Critiques

[CRITIQUE] : Pour Sama


Réalisateur : Waad El-Kateab et Edward Watts
Acteurs : -
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Britannique, Américain.
Durée : 1h35min

Synopsis :
Waad al-Kateab est une jeune femme syrienne qui vit à Alep lorsque la guerre éclate en 2011. Sous les bombardements, la vie continue. Elle filme au quotidien les pertes, les espoirs et la solidarité du peuple d’Alep. Waad et son mari médecin sont déchirés entre partir et protéger leur fille Sama ou résister pour la liberté de leur pays.



Critique :


Alors que la cuvée ciné 2019 entame ambitieusement son ultime virage, il est important de rester aux aguets pour ne pas manquer la moindre péloche susceptible de s'intercaler aussi bien entre les grosses sorties du moment, que potentiellement au milieu des meilleurs films que vous ayez pu voir jusqu'à maintenant cette année.
Et elles sont parfois timides, ses claques sans nom, la faute à une campagne promotionnelle douloureusement écrasée par des films au buzz plus imposant, qui vampirise l'attention... un peu comme le brillant - qui mérite tous ses louanges - Joker de Todd Phillips, qui préoccupe tellement l'attention qu'on en oublierait presque que deux des plus beaux films de ce dernier trimestre débarque dans sa foulée : Papicha de Mounia Meddour mais surtout le documentaire Pour Sama de Wada al-Kateab.
Documentaire vérité prenant les atours fascinants de l'autofiction témoin au coeur de l'horreur, le film est de ces moments de cinéma important dont on ressort aussi déboussolé que profondément ému.
Articulé sur plusieurs années et souvent difficile à regarder, le film suit l'histoire d'une âme profondément courageuse, Waad al-Kateab, dont on suit le quotidien désespéré et macabre à Alep, sous les bombardements incessants d'une guerre civile qui bat - et c'est toujours le cas - son plein.



Sorte de condensé finement choisi au coeur de l'horreur, d'une centaine d'heures d'images qui sont des bouts de vie criant de vérité, entre la terreur d'un conflit meurtrier à la violence aveugle, la nécessité d'aider son prochain et les siens ou le courage de rester - pour se battre pour une liberté qui perd chaque jour de son sens - dans une cité où la mort rôde à tous les coins de rues (et même sous son propre toit), Waad al-Kateab nous offre un véritable journal intime, celui d'une femme de médecin, de mère aimante dont l'entreprise est totalement vouée à sa fille, unique lueur d'espoir d'un monde qui ne leur en permet aucun autre.
Un témoignage d'une puissance rare, fait aussi bien pour que son enfant sache d'où elle vient, pour qu'elle n'oublie pas l'horreur dans lequel baignait son enfance ni même l'amour que ses parents ont pour elle, que pour que son auditoire, au sens large, est lui aussi pleinement conscience de ce qui se passe à quelques milliers de kilomètres de lui, sans que rien ni personne n'agisse depuis que les troupes de Bachar Al-Assad ont assiégés la capitale syrienne et décidés de réprimer par la force - et la mort - toute opposition à son régime.
Plaidoyer intime et humain sur des victimes dont le sang et les larmes ne cessent de couler, où surgissent quelques moments de beauté absolue tels des arc-en-ciel de vie transpercant les bombes et les immeubles qui s'écroulent (un mariage, une naissance, le sourire lumineux d'une enfant,...), Pour Sama montre la monstruosité d'un conflit violent de l'intérieur, et prouve que malgré tout, la vie continue même dans l'horreur la plus implacable et effrayante dans son acharnement inhumain constant.
Un film terrassant, déchirant et surtout incroyablement important.


Jonathan Chevrier



John Chevrier

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