Breaking News

[ENTRETIEN] : Entretien avec Arnaud Ducret (Les Gendarmes)

Copyright Bamboo Films - Bamboo Production - TF1 Films Production - Studio TF1 Cinéma


Arnaud Ducret fait partie de ces acteurs dont la sympathie se dégage tellement à l’écran que l’on pourrait craindre qu’elle ne se concrétise pas dans la vraie vie. Et pourtant, après avoir pu échanger avec lui à l’occasion de la sortie à venir de sa nouvelle comédie, Les Gendarmes, on peut confirmer la nature plaisante de notre intervenant, avec qui on a parlé de cinéma français, de Backrooms et de bande dessinée.





Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Alors, pour la petite anecdote, à l'époque des Profs, Olivier Sulpice, patron de Bambou Éditions, m'avait envoyé 10 tomes des Gendarmes en me disant qu’il aimerait bien adapter cette bande dessinée après les Profs. J'avais reçu ça en me disant qu’il faudrait monter le projet mais je n'avais pas la structure pour le faire. Et 14 ans plus tard, il me repropose Les Gendarmes avec à la réalisation Stéphane Archinard et François Prévôt-Leygonie, avec qui j'ai fait Monsieur Je-Sais-Tout également. Et donc là, j'ai lu l'histoire et je leur ai dit que ça me plaisait. Ce qui était important aussi, c'était la brigade. Je vous avoue que travailler avec Fred Testot et Marc Riso m'a aussi donné envie de le faire.

Mais justement, je voulais discuter des retrouvailles avec vos réalisateurs de Monsieur Je-Sais-Tout. Comment vous décrirez leur manière de travailler ?

Ce que j'aime déjà chez François et Stéphane, c'est que c'est simple. On se dit les choses, on parle, c'est simple. Ils m'écoutent, ils sont d'accord, ils ne sont pas d'accord, mais au moins on échange. D'ailleurs, la simplicité va jusqu'au planning de tournage : quand ils m'ont proposé Les Gendarmes, ça devait être en avril et ils m’ont dit : « Arnaud, si tu dis oui, sache que dans deux mois, on fait le film. » C'était aussi simple que ça. Parce que parfois, c'est long de monter des films, et là, ça s’est fait très rapidement. J'adore travailler avec eux. D'ailleurs, ils m'ont proposé un autre film, un film social, sur un rôle beaucoup plus différent. Je pense que c'est important, quand on est acteur, de trouver ses réalisateurs. Et je pense avoir trouvé une famille de réal aussi avec eux.

Copyright Bamboo Films - Bamboo Production - TF1 Films Production - Studio TF1 Cinéma

Pour revenir sur cette énergie de groupe, quelles ont été les conversations avec le reste du casting pour avoir cette camaraderie qu'on sent malgré les rangs ?

Franchement, c'est arrivé facilement. Après, c'est aussi le rôle du réalisateur de se dire comment diriger en voyant le comportement des gens dans la vraie vie. Après, je ne vais rien inventer parce que ça a été assez simple. Durant les lectures, on s'est marrés et j'ai senti cette énergie. Pendant le tournage, Fred, Marc, Sofia, tout ça, ils savent se placer et puis se dire que dans l'histoire, je suis le mec qui dirige. Par contre, on a tellement ri entre les prises. Moi, par exemple, ma façon de faire, c'est qu'il faut que je me marre. Si je me marre entre les prises, si on rigole, ça donne une énergie, et t'as envie de faire les choses bien. Et par contre, dans les scènes, on est dedans. On connaît notre texte, on est dedans, mais ça s’est fait hyper naturellement, en fait. Ça s'est fait très simplement. Si ça avait été plus compliqué, je l'aurais dit, mais on s'est rendu compte que ça fonctionnait bien.

Effectivement, cette énergie, je trouve que ça renforce l'humour burlesque. Comment faire du bon burlesque ?

Déjà, pour moi, la première chose la plus importante, c'est la sincérité dans la situation. C'est-à-dire qu’il ne faut jamais oublier que c'est la situation la plus importante et que parfois, on a envie de donner un effet sur du jeu et qu'on se dit : « N'oublions pas que la situation, c'est ça. Raccrochons-nous à la situation et jouons les choses sincèrement ». C'est en jouant les choses sincèrement que la drôlerie va arriver. Donc, moi, c'est ma façon de voir le jeu. Tant qu'on se raccroche à l'histoire, qu'on pense à la situation, qu'on se dit « Qu'est-ce qu'on ferait dans la vraie vie ? », même si ça paraît tiré un peu par les cheveux. Faisons ça et c'est là qu'on va sortir les bons trucs, je pense.

