[CRITIQUE] : Garance
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| Copyright 2026 Trésor Films - Chi-Fou-Mi Productions - Studiocanal - France 3 Cinéma - Artémis Productions |
Réalisatrice : Jeanne Herry
Avec : Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud, Anne Suarez,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h45min.
Synopsis :
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Garance est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d’un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d’amour que de destruction.
Il y a une doux hasard dans le fait de voir débouler en pleine réunion cannoise, le quatrième long-métrage de la talentueuse Jeanne Herry, Garance, au moment même où le magnifique et douloureux Leaving Las Vegas de Mike Figgis pointe à nouveau le bout de son nez - fraîchement restauré - dans nos salles pas assez obscures, deux chroniques qui se répondent dans la manière de pointer sans réserve les ravages d'un alcoolisme pathologique, rongeant deux figures certes dissemblables et à des degrés de solitudes/autodestructions totalement différents, mais étrangement liés à une industrie du rêve (le septième art, l'une est actrice, l'autre est un scénariste fraîchement viré) dont ils ont amèrement goûtés de l'envers du décor loin d'être romantique.
Mais là où Figgis s'attachait à une déchéance irrémédiablement macabre (et embaumé par une mort intimement souhaitée et provoquée) où même l'amour sincère et authentique ne servait pas de bouée de sauvetage essentielle, Herry, qui retrouve pour l'occasion Adèle Exarchopoulos, déjà en vedette de son poignant Je verrais toujours vos visages, prend le pli d'un alcoolisme moins extrême mais déjà fermement ancré dans l'ordinaire du quotidien, des rapports sociaux à l'intimité précaire d'une comédienne qui survit tant bien que mal avec ses petits rôles aux théâtres, un corps épuisé par une existence aux perspectives limitées qui pense maîtriser ce qu'elle ne juge pas comme une addiction autodestructrice, là où son contrôle de ce fardeau invalidant s'avère moins évident qu'elle le pense aux yeux des autres.
Un parcours chaotique et tout en vulnérabilités et en instabilités - pas uniquement émotionnelle -, pur récit de lutte entre légers triomphes et rechutes constantes que la cinéaste épouse sans misérabilisme ni moralisme putassier - et encore moins une quelconque stigmatisation -, pensant l'alcoolisme de sa figure titre comme un compagnon faisant partie intégrante d'une vie et provoquant un déclin physique et émotionnel progressif, un venin pernicieux qui se nourrit du besoin (un petit truc en plus dont la force réside dans sa manière de se revendiquer insignifiant, banal et commun, au point même de pousser au jugement primitif et absurde de celui qui " ne boit pas ") et vient lentement mais naturellement pourrir l'énergie d'une Alice aux pays des cauchemars, une jeune femme brillante qui entrevoit néanmoins toujours l'espoir de s'extirper d'un labyrinthe dont les voies de sorties sont pourtant de plus en plus floues (se résigner à s'autoriser à vivre sans l'alcool où mourir un jour avec), en ne s'autorisant jamais de totalement baisser les bras.
Herry, dont la rigueur de la mise en scène (plutôt dynamique dans ses cadres, facile en comparaison de son précédent effort aux nécessités cinématographiques plus conventionnelles) n'atteint il est vrai jamais véritablement la maestria folle de la plume, laisse ici exploser la pleine expression de ses capacités (de sa conception de narration à la fois fluide et dense, même dans son usage d'ellipses comme d'une voix-off jamais trop écrasante, à la justesse de dialogues profonds et percutants, qui maintienne ses comédiennes/comédiens loin de toute artificialité irritante; en passant par une facilité déconcertante à jongler entre les tons), tout en étant emprunte d'une ironie piquante qu'on ne lui connaissait pas forcément, pour paver une route digne (que certains jugeront comme pédagogique, en admettant que ce soit réellement un défaut en soi... à méditer) et pavée d'or à une Adèle Exarchopoulos absolument grandiose (tout droit sortie d'un drame de Cassavetes, où pas loin).
La comédienne, tout simplement exceptionnelle quand elle est bien dirigée, ne flirte jamais avec le grotesque dans son incarnation crédible de Garance, à qui elle donne un corps - incroyablement expressif - comme une âme complexe et nuancée, pour mieux habiter le dilemme existentielle d'une figure qui doit apprendre à moins écouter les désirs de son corps, pour espérer essayer de mieux vivre avec.
Jonathan Chevrier







