[CRITIQUE] : Un monde fragile et merveilleux
Réalisateur : Cyril Aris
Acteurs : Mounia Akl, Hassan Akil, Julia Kassar, Camille Salameh,…
Distributeur : UFO Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Libanais, Américain, Allemand, Saoudien, Qatari.
Durée : 1h50min.
Synopsis :
Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école à Beyrouth, et rêvent à leur vie d’adulte, à un monde merveilleux. 20 ans plus tard, ils se retrouvent par accident et c’est à nouveau l’amour fou, magnétique, incandescent. Peut-on construire un avenir, dans un pays fracturé, qu’on tente de quitter mais qui vous retient de façon irrésistible ?
À l'image de nombreux pays dont la démocratie tente de se relever après s'être lentement et douloureusement fissurée au fil des années sous le poids - entre autres - de la corruption, des injustices, des tensions entre la population et le gouvernement (dont l'indifférence des classes dirigeantes n'est, in fine, pas si differente aux nôtres) mais aussi des conflits voisins qui s'invitent sur ses propres terres (qui n'ont fait que de s'accentuer depuis deux ans maintenant, à tel point qu'il est difficile de dissocier les mots guerre et Liban dans la conscience - souvent biaisée - collective); le " Pays du Cèdre " et, par extension son fantastique cinéma, fait de plus en plus entendre sa voix et voit émerger de nouveaux/nouvelles cinéastes exposant sans phare la condition de leur nation.
On pourrait, de mémoire plus ou moins vive, citer la verve euphorisante (comme la volonte louable de préserver la mémoire collective et de transmettre la culture exceptionnelle du pays) des travaux de jeunes cinéastes tels que Mounia Akl (Costa Brava, Lebanon), le très " Antonionien " Ely Dagher (Face à la mer), Wissam Charaf (Dirty Difficult Dangerous) où encore Carlos Chahine (La nuit du verre d'eau), Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (Memory Box), et même Myriam El Hajj (Journal intime du Liban).
Premier long-métrage de fiction d'un Cyril Aris qui fait instinctivement parti de cette liste (une évidence depuis son magnifique Dancing on the Edge of a Volcano), Un monde fragile et merveilleux se fait tout autant une magnifique romance aux - légers - accents comico-surréalistes, qu'un puissant drame facon radiographie crue sur le quotidien doux-amer dans un Liban déchiré par les conflits, au plus près de deux âmes aux origines dissemblables (l'une est une cadre issue de la classe moyenne, l'autre est un cuisinier orphelin venant de la classe ouvrière) mais prédestinées autant à s'aimer - depuis toujours - qu'à éternellement être attirés l'un vers l'autre (ils ont été unis dès la naissance, ils sont nés dans le même hôpital, à une minute d'intervalle).
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| Copyright UFO Distribution |
Une union jamais idéalisée (on est loin des stéréotypes faciles, tant le couple formé par l'optimiste et extraverti Nino et la pragmatique et anxieuse Yasmina, fonctionne autant comme une fusion des contraires qu'une cohabitation cocasse de deux êtres qui s'exaspèrent mutuellement - et s'aiment aussi pour ça) et troublée à l'image d'une nation en proie au chaos (dont les traumatismes - guerres, effondrement économique, instabilité politique - font intimement échos aux passages clés de la vie de ses protagonistes), jonglant entre joie fugace et tristesse insondable, que Aris capture à travers le temps et les âges au coeur d'une narration délicate, toute en ellipses et refusant toute linéarité, qui triture avec ludisme et romantisme la notion de prédestination - pour le meilleur comme pour le pire.
Habile dans sa manière de jongler avec les tons, passant sans aspérités de l'énergie cotonneuse de la comédie romantique (dialogues percutants, montage frénétique) à la gravité nerveuse d'un drame intime et social (une mise en scène plus contemplative, ancrée dans un quotidien pesant), une dualité qui se retrouve d'ailleurs au sein même des croyances opposées de ses deux figures centrales; Un monde fragile et merveilleux, porté par les partitions nuancées d'Hasan Akil et Mounia Akl (à la complicité remarquable), est un beau et rugueux moment de cinéma qui intime son auditoire à, comme elle, continuellement rechercher le bonheur et l'espoir au coeur du désespoir.
La séance immanquable du moment.
Jonathan Chevrier


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