Jonathan

[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #112. Tron

© 1982 - Walt Disney Studios. All rights reserved

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 !






#112. Tron de Steven Lisberger (1982)

Au même titre que les chef-d'oeuvres de Stanley Kubrick et Ridley Scott 2001, l'Odyssée de l'Espace, Alien, le Huitième Passager et Blade Runner, Tron est sans l'ombre d'un doute, l'un des films fondateurs de la science-fiction sur grand écran, une expérience de cinéma unique qui révolutionna considérablement son époque (même avec un accueil mitigé en salles... comme le bijou futuriste de Ridley Scott avec Harrison Ford), avant d'incarner un parangon imposant de la culture geek à travers les décennies.
Gageons même que, sans la mise en production de cette bande SF majeure - mais célébrée sur le tard -, des références majeures telles que Terminator ou même Matrix, n'auraient sans doute jamais vu le jour par la suite, c'est dire son importance... même si certains pourraient étonnement, la remettre en cause.
Objet cinéphilique aussi fou et ambitieux qu'il était véritablement en avance sur son temps, le métrage doit son existence au génie indéniable du cerveau de Steven Lisberger, lascar féru d'informatique qui n'avait pas forcément attiré l'attention des cinéphiles et encore moins de l'industrie, sur ses projets précédents.

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Après une expérience douloureuse sur le projet Animalympics, téléfilm animé sur le thème des jeux olympiques de 1980 commandé par NBC qui terminera finalement aux oubliettes (l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS poussa le président américain Jimmy Carter à boycotter les J.O. de Moscou, obligeant ainsi NBC à annuler sa couverture médiatique), Lisberger se lancera corps et âme sur Tron - abréviation du mot « elecTRONic » -, qu'il veut comme un habile mélange entre une animation retro-éclairée et assistée par ordinateur, et des prises de vues en live.
Conscient du potentiel énorme que peut avoir son projet tout autant que son éventuel coût élevé, le bonhomme, un temps séduit par l'idée d'un financement indépendant (il se fera vite éconduire par une pluie d'entreprises informatiques), devra pourtant vite se faire une raison et se tourner vers les grosses majors Hollywoodiennes, pour mener à bien son fantasme sur pellicule.
Passé un court extrait commandé pour tester sa faisabilité (et légitimé son budget énorme pour l'époque, de 17 millions de $), c'est la firme aux grandes oreilles Disney, qui empochera la mise, un vrai hold-up pour l'époque, tant elle n'avait pas encore atteint son statut de mogule surpuissant qui est le sien aujourd'hui.
Malmené par les fours successifs de productions trop enfantines pour pleinement convaincre les spectateurs bien plus tournés vers les canons de l'époque - et premiers blockbusters - tels que les franchises Superman, La Guerre des Étoiles ou encore Rocky; le studio, considéré comme has-been par l'industrie et même le public, n'aura pourtant eu de cesse de tenter de fidéliser un public plus adulte, qui le repoussait continuellement, un comble quand on sait qu'il le laisse volontairement sur le carreau (ah, les 80's...).
Clairement en manque d'inspiration, Tron pouvait non seulement être le projet qui lui permettrait d'enrayer sa longue spirale infernale, mais également incarner le cheval de Troie tant espéré qui la réconcilierait avec le public, et lui ferait péter les coutures du box-office.

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La péloche quant à elle, suit donc l'histoire du charismatique et talentueux Flynn, un concepteur de jeux vidéo qui s’est vu voler ses jeux vidéo par son ex-employeur, et qui veut à tout prix récupérer une preuve qui lui ferait valoir ses droits.
Avec l’aide d’Alan et de Lora, deux de ses anciens collègues, il infiltre le MCP (Maître Contrôleur Principal), un ordinateur avide de pouvoir à l’intelligence artificielle surdéveloppée.
Quand ce dernier découvre que Flynn veut s’infiltrer dans ses circuits, il le téléporte dans un jeu vidéo.
Pour s’en évader, Flynn devra compter sur l’aide de Tron, un programme indépendant inventé par Alan…
Véritable prouesse sur pellicule (pionnier en son genre, il est premier film à utiliser des séquences retravaillées ou conçues par ordinateur, en majeure partie pour concevoir le monde virtuel du jeu), le long-métrage de Lisberg n'en fut pas moins un put*** de calvaire pour son équipe technique, qui a dû abattre un travail de titans pour mener à un bien le projet (la souris n'existant pas encore, ils ont travaillé de longues heures uniquement avec... le clavier), faisant appel à pas moins de quatre entreprises d'informatiques différentes pour mettre en images son design exceptionnel : Digital Effects Incorporated (prenant en charge le personnage de Bit), Robert Abel & Associates (prenant en charge le monde électronique, notamment les transitions entre le monde virtuel et le monde réel), Mathematical Applications Group Incorporated (pour les animations de la première partie de métrage) ainsi que Information International Incorporated (qui elle s'occupe de celles de la seconde partie du film); toutes respectant le merveilleux travail au niveau du design réalisé par Syd Mead, et des costumes signés par le français Jean " Moebius " Giraud.
Porté par un casting impliqué dominé par le génial Jeff Bridges (pas encore le monstre sacré que l'on connaît... mais pas loin), le film débarquait dans les salles obscures US en juillet 1982, soit pile au moment ou le sublime E.T. l'Extraterrestre n'en finissait plus de récolter les billets verts, et truster la première place du box-office. 

