[CRITIQUE] : Les Filles
Réalisatrice : Sumitra Peries
Acteurs : Vasanthi Chaturani, Ajith Jinadasa, Jenita Samaraweera, Joe Abeywickrama,...
Distributeur : Carlotta Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Sri-lankais.
Durée : 1h50min
Synopsis :
Les étoiles ne sont plus. Les planètes ont disparu. Seuls quelques individus subsistent, à bord de stations spatiales ou de vaisseaux errants. Ils ont survéc
On ne le répétera jamais assez, à une époque où la cinéphilie se statue, selon une poignée de spectateurs particulièrement bruyants, selon une liste de films vulgairement établie qu'il faut avoir vu (pas compris, vu, n'en demandez pas trop), il n'y a décemment aucun mal à avouer ne pas connaître un/une cinéaste et sa filmographie et, en ce sens, il n'y a rien de plus grisant que d'arpenter avec curiosité et enthousiasme, des filmographies qui nous sont totalement inconnues.
Notamment à travers les quelques cycles de ressorties que plusieurs petits distributeurs courageux, viennent dégainer chaque mercredi au cœur d'une distribution annuelle de plus imposante et écrasante.
Pour l'auteur de ces mots, le cinéma de la « poétesse du cinéma cinghalais », la cinéaste srilankaise Sumitra Peries, première femme réalisatrice de l'histoire du cinéma srilankais (et mariée au cinéaste le plus prolifique de toute l'industrie, Lester James Peries, instant Wikipedia/anecdotes de TikTokeur pour prier en soirée), est un véritable territoire de toutes les découvertes qui ne demande qu'à être arpenté - si possible - dans une salle obscure.
Hasard du calendrier (où belle capacité à chapeauter des transitions de qualité, c'est selon), Carlotta Films, toujours dans les bons coups, dégaine justement en cette pluvieuse semaine hivernale son premier long-métrage, Les Filles (adaptation du roman éponyme de Karunasena Jayalath, pour lequel elle porte également la casquette de monteuse), magnifique et délicat récit initiatique à hauteur de cœurs et profondément ancré dans la culture locale, dont le minimalisme ne fait qu'en décupler la puissance émotionnelle, vissé qu'il est sur une jeune âme confrontée de plein fouet aux réalités de la condition féminine au coeur d'une société marquée par les traditions, le colonialisme et les (grandes) disparités de classes, multiples vers dans la pomme d'une hiérarchie sociale qui détruit tout - même les ambitions les plus sincères -, et entrave toute émancipation.
Auscultation profonde et sensible de l'adolescence au féminin (ce qui le rapproche, naturellement, des Quatre Filles du Docteur March de Louisa May Alcott), entre premières passions et douloureuses désillusions, où les désirs éphémères se percutent aux obstacles et à l'indifférence d'un système oppressif et inflexible, le film, embaumé dans un noir et blanc cotonneux (que la restauration 4K rend encore plus enivrant) et à la mélancolie aussi tragique que tranquille (mais pas sans un humour joliment subtil), frappe autant par son réalisme poignant (ce qui rompt, en majeure partie, avec les clichés inhérents au genre) que par sa poésie sombre et bouleversante.
Une découverte indispensable.
Jonathan Chevrier

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