant noir glacial et vulnérable dont la ressortie, dans une version restaurée et toute pimpante, est de ces séances aussi hantées que hantantes qui vaut la moindre minute qu'on est prêt à lui consacrer.
Jonathan Chevrier

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