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[CRITIQUE] : Sorda


Réalisatrice : Eva Libertad
Avec : Miriam Garlo, Álvaro Cervantes, Elena Irureta,...
Distributeur : Condor Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h40min

Synopsis :
Angela est sourde, Hector est entendant. Ils forment un couple épanoui et heureux malgré leur différence. Mais la naissance de leur premier enfant inquiète Angela : saura-t-elle créer un lien avec sa fille ? Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie si souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ?





Si la maternité est, que ce soit sous l'artifice de l'humour (fin où non, c'est un autre débat) comme du drame voire même de l'horreur, l'une des thématiques les plus familières de la production cinématographique - pas uniquement bien de chez nous -, gageons qu'elle a rarement  pu être abordé sous l'angle loin d'être évident et à négocier avec délicatesse, du jugement social qu'elle peut susciter, tout en explorant dans le même mouvement, les incertitudes et les doutes face aux bouleversements que peuvent chérir en elle la notion même de donner et/où d'accueillir la vie pour des personnes atteintes de handicap.

Premier long-métrage de la wannabe cinéaste espagnole Eva Libertad, Sorda, extension de son moyen-métrage éponyme (qui puisait lui aussi, sa substance dans le propre vécu de son auteure), s'attache au plus près des doutes et des incertitudes malgré la joie évidente, d'une femme sourde face à la possibilité que son futur enfant puisse l'être également (une inquiétude sur sa santé d'autant plus consolidé par le regard comme le jugement des proches), mais aussi au coeur de ses difficultés quotidiennes même auprès d'un époux aimant - et entendant - avec qui elle peut communiquer de manière fluide et sans entrave (son handicap n'ayant aucune incidence où presque sur leur vie commune, et encore moins leur amour).


Copyright Condor Distribution

Une immersion délicate, à hauteur de perspective et d'un silence à la fois pesant et omniprésent, qui ne se revendique pas comme un portrait généralisé de la communauté sourde, mais avant tout et surtout celui d'une individualité à part entière, complexe et attachante, dont on partage la grossesse comme les craintes (la peur que sa progéniture subisse les mêmes difficultés qu'elle, entre préjugés faciles et condescendance abjecte) et l'isolement qui s'accroît, paradoxalement, à la naissance de sa fille où sa difficulté à entendre comme à communiquer avec la chair de sa chair, lui donne le sentiment d'être exclue de son propre cercle familial (symbole même d'une cellule familial ou en tant qu'enfant, elle ne trouvait pas sa place non plus).

Immersion puissante, sincère et intense dans l'existence aux émotions complexes et contradictoires d'une figure frappée depuis toujours par le décalage imposé par les « entendants », dont elle retranscrit tout en nuance sa relation complexe à son handicap sensoriel à travers une mise en scène épurée et précise, Sorda, dénué de tout misérabilisme putassier et dominé de la tête et des épaules par une fantastique Miriam Garlo (la sœur même d'Eva Libertad), est une merveille de drame subtil et authentique sur une réalité rarement abordé avec autant de sincérité sur grand écran.
La (très) belle découverte du moment.


Jonathan Chevrier