C'est intéressant aussi, parce que pour revenir sur un point du début, c'est quand même une adaptation de bande dessinée. Vous êtes habitué au registre. Comment vous voyez ce genre de format d'adaptation de bande dessinée sur grand écran ?

C'est comme des bouquins qui vont être achetés où les gens achètent les droits de romans, ce genre de choses. Il y a des BD qui sont là, avec leurs histoires, leurs personnages et leurs gags. Là, sur Les Gendarmes, c'est plus des planches, donc ce sont des petites séquences. Il a fallu créer l'histoire, mais pourquoi ne pas l'utiliser si c'est là ? Et puis je crois qu'on a des bons auteurs chez nous. On a des belles boîtes d'édition comme Bambou, par exemple, et il faut s'en servir, parce que tout est là, il y a juste à aller piocher. Comme avec Astérix et Obélix, qui a connu des adaptations extraordinaires comme celle sur Netflix avec Alain Chabat, qui m’a provoqué beaucoup de fous rires. En plus, on a des super réalisateurs pour ce genre de choses.

Je suis tout à fait d'accord. Je riais encore de la parodie de It's a Small World.

On voit que Chabat a passé sa vie à Disney. Il est fort. Moi, j'ai eu avec mon fils, c'est ça aussi qui est génial, j'en parle souvent, mais j'ai eu des barres de rire avec mon gamin sur cette scène où le légionnaire doublé par Jean-Pascal Zadi est coincé dans le tonneau.

Copyright Bamboo Films - Bamboo Production - TF1 Films Production - Studio TF1 Cinéma

Il y a aussi un passif « Gendarmes » avec le titre qui renvoie aussi aux titres avec Louis De Funès. Évidemment, c'est mentionné directement dans le film. Comment gérer ce parallèle qu'on peut faire avec cette série qui est inscrite dans l'histoire de la comédie française ?


C'est un hommage. Les Gendarmes, on ne peut pas ne pas juste avoir un clin d'œil. Ce n’est même pas qu'on reprend des références, c'est qu'on a fait un hommage. Là où je suis content, c'est que je me dis que nos gendarmes vont certainement faire découvrir les autres à des jeunes. Je pense que les parents vont leur montrer les films avec lesquels ils ont grandi. Donc, si on peut éduquer un peu les petits, grâce à notre film, sur les anciens gendarmes et leur rendre leur noblesse, c'est super.

Effectivement, j'ai beaucoup vécu avec Les Gendarmes à New York. La reprise de la scène chorégraphiée qui rend hommage à West Side Story…

Ah, c'était génial, ça ! Ou le steak (rires).

Oui, le steak (rires) !
Les Gendarmes est une comédie estivale et on peut dire que vous êtes une valeur sûre dans le secteur. Comment voyez-vous cette nouvelle vague de comédies françaises populaires ainsi que les critiques qui reprochent à ces titres de rester dans un certain cadre ?

