[CRITIQUE] : Coutures
Réalisatrice : Alice Winocour
Acteurs : Angelina Jolie, Louis Garrel, Ella Rumpf, Anyier Anei, Garance Marillier, Aurore Clément, Finnegan Oldfield, Vincent Lindon,…
Distributeur : Pathé
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Américain.
Durée : 1h47min.
Synopsis :
A Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.
Quand bien même il n'est pas toujours pertinent de tirer des parallèles entre les différents efforts d'un où d'une cinéaste, difficile pourtant de ne pas souligner quelques points de concordance évidents entre le troisième long-métrage de la talentueuse Alice Winocour, le magnifique Proxima (sans aucun doute, sa plus belle réalisation à ce jour), et son dernier en date, le tout aussi captivant même si sensiblement inférieur Coutures, tant les deux usent d'une toile de fond fascinante (la quête des étoiles d'un côté, l'univers pimpant et opaque de la mode de l'autre) pour tisser autant les contours méticuleux d'intrigues plus intimes - mais néanmoins fouillées -, que pour donner du corps à des portraits féminins vivants et vibrants, à la profondeur psychologique exacerbée.
Des oeuvres funambules dont la jumeleité se retrouvent enracinée au coeur même des thématiques charnières du cinéma de leur autrice : une mise en lumière de figures toutes aussi résilientes que déchirées entre leur vie professionnelle et leur vie privée, enfermées dans un quotidien opressant et éreintant, et devant constamment prouver leur valeur au sein de mondes furieusement machistes.
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| Copyright Carole Bethuel |
Coutures tisse donc en terres balisées - mais pas moins captivantes -, entre la délicate expérience sensorielle/émotionnelle et le subtil chantre féministe vers l'inconnu, enlassant délicatement la destinée de plusieurs femmes durant la Fashion Week parisienne, en marge des podiums et dont la vulnérabilité comme les angoisses tranchent avec les paillettes et l'hypocrisie d'une industrie policée qui célèbre avant tout et surtout, la créativité masculine.
Maxine tout d'abord, une réalisatrice américaine venue tourner un court-métrage et confrontée à la brutalité d'un diagnostic médical douloureux; Ada, jeune étudiante en pharmacie originaire de Nairobi, qui hésite encore à se lancer dans un milieu du mannequinat qui n'hésite pas à lui cracher au visage sa misogynie comme son racisme - pas toujours subtil -; et enfin Angèle, une maquilleuse ukrainienne qui relate son expérience dans les coulisses de ce milieu (souvent) abusif, dans ce qu'elle espère être un roman bientôt publié...
Trois portraits formant une véritable mosaïque euphorique et contemplative immergée au plus près des sentiments comme des rêves et des souffrances cachées de femmes créatives mais méprisées et objectifiées, qui trouvent un réconfort salutaire les unes auprès des autres, où Winocour oppose la rigueur extrême comme la superficialité de l'industrie de la mode à l'authenticité des corps et des cœurs, épuisés et blessés mais toujours beaux et résilients.
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| Copyright Carole Bethuel |
Mais si sa mise en scène y est d'une justesse implacable (la précision et l'élégance du cadre, sensible et sans artifices putassiers, épousent un travail sonore comme une direction d'actrices toujours aussi exceptionnels, tirant le meilleur d'une Angelina Jolie merveilleusement brute et vulnérable, dont le rôle résonne douloureusement avec son propre vécu), on pourra néanmoins tiquer sur une narration dont les coutures se font moins percutantes, la faute à des intrigues secondaires manquant un brin de profondeur comme de résolution, voire à des inserts oniriques pas toujours maîtrisés.
Pas de quoi totalement perdre le fil pour autant, même si la balade avait tout pour être encore plus belle et enivrante.
Jonathan Chevrier