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Sans forcément casser la baraque, Tron s'avèrera tout de même une affaire rentable pour Disney (qui espérait réellement en faire LE blockbuster de la saison estivale), incarnant aussi bien un succès d'estime qu'un joli succès critique, les journalistes louant le retour de la firme vers un cinéma plus ambitieux et en phase avec son époque.
Reste que l'industrie tout autant que le grand public, semblait instinctivement être passé à côté du potentiel énorme du métrage, et de son immense valeur au sein d'un septième art qui ne sera plus jamais vraiment le même, puisqu'il aura fallu plus de deux décennies pour que l'on se penche à nouveau sur sa personne, avec l'idée d'en produire une suite.
Ridiculeusement représenté aux Oscars l'année suivante (deux nominations aux Oscars des Meilleurs Costumes et du Meilleur Son, là ou il est totalement snobé pour celui des Meilleurs Effets Spéciaux), le film de Steven Lisberger, qui ne connaîtra pas une carrière flamboyante par la suite lui non plus (on le retrouvera derrière la série B Hot Poursuit et le thriller SF Slipstream...), trouvera finalement son salut au fil des ans, notamment auprès du public adolescent qui le considérera à sa juste valeur, comme une vraie oeuvre bluffante et avant-gardiste - avec son habile usage de la 3D -, notamment grâce à la montée en puissance aussi bien de l'informatique que du jeu vidéo dans la culture populaire, avec le succès des bornes d'arcade et de titres comme Pacman.
Le progrès était en marche sur grand écran, et Tron y est sensiblement pour beaucoup, comme le prouve la pléthore d'hommage qui lui est rendu depuis (de South Park aux Simpson en passant la série Chuck ou encore le film I, Robot). 
Après avoir inspiré une pléthore de cinéastes en herbes au fil des décennies bien que celui-ci résiste, justement, très mal au temps qui passe (genre vraiment et ce, malgré les remasterisations répétées), Disney, conscient là encore du potentiel commercial du titre, produira finalement en 2011, soit vingt-neuf ans après la sortie du film original, une suite improbable intitulée Tron : L'Héritage; second opus transcendant l'esprit même du jeu vidéo pour en faire une expérience de cinéma à part, certes bancal scénaristiquement, mais follement jouissive et fascinante sensoriellement.

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Suite direct, le film contait vingt-ans après la disparition de Flynn, la quête de son fils Sam pour le retrouver, après que celui-ci lui est envoyé un message via un vieil ordinateur secret.
Tout comme son géniteur, il se retrouve alors happé dans un monde virtuel - celui de Tron -, un royaume high tech aussi froid qu'obscur et hostile, dénué de toute émotion.
Véritable immersion au sein du jeu vidéo (plus encore que l'original, malgré un manque de rythme conséquent et un script avec plus de trou qu'un morceau d'emmental)-, le film est d'une audace visuelle constante à la fluidité et à la cohérence remarquable, transfiguré par une bande originale excitante signé Daft Punk, et une mise en scène enlevé de Joseph Kosinski.
Un pur OFNI comme Tron premier du nom, dynamique et enrichissant, qui ne fait que renforcer l'aura culte d'un modèle définitivement à part et incroyablement génial, qui pourrait bien renaître de ses cendres avec un troisième film toujours teasé depuis neuf ans, mais jamais réellement concrétisé...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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