Clint Eastwood

[CRITIQUE] : La Mule


Réalisateur : Clint Eastwood
Acteurs : Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Michael Pena,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Drame, Biopic.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h56min.

Synopsis :
À plus de 80 ans, Earl Stone est aux abois. Il est non seulement fauché et seul, mais son entreprise risque d'être saisie. Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf que, sans le savoir, il s'est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain.
Extrêmement performant, il transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un "supérieur" chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s'intéresser à lui : l'agent de la DEA Colin Bates est plus qu'intrigué par cette nouvelle "mule".
Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre...



Critique :

Depuis toujours, le grand Clint Eastwood s'est passionné pour les petits héros du quotidien tutoyant du bout des doigts le symbolisme d'une Amérique fière et affreusement patriotique, glorifiant ses héros finalement aussi vite qu'elle les recrache.
C'est même ce qui fait, en partie, la saveur de son cinéma en tant que metteur en scène, et sa faculté d'offrir un regard acéré et juste sur le monde qui l'entoure, et encore plus une Amérique à l'agonie.
Presque un an après son raté - pour être poli - Le 15h17 pour Paris, le voilà à nouveau de retour, et pour la première fois de retour devant la caméra depuis le gentillet Une Nouvelle Chance (et, plus directement, absent d'une de ses propres réalisations depuis le magistral Gran Torino), pour le bien buzzé La Mule, une oeuvre aux douloureuses allures testamentaire - comme The Old Man and The Gun pour Robert Redford -, pour laquelle il se donne corps et âmes, avec une fraicheur et une envie de bouffer du septième art proprement remarquable.



Plus libre et décomplexé que jamais en prenant pour sujet le destin véridique d'Earl Stone, il fait du bonhomme un personnage purement Eastwoodien dans le portrait éclaté et finement croqué d'un antihéros aux abois, vaincu par le monde moderne (putain d'internet) et une société qui ne veut déjà plus de lui à son âge avancé, et qui va décider de braver la loi tout autant que de prendre le taureau par les corones, pour survivre - dans tous les sens du terme -, en devenant un passeur de drogue pour un cartel mexicain.
Un homme au demeurant charmant - et loin des personnages bourrus auxquels le cinéaste nous avait habitué -, vivant constamment dans l'urgence et qui a trop longtemps mis de côté sa propre vie familiale, au profit d'un métier qui ne lui a plus rien laissé, pas même l'espoir d'un lendemain un tant soit peu paisible.
Car c'est bien là que se situe toute la force de La Mule, faux thriller tendu mais vrai mélodrame poignant, captivant autant dans sa belle simplicité (une vision pleine de vérité de la middle class Américaine, en pleine souffrance, autant des fêlures qui habitent et fragilisent de plus en plus le pays de l'Oncle Sam) que dans sa complexité (la traque, tendue et efficace, rappelant les belles heures du scénariste Nick Shenk sur la série Narcos) : sa mise en images intime et d'une étonnante drôlerie, du voyage pétri de tendresse d'un octogénaire s'accrochant à la vie et désireux de s'offrir, même dans l'illégalité, une certaine rédemption et un baroud d'honneur plein de panache.



Jouant des clichés de son image comme un sale gosse ayant parfaitement conscient de ce qu'elle suscite et dégage, Eastwood s'amuse, se joue de lui (et se filme avec une sécheresse et une authenticité admirable) mais jamais de son auditoire, pointe du bout de la caméra les travers du monde d'aujourd'hui - douloureusement en péril - sans jamais se poser en juge (et encore moins en bourreau), et fait de La Mule une oeuvre féroce et d'une tendresse incroyable, émouvante - mais jamais larmoyante - tout en étant bienveillante et totalement focalisée sur ses personnages (même si le traitement des personnages féminins est clairement plus déclinant en comparaison à celui des personnages masculins).
Une tragédie tout en mélancolie et en luminosité, ou l'éternel Dirty Harry nous rappelle que tant qu'il aura de la bobine dans sa caméra, il ne cessera pas de nous éblouir dans les salles obscures, même si l'épilogue de sa brillante carrière est (beaucoup trop) proche.


Jonathan Chevrier



John Chevrier

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