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[CRITIQUE] : Pile ou Face


Réalisateurs : Matteo Zoppis et Alessio Rigo de Righi
Acteurs : John C. Reilly, Alessandro Borghi, Nadia Tereszkiewicz, Peter Lanzani,...
Distributeur : Shellac
Budget : -
Genre : Comédie, Western.
Nationalité : Italien, Américain.
Durée : 1h56min.

Synopsis :
À l’aube du XXe siècle, le Wild West Show de Buffalo Bill arrive en Italie pour vanter le mythe de la conquête de l’Ouest. Après un rodéo meurtrier et un baiser volé, Rosa et son cow-boy d’amant, Santino, s’enfuient dans la nature italienne, poursuivis par Buffalo Bill.





La Légende du Roi Crabe, premier long-métrage de fiction du tandem Matteo Zoppis et Alessio Rigo de Righi, avait tout d'un Racconto dei racconti de Giambattista Basile qui aurait été passé à la moulinette des cinémas de Matteo Garrone, d’Ermanno Olmi et de Sergio Leone, tout en incarnant une histoire savoureusement unique, un vrai morceau de cinéma italien contemporain biberoné par un amour sincère à la culture et aux légendes médiévales locales, entre le récit atypique dans une Italie bucolique (le cadre intemporel et somptueux des paysages du Latium et de la Tuscia) et le wanabe western maritime à la lisière du monde et de la conscience.

Copyright RAI Cinema

Une expérience à part et inoubliable, un superbe conte de fées surréaliste, errant et excentrique tissé autour d’une légende ayant traversé les siècles, typiquement le genre de production qui n'avait absolument pas peur de se laisser brûler furieusement par la douce folie que peut convoquer une telle aventure poétique et dépaysante, à la lisière du littéraire.
Autant dire donc que l'on attendait méchamment au tournant le film dit de la confirmation, Pile ou Face, débarqué plus de quatre ans plus tard et porté par beaucoup trop de belles promesses pour que sa pellicule ne croule pas sous leur poids.

Petite (où grosse, c'est selon) déconvenue à l'arrivée malheureusement, car si le duo de cinéastes swingue toujours sur le même groove tonale - avec un penchant nettement plus affirmé pour l'imagerie et les codes du western, certes -, et conserve admirablement les mêmes racines géographiques et anthropologiques, leur exploration des rouages de la mythification des histoires au détour d'un prisme historique transformé à la fois en spectacle (la simplification et la vulgarisation du mythe de l'Ouest, par son visage le plus populaire : Buffalo Bill) et en récit d'émancipation féminine, le tout en usant des multiples codes du genre cher à Sergio Leone, laisse sensiblement plus à désirer.

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S'il trouve pleinement sa singularité - comme une certaine cohérence - à la frontière absurde et grotesque entre le mythe et la réalité, dans l'ironie d'une affirmation dramatique (qui embellie où déforme la réalité, peut importe) qui primerait sur l'exactitude historique, c'est dans l'aspect furieusement alambiqué et involontairement risible de sa représentation féministe artificielle et stéréotypée, que son exploration méta et déglinguée du western s'enfonce dans les méandres poussiéreux d'un conventionnel dont il prétendait pourtant, se démarquer avec panache et extravagance (pas aidé par une partition pas toujours juste de Nadia Tereszkiewicz, qui tranche avec celle absolument géniale de John C. Reilly).

Moins subversif qu'il ne pense l'être ni plus habile dans ses saillies de réalisme magique que pour leur précédent effort, le retour du tandem Zoppis/Rigo de Righi ne se fait pas sans heurts donc, mais n'en reste pas moins une seance rythmée et enthousiasmée à la mise en scène bouillonnante qui certes, aurait mérité une assise narrative moins légère.


Jonathan Chevrier