Critiques

[CRITIQUE] : Radioactive


Réalisatrice : Marjane Satrapi
Acteurs : Rosamund Pike, Sam Riley, Aneurin Barnard, Anya Taylor-Joy,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : -
Genre : Drame, Romance, Biopic
Nationalité : Britannique
Durée : 1h50min.

Synopsis :
Paris, fin du 19ème siècle. Marie est une scientifique passionnée, qui a du mal à imposer ses idées et découvertes au sein d’une société dominée par les hommes. Avec Pierre Curie, un scientifique tout aussi chevronné, qui deviendra son époux, ils mènent leurs recherches sur la radioactivité et finissent par découvrir deux nouveaux éléments : le radium et le polonium. Cette découverte majeure leur vaut le prix Nobel et une renommée internationale. Mais après un tragique accident, Marie doit continuer ses recherches seule et faire face aux conséquences de ses découvertes sur le monde moderne…



Critique :


L’année 2019 nous a apporté une profusion de biopics sur les femmes qui ont compté dans notre Histoire. Que ce soit dans la justice américaine (Une femme d’exception), dans la royauté anglaise (Mary Stuart, reine d’Ecosse), des autrices (Vita & Virginia, Astrid). Femmes de toutes nationalités, donnant parfois des films en langue anglaise, sur des héroïnes françaises, comme Colette l’année dernière, réalisé par Wash Westmoreland, sur l’autrice célèbre française Gabrielle Sidonie Colette, interprétée par Keira Knightley. Sur nos écrans le 11 mars prochain, Radioactive de Marjane Satrapi, revient sur la vie de Marie Curie (et de son mari, Pierre), incarnée par Rosamund Pike. Le film est basé sur le roman graphique crée par Lauren Redniss Radioactive : a tale of love and fallout, qui dans un style très poétique raconte l’histoire d’amour qu’a entretenu Marie Curie avec son mari, mais surtout avec la science, et l’impact de ses travaux sur nos vies. Le scénariste Jack Thorne a eu la lourde tâche d’adapter ce livre très original pour en faire un film qui se veut tout aussi original, et qui veut surtout rendre hommage à une autre femme d’exception.



Et c’est vrai que les premières images nous laissaient rêveurs. Cette lumière fantomatique, ce vert étrange donnait un effet irréel, tout en prenant le risque d’avoir un scénario de biopic tout ce qui a de plus conventionnel. Un mélange de genre alléchant. Surtout que le film a été donné à Marjane Satrapi, qui nous avait montré son talent pour réaliser des films live avec The Voices en 2015. La cinéaste prend le parti pris du film flash-back, c’est-à-dire de commencer avec une Marie Curie sur le point de mourir et qui se remémore sa vie. Comment la jeune Maria Skłodowska rencontre un Pierre Curie, leur histoire d’amour, leur travaux, mais également l’impact aussi bien positif que négatif sur le futur, notre époque, grâce à des flash-forward. Le film essaye de ne pas caractériser Marie Curie uniquement comme la femme de Pierre, c’est pourquoi il met le doigt sur la difficulté d’être une femme dans le monde de la science. Elle prend beaucoup de place, n’hésite pas à dire ce qu’elle pense, et détient une confiance, en elle autant qu’en son intelligence et l’importance de son travail, qui bien sûr gêne ceux qui détiennent ses fonds universitaire. “Je ne serai pas ta maîtresse” dit-elle à Pierre, quand elle accepte la place qui lui propose dans son laboratoire. Elle deviendra sa femme et la cinéaste met un point d’honneur à les voir travailler ensemble. C’est ce qui manque souvent aux biopics, qui ont souvent tendance à ne s’intéresser aux histoires d’amour et/ou ménagers des femmes qu’ils veulent mettre en avant au lieu de leurs travaux. Radioactive filme Marie Curie en train de découvrir le radium et le polonium, avec son mari. Il n’invisibilise pas son oeuvre, tout en prenant en compte que la découverte est possible uniquement parce qu’il y a eu une rencontre de deux l’intelligences, entre Marie et Pierre Curie, qui entretiennent une relation très fusionnelle. Il était important de le souligner, quand on sait que son premier prix Nobel, celui de physique qu’elle partage avec Pierre lui a été attribué seulement parce qu’il s’est battu pour qu’elle soit inscrite à ses côtés. Elle devient la première femme à recevoir ce prestigieux prix et la seule tout court à en avoir deux, avec celui de chimie, qu’elle obtient seule cette fois en 1911.