C'est vrai qu'il faut aussi que les réalisateurs essaient mais ça part aussi des distributeurs, des boîtes de prod. Ça les rassure quand c'est codifié mais je crois que les gens ont aussi besoin de leur montrer de nouvelles choses. Donc maintenant, nous, on est acteurs, on a aussi besoin de travailler. Moi, je fais des choses parce que j'ai envie de les faire et parce que je les aime. Mais je peux comprendre parfois que sur certaines comédies, cela puisse ennuyer... C'est peut-être le cas pour moi aussi, que les gens se disent que c’est du déjà-vu. Ça, je le conçois, et c'est pour ça qu'il faut aussi parfois donner la chance à des jeunes mecs d'arriver avec des nouvelles choses. Moi, c'est pas notre branche à nous, mais « Les Segpas », tout ça, ce sont des mecs qui font des choses en parallèle et poussent. C'est bien aussi parce que ça parle à d'autres gens. Et puis, il y a des comédies comme les nôtres qui ne vont pas parler à plein d'autres publics. Et donc, c'est important de pouvoir aussi faire des titres qui plaisent à plein d'autres gens. J'imagine très bien que je ne suis pas un mec qui parle à tout le monde. Je suis d'accord : parfois, c'est codifié, mais même nous, on se bat avec les réalisateurs en disant : « Les producteurs veulent ça, les distributeurs veulent ça. Essayons de pousser un peu. » Je pense que c'est nous qui avons raison, mais il faut proposer des nouvelles choses. Regardez Backrooms et Obsession. C’est extraordinaire. Backrooms, je l'ai vu trois fois. Mon fils a également adoré. Tout d'un coup, ça arrive et tout le monde va s'engouffrer là-dedans. C’est évident mais on a envie de dire « Mais ça fait trois fois qu'on vous le dit. Pourquoi on ne ferait pas un truc comme ça ? » Mais ils ont besoin d'être rassurés. C'est beaucoup d'argent. Le cinéma et la télé sont en perdition en ce moment. Ils ont pris une énorme claque. Donc là, c'est difficile de faire bouger les lignes.

Vos rôles jouent constamment d’une certaine physicalité. Comment travailler et conserver ce pouvoir ?

J'ai la chance de faire 1m90. Je perds un peu de poids là, mais je suis dessus (rires) ! Ça, c'est une chance vraiment d'avoir un physique qui me permet de taper large sur plein de rôles. Et je ne sais pas si je veux conserver ça, mais vous savez, on se bat tous parfois avec des choses à qui tout le monde autour de nous dit « Mais non, t'es très bien comme ça, mais c'est aussi ce que tu es toi. » Moi, je suis comme ça. Je suis large et ça donne envie à plein d'acteurs, à plein de réalisateurs de dire « Tiens, toi, tu vas faire le mec comme ça » Moi, je suis rural. Hier, je tournais sur Les Profs 3 et on disait : « Il est où l'acteur rural ? » Je suis là, les gars (rires) ! C'est ça. Lui, c'est l'acteur rural. Je le dis parce que je le vois, tout comme mon public, mais je veux dire, ça passe des agriculteurs en passant par justement la police, en passant par les jeunes. Il y a un truc comme ça où je dois représenter le français, à mon avis, un peu. Et donc, ça, c'est une chance. Moi, ça me plairait de faire un thriller, un truc un peu dramatique en ce moment, de revenir à ça. Mais je ne sais pas si je dois le conserver. Mais en tout cas, c'est là. Il ne faut pas que je le renie. Il ne faut pas que je tourne le dos, et déjà qu'il est large, à ce que je représente, parce que c'est aussi ce qui plaît aux gens.

Copyright Bamboo Films - Bamboo Production - TF1 Films Production - Studio TF1 Cinéma

Quels sont vos projets en ce moment ?


Alors, il y a en ce moment le tournage des Profs 3. Cet après-midi, je répète avec les enfants pour La guerre des beaux-pères que je tourne à partir du 3 août en Belgique. Je passe mon été en Belgique (rires) ! Et ensuite, je tourne Panique au village que j'ai écrit avec Tom Villa, que je réalise et que je coproduis. Ça, c'est pour TF1. Ensuite, je pars en tournée et je viendrai à Liège avec la pièce Cochons d'Inde le 13 décembre.

Est-ce qu'il y a un point du film que vous auriez voulu développer durant cet entretien ?


Si on en fait un deuxième, et je mettrais un point d'honneur à ça, je veux qu'il y ait plus d'action. Je veux qu'il y ait plus d'action et je veux qu'il y ait encore plus de gags. C'est le seul truc. Et je crois que si on en fait un deuxième, et je le dis humblement parce que je ne me compare pas, mais je veux que ce soit comme Les Gendarmes à Saint-Tropez. Vous avez parlé des Gendarmes à New York. Je pense qu'il n'y a rien de plus drôle que si on délocalise les gendarmes. C'est comme avec les Tuche, il y a des zones de confrontation. Je pense que ce serait vraiment la suite à faire, de les emmener quelque part où les mecs sont un peu perdus ou les associer avec une autre grande gendarmerie.


Propos recueillis par Liam Debruel.

Merci à Maud Nicolas de Vertigo Distribution pour cet entretien.