Anthony Russo

[CRITIQUE] : Avengers : Endgame


Réalisateurs : Anthony et Joe Russo
Acteurs : Josh Brolin, Chris Evans, Robert Downey Jr, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Brie Larson, Karen Gillan, Danai Gurira, Tessa Thompson,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Budget : -
Genre : Action, Aventure, Science-Fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 3h01min.

Synopsis :
Thanos ayant anéanti la moitié de l’univers, les Avengers restants resserrent les rangs dans ce vingt-deuxième film des Studios Marvel, grande conclusion d’un des chapitres de l’Univers Cinématographique Marvel.



Critique :


Dix ans d'une mécanique implacable devenue référence par la force de la montagne de billets verts qu'elle a su glaner sans trop trembler finalement, face à une concurrence bien trop timide quand elle ne louche pas justement, sur sa méthode fructueuse à défaut d'être fondamentalement originale.
Trois phases composées de vingt-deux films à la qualité diverse, alternant entre de vrais instants de bravoure et des moments volontairement mainstream - jusque dans un humour parfois (souvent) irritable -, sous couvert d'un moule jamais réellement changé ni même brisé sous le coup de la répétition forcée...
Et voilà que cela se termine, ou presque - Spider-Man : Far From Home est officiellement le dernier opus de la Phase 3 -, le premier pan de l'entreprise ronronnante du MCU avec Avengers : Endgame, opus de conclusion/destruction massive majeur, visant à mettre un terme au cruel règne de Thanos sur l'univers, autant que d'apporter une réponse satisfaisante au cliffhanger douloureux mais putassier d'Infinity War, visant à faussement nous faire croire que la majorité de nos héros sont morts mais pas vraiment, puisqu'ils sont déjà tous ou presque annoncés dans des suites multiples par un studio s'en foutant royalement de se moquer de la crédulité de son auditoire.
Trois heures d'apologie du kaboom d'une générosité sans bornes, incarnant autant les qualités que les défauts du film Marvel 2.0 dans une sorte de bande de conclusion incarnant aussi bien une suite appliquée et sensiblement différente d'Infinity War, qu'un vrai long-métrage n'ayant pas forcément besoin d'une pluie de coups de rétroviseurs vers l'arrière pour tenir debout et être légitime... même s'il le fait, bien plus que de raison.



Plus cérébral et centré sur son histoire comparé au film Avengers précédent qui misait volontairement sur la surenchère jouissive et les moments de bravoure à la pelle (certains faisant partis des plus réussis de la saga), Endgame, segmenté en trois actes bien distincts, en déroutera sûrement plus d'un de prime abord, tant il prend gentiment son temps pour installer sa riposte et ses enjeux, et narrer un univers nouveau totalement remis en cause par un simple claquement de doigt apocalyptique.
Franchement focalisé sur son équipe originale, auquel les frangins Russo offrent un baroud d'honneur teinté d'une noirceur et d'un pessimisme rares dans la saga - la mort est un spectre qui plane sur tout le premier tiers du film, plus que l'espoir -, Endgame démarre en trombe avant de méchamment rentrer dans le rang dans sa seconde moitié, pourtant fascinante, une fois le deuil digéré et l'humour à nouveau au beau fixe, histoire de mieux brosser dans le sens du poil un auditoire qu'il ne faut pas trop brusquer avant l'avalanche d'action finale.
À la différence de DC dans ses grandes heures, qui n'a jamais eu peur de pousser le curseur de la singularité et de l'opacité narrative/thématique à son paroxysme, quitte à se mettre une (grosse) majorité de son auditoire à dos - cf le merveilleux Batman v Superman -, Marvel Studios a toujours eu la faiblesse de désamorcer ses ambitions avec un ton résolument enfantin, et cette péloche de conclusion ne déroge absolument pas à la règle là ou elle se permet pourtant le plus de risques d'un point de vue intrigue.



Jamais jusqu'alors, même pendant l'ère Whedon, un film Marvel n'avait su allier avec autant de culot, une histoire aussi riche émotionnellement et narrativement, élucidant avec malice la question complexe des multiples temporalités et du voyage dans le temps (sans être exempt d'incohérences pour autant) tout en étoffant la psychologie de ses personnages majeurs en les acculant dans les cordes à différents niveaux (avec des retours puissants dans le passé, autant pour eux que pour la nostalgie des spectateurs).
Ce qui rend de facto infiniment frustrant de voir les Russo sacrifier à nouveau leurs efforts sur l'autel du spectacle populaire et du fan-service régressif, où même à ne les voir nullement retenir les erreurs de leurs précédents films chorales en laissant, par exemple, sévèrement sur le carreau quelques persos quand ils ne sont pas rajouté avec une maladresse difficilement défendable (ce qui est le cas, et c'était prévisible, de Captain Marvel), alors que le (bon) ton du métrage est de justement faire une place imposante à l'humanité, même si tout le monde n'est pas logé à la même enseigne.
Idem pour ce qui est de l'écriture - on ne s'attardera pas sur la mise en scène, fonctionnelle comme d'habitude -, volontairement et totalement centrée sur la team originelle (Captain America en sort grandit, plus noble et boulversant que jamais), quitte à totalement renier le beau travail de l'opus précédent, qui faisait de Thanos un antagoniste crédible et fascinant dans toute son ambivalence, dont les motivations sont ici réduites au minimum (la guerre, la guerre, la guerre).



Donnant aux fans ce qu'ils veulent, des clins d'oeil en pagaille à des apparitions surprises en passant par une scène finale maousse costaud - reléguant la bataille du Wakanda à un sparring partner de luxe -, malgré un méchant ventre mou en milieu de parcours (le défaut de vouloir offrir un maxi best of Big Mac ultime en s'alourdissant avec trop de regards vers le passé), jouant habillement sur notre tension affective pour les personnages (passera t-il à la casserole ou pas... sur trois heures mais surtout une dernière heure éprouvante à tous les niveaux) mais ne s'épargnant jamais de tomber dans ses propres travers prévisibles; Avengers : Endgame dans toute sa générosité imposante, incarne le bouquet final ultime, spectaculaire et nostalgique où les larmes ne seront jamais très loin, même s'il est clairement inférieur à Infinity War sur de nombreux points essentiels, et qu'il paraît étrangement expéditif même avec trois heures bien tassées au compteur.
Un au-revoir digne, triste et symbolique, d'une décennie super-héroïque concoctée par une firme ayant parfaitement su prédire les désirs de divertissement de masse du spectateur moyen, en construisant un univers addictif et en constante expansion, totalement connecté à lui et s'amusant même de son attention (notamment via les désormais inévitables et horripilantes scènes post-générique), tout en s'efforçant à répondre à la promesse folle qu'il lui a faîte jadis, férocement utopique sur le moment : croquer un canevas démesuré mais cohérent de bout en bout, malgré quelques parcelles bancales.
Apologie d'une méthodologie jamais remise en cause - et ce n'est pas prêt de l'être -, et qui n'a nullement peur de s'auto-congratuler plus d'une fois (donc énormément de trop), Endgame termine une époque à la régularité incroyable sans réellement la terminer, met un point supposément final à une histoire pourtant bel et bien appelée à continuer avec une bonne partie de ses mêmes intervenants.



Un étrange paradoxe, comme celui d'un adieu jamais réel et d'un passage de flambeau pas totalement affirmé non plus, tout deux la force et la faiblesse d'une identité unique, dont le règne sans partage sur le genre super-héroïque est aussi bien salué que discuté depuis toujours.
En même temps, aucun roi n'a jamais fait l'unanimité total, et encore moins dans la féroce jungle Hollywoodienne...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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