Malheureusement, après la mort de Pierre Curie, le film bascule vers le genre dramatique, où il ne sera question uniquement des aventures que Marie entretient avec un collègue, marié, de son deuil et de son rôle de mère. Ce qui n’est en soi pas un défaut, mais il le devient quand tout son travail au laboratoire est mis de côté. Radioactive pousse les marqueurs de la dramatisation au maximum, quitte à pencher vers le sensationnalisme. Le scénario qui balaye son deuxième prix Nobel comme une chose banale en est la cause, ainsi qu’un montage très maladroit, qui met en parallèle la vie de notre héroïne et les conséquences de ses découvertes. La volonté était surement de montrer l’impact considérable du radium et du polonium, que nous utilisons encore aujourd’hui, mais cette manière de faire, sans la distance qu’il requiert, tant à rendre coupable Marie Curie de tous les maux de notre Histoire, sans la nuance de Lauren Redness dans son roman graphique.
En l’absence d’un regard prononcé et nuancé sur la figure de Marie Curie, Radioactive de Marjane Satrapi rate le coche. S’il voulait être un film hommage à une génie du monde de la science, il n’est qu’un film veule.


Laura Enjolvy





Alors que la société contemporaine serait indéniablement plus agréable et considérablement améliorée par la parité des sexes dans tous les lieux de travail, Radioactive semblait arriver à point nommé pour asséner un message aussi virulent qu'important, articulé autour de l'une des personnalités scientifiques les plus importantes de l'histoire : Marie Curie, deux prix Nobel dans la besace et des découvertes importantes qui ont bousculées l'humanité.
Pas de bol, le film de la brillante Marjane Satrapi loupe sensiblement le coche sur plusieurs points et semble savamment viser à côté à chaque fois qu'il en a l'occasion.
La péloche s'ouvre sur une Marie Curie âgée dans le Paris de 1934, au crépuscule de sa vie alors qu'elle est amenée à l'hôpital après s'être effondrée dans son laboratoire; sa vie défile devant ses yeux et, de facto, également devant les nôtres, sorte de big bang narratif suivant consciencieusement la vie de la grande scientifique, la passion et la complexité en moins.


Mué par une volonté louable de faire de son héroïne un exemple et un modèle de comportement, Satrapi coche savamment toutes les cases des moments clés de sa vie (sa rencontre d'avec son mari et partenaire de recherche Pierre, sa découverte des éléments polonium et radium, la naissance de ses deux enfants en deux, trois montage, la réception de ses deux prix Nobel expédié à la va-vite, la perte tragique de son conjoint ou encore sa liaison scandaleuse avec son autre collègue Paul Langevin), mais elle souligne tellement les points importants de son message à coups de dialogues maladroits (ressemblant à poignée de slogans inspirants plus qu'un vrai discours puissant), qu'il en devient presque vain; comme si la cinéaste défendait explicitement la vertu de l'intelligence et de l'héritage imposant qu'à laissé Curie, tout en supputant que le spectateur n'était pas suffisament capable de le réaliser par lui-même (cf les flashs inutiles à Tchernobyl, Nagasaki et les tests de bombe atomique au Nevada).
Un mal qui se ressent surtout dans sa seconde moitié (la première est plus que prenante, notamment grâce à l'alchimie fantastique et innoncente unissant Rosamund Pike et Sam Riley), ou l'admiration que porte Satrapi et son scénariste Jack Thorne revient à se contredire elle-même en laissant exploser l'aspect charnel de sa relation avec son amant Langevin, alors que toute l'oeuvre pointait avec force le fait que Curie a toujours eu le désir souvent déclaré, d'être apprécié pour son intellect plus que par sa beauté (ou à ne jamais courir après l'amour non plus).
Et c'est dommage, car le film arrive pourtant joliment à retranscrire l'esprit férocement indépendant de Curie, profondément consciente de l'inconstance des hommes, et de leur besoin de contrôler les femmes en tant qu'objets sexuels - mais purement contextuels -, mais il souffre d'un rythme beaucoup trop langoureux et terne pour captiver, pas aidé non plus par un score synthétique du plus mauvais effet.


Totalement dépendant de la performance de Rosamund Pike, parfaite dans le costume de Curie (une femme protégeant sa propriété intellectuelle avec une honnêteté brutale, dans un Paris profondément xénophobe et sexiste) et qui atteint souvent un sommet émotionnel cathartique, tout autant qu'il est tributaire d'une narration maladroite (ou les liens narratifs tendus du biopic conventionnel se dissolvent dans une série d'événements charnières totalement déconnectés), Radioactive déçoit autant qu'il séduit, rend hommage au mythe Curie autant qu'il passe sensiblement à côté de son sujet, soit une étude de caractère fine et juste, allant strictement à l'essentiel et ne s'embarassant pas de quelques excentricités narratives futiles.
Une belle occasion manquée.


Jonathan Chevrier



Laura Enjolvy

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