Anaïs

[CRITIQUE] : La vie invisible d’Euridice Gusmão


Réalisateur : Karim Aïnouz
Acteurs : Carol Duarte, Julia Stockler, Gregório Duvivier,...
Distributeur : ARP Selection
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Brésilien, Allemand.
Durée : 2h20min.

Synopsis :
Rio de Janeiro, 1950. Euridice, 18 ans, et Guida, 20 ans, sont deux soeurs inséparables. Elles vivent chez leurs parents et rêvent, l’une d’une carrière de pianiste, l’autre du grand amour. A cause de leur père, les deux soeurs vont devoir construire leurs vies l’une sans l’autre. Séparées, elles prendront en main leur destin, sans jamais renoncer à se retrouver.




Critique :



«– Alors, c'est quoi ? »
Une femme vient d'accoucher ; surgit la question du sexe. 

– Un garçon. 
– Tant mieux pour lui. »

La force des mots, d'un dialogue. Ça tient parfois à peu de choses. 10 mots très précisément ici et dans lesquels Karim Aïnouz ne laisse aucun doute sur ce que sera son huitième long-métrage : une ode à toutes les « invisibles » et une critique virulente de la domination masculine au Brésil.




Adapté d’un roman éponyme de Martha Batalha, La vie invisible d'Euridice Gusmão s'étend brillamment sur plusieurs décennies : à l'instar de So Long, My Son, mélodrame de Wang Xiaoshuai sorti plus tôt cette année et que je vous recommande chaudement, Aïnouz manie l'ellipse et avec elle le vieillissement de ses personnages avec une grande finesse, gardant l'émotion intacte tout au long des 2h20 que dure le film et qui - fait rare -passent crème. Si la structure et les ressorts s'avèrent plutôt classiques - une asymétrie de destins entre Guida l'aventureuse qui refuse de se conformer aux attentes conservatrices de son père et Euridice jeune fille bien rangée qui se mariera au détriment de ses aspirations artistiques -, La vie invisible d'Euridice Gusmão emporte toutefois par son souffle romanesque et la fraîcheur de ses angles (la nuit de noces et l'accouchement par exemple).




La dualité entre l'éloignement physique des deux héroïnes et leur néanmoins indéfectible proximité affective est également particulièrement bien rendue à l'écran : tantôt coupé en deux pour les laisser faussement cohabiter - et mieux torturer le spectateur -, tantôt habité par l'une puis l'autre, les superposant voire les confondant, à l'image de leur destin. Si Guida semble toujours regarder vers la droite et ce qu'on pourrait croire son futur, elle est paradoxalement empêtrée dans ses souvenirs ; quant à Euridice, elle regarde constamment vers la gauche mais se tourne progressivement vers son avenir et celui, fantasmé, de sa sœur – il semblerait qu'Aïnouz ait révisé les classiques de la mythologie grecque. Ce dispositif trouve son apogée dans une scène au restaurant, magistrale par sa tension inouïe et son découpage machiavélique. A ce titre, il faut également mentionner le travail impeccable d'Hélène Louvart sur la photographie. La vie invisible d'Euridice Gusmão tire en effet une grande part de sa personnalité et de sa sensualité de son regard affûté. Rio transparaît comme Sao Paulo dans Les Bonnes Manières : avec tous les sens en éveil, jusqu'à prendre vie - presque. Enfin impossible de conclure sur cette œuvre très justement couronnée du prix Un certain regard à Cannes sans évoquer l'interprétation remarquable de ces deux actrices principales Carol Duarte et Julia Stockler. Conforté par leur talent et charisme, Aïnouz livre une œuvre habitée et engagée. Le mélodrame à voir en cette fin d'année.


Anaïs




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