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[CRITIQUE] : Le Mystérieux regard du flamant rose


Réalisateur : Diego Cespedes
Avec : Tamara Cortes, Matías Catalán, Paula Dinamarca, Pedro Muñoz,...
Distributeur : Arizona Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Chilien, Allemand, Espagnol, Belge.
Durée : 1h48min.

Synopsis :
Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille flamboyante qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d’une ville minière. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager, une rumeur affirme qu’elle se transmettrait par un simple regard. La communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs. Dans ce western moderne, Lidia défend les siens.





Il y a des films qui envoûtent et intrigue dès le titre et/ou l’affiche. Soit, car ils sont cryptiques, soit par leur beauté. C’est le cas du premier long-métrage de Diego Céspedes, Le Mystérieux regard du flamant rose. L’histoire se déroule dans le désert chilien au début des années 1980. On y suit Lidia, 11 ans, qui a grandi au sein d’une troupe de cabarets composée de femme transgenre. Mais quand une étrange maladie meurtrière se répand, cette communauté est accusée d’en être la cause. Une rumeur affirmant qu’un simple regard permet de la transmettre se répand, mettant en danger ce groupe.

Sans jamais la citer directement, Diego Céspedes traite de l’épidémie de sida qui a sévi dans les années 80. Une période où la maladie était encore inconnue, et où les communautés queer ont été discriminées. Tout au long du film, il va plutôt se référer au vocabulaire de la peste, renforçant les sentiments d’exclusion et de craintes dont étaient victimes les malades. Cependant, ce qui intéresse vraiment le réalisateur chilien n’est pas vraiment cette maladie. Même si elle prend une place importante dans le récit, le sujet qui passionne Céspedes est la famille. Et plus particulièrement celle que l’on choisit.

Copyright Arizona Distribution

C’est dans les moments d’amour familial que le film brille. Le réalisateur arrive à capter ces instants suspendus d’allégresse et de beauté. Il illustre parfaitement ce sentiment que l’on a tout ressenti lorsque l’on est entouré d'amis et que l’on se dit “Ces personnes sont là, autour de moi, car elles l’ont décidé, et non par obligation de sang”. L’utilisation du 4/3 accentue ces instants en encapsulant les personnages. En resserrant dans un petit cadre, Céspedes met en exergue les émotions des protagonistes et permet aux acteur.rice.s de briller. En particulier Tamara Cortés (Lidia), une actrice avec un regard d’une profondeur et d’une intensité rarement vu.

Mais comme dans chaque vie, ces moments ne sont pas éternels, et les tragédies ne sont jamais loin. Là encore, Diego Céspedes déploie ses talents, arrivant à passer de la comédie ou de l'allégresse à l’horreur et la tragédie. De par les thématiques abordées, le film propose des images d’une violence par instant très difficile et qui hante l’esprit. Avec sa caméra, le réalisateur chilien dépeint cette communauté, mais aussi les paysages de son pays avec une certaine beauté, un grand amour et une sincérité touchante. Regarder ces personnages perdus au milieu de ces collines sombres procure des sensations presque hypnotisantes.

Copyright Arizona Distribution

Pour un premier long-métrage, Le Mystérieux regard du flamant rose atteint une certaine virtuosité. Diego Céspedes offre un western par instant onirique, et lorgnant vers le fantastique.
Une œuvre singulière, marquante, et qui mérite amplement son prix Un certain regard reçu à Cannes l’an dernier.


Livio Lonardi