Breaking News

[CRITIQUE] : Girl


Réalisatrice : Shu Qui
Avec : Xiao-Ying Bai, 9m88, Roy ChiuEsther LiuYu-Fei Lai,…
Budget : -
Distributeur : Ad Vitam
Genre : Drame.
Nationalité : Taïwanais, Chinois.
Durée : 2h04min

Synopsis :
Taïwan, 1988. Hsiao-lee, une jeune adolescente timide, peine à trouver sa place au sein de sa famille dysfonctionnelle. Elle voit sa vie bouleversée par sa rencontre avec Li-li, une jeune fille vive et insouciante qui lui permet de s’évader de son quotidien. Mais lorsque le passé douloureux de sa mère ressurgit, d’anciennes blessures refont surface. Partagée entre un lourd héritage familial et son ardent désir de liberté, Hsiao-lee doit trouver sa propre voie.




On ne le répétera sans doute jamais assez (évidemment que non, mais fait comme si c'était le cas), mais il y a toujours quelque chose de profondément intéressant à l'idée de voir un ou une comédienne se décider à sauter le pas difficile de la réalisation et de passer in fine derrière la caméra.
D'intéressant à l'idée de voir si il où elle laissera s'exprimer une vraie vision de cinéma, de voir si il ou elle laissera parler les influences des cinéastes qui ont jalonnés sa carrière, où même d'hypothétiquement laisser exploser un talent qui, fasse caméra, s'avérait peut-être plus timide...

Inutile de dire que notre curiosité ne pouvait qu'être titillée face à l'annonce des débuts en tant que cinéaste de la magnifique Shu Qi (adoubé par la Mostra de Venise), Girl, à la frontière entre le drame familial et le coming-of-age (avec de légers accents Hou Hsiao-Hsien sur quelques séquences, d'ailleurs en quelque sorte à l'initiative du projet) mais surtout le fruit d'une longue gestation - plus de dix ans d'écriture -, qui s'aventure d'une manière particulièrement brut sur le terrain sinueux des violences familiales et des traumatismes intergénérationnels, au détour d'un douloureux récit d'apprentissage et d'affirmation de soi.

Copyright Mandarin Vision Co. Ltd.

Soit, au coeur du Taïwan de la fin des années 80, les aléas de Hsiao-lee, une jeune adolescente timide et en manque d'amour, qui peine à trouver sa place au sein de sa famille dysfonctionnelle et désabusée, marquée par les violences physiques et psychologiques d'un second mari alcoolique et autoritaire, qui hante toutes les femmes du foyer.
Une gamine vulnérable et renfermée sur elle-même, dont l'apparence enfantine tranche avec la dureté et la maturité des angoisses qui nourrissent son intimité, qui va trouver un étrange mais salutaire échappatoire en la rencontre avec l'insouciante et rebelle Li-li, fraîchement débarquée des États-Unis...

Portrait presque intergénérationnel d'un héritage tout en misère et en désespoir, frappé par le sceau d'un patriarcat oppressant et violent, nourrit par la volonté d'une jeune ado de se soustraire à la fatalité que la destinée semble lui promettre (comme à la détresse apathique - où, plus simplement, la résignation - dans laquelle sa mère semble définitivement se perdre), Girl manque néanmoins de finesse moins d'un point de vue formelle (par sa caméra discrète mais juste, elle retranscrit admirablement le pouls d'une époque en plein bouleversement politique et social, le tout sublimé par la photographie enlevée de Jing-Pin Yu) que narratif (une écriture très rugueuse et didactique, voire même un poil caricaturale, malgré la maturité des thèmes abordés), pour que l'authenticité émotionnelle recherchée transperce les limites d'un écran tout aussi rigide que les structures sociales et familiales qu'elle dépeint.

Un beau premier effort tout de même, qui laisse poindre aussi bien la solidité de sa direction d'actrice (notamment une impressionnante Xiao-Ying Bai), que sa propension à composer une vraie atmosphère envoûtante.


Jonathan Chevrier