Breaking News

[CRITIQUE/RESSORTIE] : Disons, un soir à diner


Réalisateur : Giuseppe Patroni Griffi
Avec : Jean-Louis Trintignant, Florinda Bolkan, Lino Capolicchio, Annie Girardot,...
Distributeur : Annie Girardot
Budget : -
Genre : Drame
Nationalité : Italien.
Durée : 2h05min

Date de sortie : 9 juillet 1970
Date de ressortie : 1 juillet 2026

Synopsis :
Michele, un riche dramaturge mondain, soupçonne sa femme Nina d’entretenir une liaison avec Max, son meilleur ami. En réalité, Nina et Max sont amants depuis longtemps, mais Max nourrit lui-même une fascination amoureuse pour Michele. Nina décide de quitter Michele pour suivre Max, mais celui-ci se lasse rapidement. Tandis que les relations sentimentales et sexuelles s’entrecroisent, Michele commence à fréquenter Giovanna, une femme riche et solitaire. Peu à peu, les quatre personnages se retrouvent régulièrement autour de dîners mondains où les conversations deviennent des jeux de manipulation, de désir et de cruauté émotionnelle.




D'une pièce de théâtre au cinéma, du festival de Cannes à un réel succès populaire de l'autre côté des Alpes, Disons, un soir à dîner, considéré comme le plus grand film de son discret auteur, Giuseppe Patroni Griffi (avec également Dario Argento comme co-scénariste et Ennio Morricone à la B.O, c'est franchement pas dégueulasse sur le CV), incarne pleinement tout autant l'archétype du film auteur qui peut irriter - volontairement - plus d'un spectateur, que tout un pan d'un cinéma italien pas encore entré dans sa lente phase d'agonie, prompt à s'aventurer sur des terrains sinueux tout en laissant s'exprimer un faste qui lui permettait d'aller draguer des figures internationales.

Oeuvre hybride, qui s'échine tout autant à vouloir critiquer/théoriser sur les désirs comme les instincts primaires d'une bourgeoisie déconnectée et bouffée par son oisiveté, comme de les rendre vivante - et provocante - à travers une mise en scène des plus élégantes ou la recherche formelle épouse, se confond dans les échanges, dans l'enchevêtrement physique et existentiel de ses personnages (même s'il a, justement, beaucoup trop été réduit à son érotisme), le film péche néanmoins tout du long à élever ses réflexions au-delà de celles prétendument profondes des riches infidèles qui les déclament, qui apparaissent tous moins cyniques et amoraux que profondément égoïstes et antipathiques, chez qui les sentiments amoureux ne sont qu'une illusion éphémère incapable de masquer leur profond mal-être.

Mais, paradoxalement, c'est pleinement dans son refus de linéarité qu'il trouve toute sa fraîcheur, par la puissance de son montage, plus captivant encore que le bal des cuisses fragiles de ses personnages, dont la non-linéarité se fait un véritable acte de foi cinématographique, le monteur Franco Arcalli imposant un caractère plus ludique et sensorielle aux images, trompe l'idée d'une continuité spatio-temporelle familière pour voguer vers une forme d'association baroque, de transitions vissées moins sur l'histoire que sur des éléments supposément accessoires, des points de connexions à travers des objets, des mouvements (de caméra comme des personnages).

Une fragmentation du temps qui rehausse grandement l'intérêt de cet itinéraire pervers - et souvent absurde - de personnalités bourgeoises renfermées sur elles-mêmes et leurs obsessions désespérées et malades, comme la prestation d'une distribution dominée de la tête et des épaules par ses deux figures féminines, que ce soit la resplendissante Florinda Bolkan, dont la froideur émotionnelle tranche avec la douceur d'une Annie Girardot à l'authenticité bouleversante en actrice qui sert de maîtresse par ennui, pour l'homme qu'elle aime secrètement.


Jonathan Chevrier