Critiques

[CRITIQUE] : Un Divan à Tunis


Réalisatrice : Manele Labidi
Acteurs : Golshifteh Farahani, Majd Mastoura, Hichem Yacoubi,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Tunisien, Français.
Durée : 1h38min.

Synopsis :
Selma Derwish, 35 ans qui, après avoir exercé en France, ouvre son cabinet de psychanalyse dans une banlieue populaire de Tunis. Les débuts sont épiques, entre ceux qui prennent Freud et sa barbe pour un frère musulman et ceux qui confondent séance tarifée avec "prestations tarifées". Mais au lendemain de la Révolution, la demande s'avère importante dans ce pays schizophrène. Alors que Selma commence à trouver ses marques, elle découvre qu'il lui manque une autorisation de pratique indispensable pour continuer d'exercer…




Critique :


Étoile lumineuse d'un septième art hexagonal et même international, qui n'auraient sans doute jamais été pareil sans elle (on exagère juste qu'un peu), la merveilleuse comédienne iranienne Golshifteh Farahani alterne depuis une bonne quinzaine d'années fresques politiques, bijoux d'auteurs ou même superproductions made in Hollywood, avec une justesse et une liberté étonnante.
Passé un catastrophique Les Filles du Soleil d'Eva Husson fin 2018, et un bien plus défendable L'Angle Mort de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic il y a une poignée de mois, la voilà de retour dans nos salles obscures en ces premières heures de 2019, avec une pépite de chronique sociale douce-amère : Un Divan à Tunis de Manele Labidi, dont c'est le premier passage derrière la caméra.




Véritable fenêtre cinématographique sur un pays - la Tunisie - en plein chamboulement culturel, économique et social, une nation engoncée dans une sorte d'incertitude constante, un chaos propice à la dépression et à l'anxiété, la péloche suit ce qui peut se voir comme un esprit " sauveur ", Selma, une psychothérapeute parisienne intimement " moderne ", une vraie femme de son époque qui fait son comeback dans un pays dont la culture n'est justement, pas encore aligné à la même allure.
Si elle a pu goûté à une forme de liberté pendant ses études de psychothérapie en France (elle a vécue une vie jugé par les siens comme anti-conventionnel, tant elle n'a pas été forcée de se marier ni à se sentir coupable de ne pas avoir eu d'enfants), lorsqu'elle revient à Tunis pour ouvrir un cabinet sur le toit de l'immeuble de sa famille élargie et dysfonctionnelle, elle reçoit l'accueil d'une immigrée, faisant littéralement une étrangère dans sa propre maison.
C'est ce retour aux sources compliqué mais nécessaire (éclairée par un sentiment crédible d'isolement existentiel) couplé à une quête constante pour faire ses preuves et prouver sa valeur (intimement et professionnellement), qui est le coeur d'Un Divan à Tunis, comédie mordante qui appuie son humour entre les interactions entre la psychothérapeute et ses patients, dans une clinique peu à peu prospère ou tous les maux sont abordés, même les plus improbables et cocasses; symptômes d'un examen rafraîchissant et joliment sur deux cultures en conflit (un esprit libre et très européen, face à des individus conditionnés à embouteiller ses problèmes plutôt qu'à y faire face, qui passera pourtant du scepticisme à l'acceptation au gré du temps et des efforts).



Drôle mais trouvant un équilibre adéquat entre l'humour et une certaine gravité pour mettre en évidence avec suffisamment de pertinence, des problèmes communs et importants à aborder, le film ne serait sans doute rien sans la partition habitée de Golshifteh Farahani, dont la sincérité et le charme désinvolte font constamment mouche.
Elle campe avec énergie la lumineuse Selma, une héroïne singulièrement attachante et magnifiquement croquée, qui aime sa solitude (sans jamais s'en excuser) et retranscrit avec finesse les affrontements culturels complexes qui bouillonnent autour d'elle et en elle.
N'allant pas toujours où on le pense (même dans un léger virage romcom bien négocié), Un Divan à Tunis est un petit bout de cinéma un brin foutraque mais rafraîchissant, qui incarne sans aucun doute l'une des premières belles surprises de ce début d'année ciné 2020.


Jonathan Chevrier 




John Chevrier

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