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[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #171. Rumble in the Bronx

© Copyright 1995 - New Line Cinema - All rights reserved.

Nous sommes tous un peu nostalgiques de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars. Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se baladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leur mot à dire... Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 80's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération. Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pilule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !



#171. Jackie Chan dans le Bronx de Stanley Tong (1995)

Passé la rudesse de ses débuts, entre combats secs, violence calibrée et ton volontairement old school, le virage des 80s pour la carrière de Jackie Chan, dont le star power devenait immense, lui a permis de coller son aura sur des projets bien plus populaires mais surtout en pleine cohésion avec leur époque, comme Le Marin des Mers de Chine qui d'une certaine manière - à l'instar de l'excellent Wheels on Meals/Soif de Justice -, incarne l'une des pierres fondatrices sur pellicule, du mélange d'action, d'aventure et de slapstick comedy qui deviendra par la suite, et surtout dès le milieu des 90s, une partie de la marque de fabrique number one du bonhomme à son arrivée sur le territoire américain.

Cheval de Troie pour sa seconde tentative de percer au pays de l'oncle Sam, Rumble in the Bronx aka Jackie Chan dans le Bronx de Stanley Tong, film hongkongais tourné à New... Vancouver (au point où certains plans avec un paysage montagnard en fond, sont à la limite du risible) au moment même où tous les talents locaux fuyaient l'île pour se payer une part du gâteau Hollywoodien, pousse les potards de cette formule à un niveau inégalé (sauf peut-être par le navrant Mister Cool, symbole des limites mêmes de ce parti pris), à travers une mixture bordélique à la fois derrière (les comédiens s'exprimant tous dans des langues différentes; Chan devant négocier avec une cheville droite cassée une bonne partie du tournage - et celui du moins mémorable Thunderbolts -;...) et devant la caméra.

© Copyright 1995 - New Line Cinema - All rights reserved.

Partant d'un pitch pas moins facile et turbo-débile que la moyenne (Keung, un flic de Hongkong, débarque dans le Bronx pour assister au mariage de son oncle et aider à la vente de son supermarché, sauf qu'il se retrouve malgré lui bientôt être la cible d'un gang local puis d'une guerre de gangs et d'une affaire de diamants volés liée à la mafia), le film joue la carte d'un ludisme excessivement exacerbé et jubilatoire (mais pas exempt d'un moralisme d'une naïveté confondante, qui va de pair avec l'image de " grand frère " modèle lisse et aseptisé vantée par Chan outre-Atlantique), où l'aspect Looney Tunes de la criminalité (et le jeu volontairement exagéré des comédiens/comediennes qui va avec) comme de son action, supplante la fragilité d'une narration prétexte (personnages à peine croqués, vilains stéréotypés comme ce n'est pas permis, figures féminines reléguées - au mieux - au rang de love interest) et épouse la méticulosité extrême des chorégraphies comme des cascades chères à l'éternel inspecteur Chan, pour mieux voguer vers une forme de divertissement total à l'américaine, spectaculaire (la séquence finale avec l'aéroglisseur) et au montage frénétique.

Du total package rythmé au cordeau (dans sa version internationale tout dû moins, qui ampute le montage hongkongais d'une bonne vingtaine de minutes, quitte à refuser toute idée de cohérence), étonnamment violent (le lynchage de Keung dans une ruelle, élément rare dans le cinéma d'action des 90s) et saupoudré d'un générique final aux doux contours de Jackass avant l'heure, avec un performeur qui a toujours mis sa vie en jeu pour divertir son public.
Un totem de nos enfances, perfectible et infiniment inférieur aux hauts faits de la carrière de son comédien vedette, mais qui distille une nostalgie telle que même trente ans après et un sacré coup de vieux, il est toujours difficile de lui résister.


Jonathan Chevrier