Chroniques

[FUCKING SERIES] : Kidding saison 1 : For The Love of Jim Carrey


(Critique - avec spoilers - de la saison 1)




Il y a quelque chose d'infiniment bouleversant lorsque l'on compare les parcours de deux des plus grands clowns tristes du septième art ricain, feu le (très) regretté Robin Williams et Jim Carrey, deux talents solaires et indiscutables, capable aussi bien de faire rire que de faire pleurer le plus hémertique des auditoires, et dont Hollywood la putain, faute à quelques choix de carrières infructeux d'un point de vue billets verts, s'est délaissé comme l'on se débarrasse d'une vieille paire de chaussettes sale, en espérant qu'elle reste gentiment derrière le placard, pour ne pas venir faire de l'ombre aux nouvelles.
Une métaphore un brin facile, même s'il est de connaissance commune que le système hollywoodien ne s'est jamais caché dans son habitude (détestable) à considérer obsolète tout talent passé un certain âge, sorte de date de péremption parfois rallongé si le comeback potentiel qu'il pourrait avoir, est jugé suffisamment profitable pour être soutenu.


On pourra dire ce que l'on veut des parcours atypiques des deux bonhommes, autant de leurs vies en dehors des plateaux, infiniment plus chaotique que pouvaient le laisser présager leur jovialité à l'écran, ils sont et resteront ce que l'humour US a connu de plus désopilant et touchant ces trente dernières années.
Tout comme Williams, qui n'a décemment pas eu le temps - ni l'opportunité - d'opérer pleinement son comeback sur la petite lucarne (il est décédé peu de temps après l'annulation par CBS, de la pourtant fantastique sitcom The Crazy Ones), Jim Carrey revient sur le devant de la scène par le biais d'un show concocté sur mesure par la chaine à péage Showtime, Kidding, une dramédie dans laquelle l'éternel Ace Ventura donne tellement de lui-même que s'en est presque indécent.
Dans la peau de Jeff Pickles aka Mr. Pickles, star d'une émission pour enfants qu'il anime avec enthousiasme et joie, alors que dans l'intimité, il se bat continuellement pour reconstruire sa vie entre le deuil de son fils (mort dans un accident de voiture), une figure paternelle écrasante (Frank Langhella, impérial) et son divorce d'avec son épouse, le comédien, plus encore que pour The Truman ShowEternal Sunshine of The Spotless Mind, fait exploser toute la détresse et le désespoir qui l'habite comme si lui et Jeff ne formait plus qu'un.

 
L'impression follement méta du show n'est jamais loin durant les dix formidables premiers épisodes de la première saison, et la présence derrière la caméra - sur certains épisodes seulement - de Michel Gondry n'y est sans doute pas étrangère, tant il est peut-être le seul à réellement avoir pu percer à jour la carapace du comédien sur grand écran, et lui avoir permis de dévoiler toutes les riches nuances de son jeu ne se résumant pas qu'à de simples facéties et autres grimaces extraordinaires.
Et c'est sans doute ce qui fait également la grande force de Kidding, outre la partition incroyablement mélancolique de sa vedette (on rit et on souffre avec lui, tout du long) : sa facilité déconcertante à se constamment se renouveler par la force d'une créativité sans bornes, aussi bien qu'à jongler tel un funambule avertit entre humour (moins présent, il est vrai) et drame au sein d'une ambiance poétique, lunaire et jouissivement absurde, entre naïveté et gravité.
Mieux, son écriture, dont le jeu d'équilibriste est encore plus impressionnant, laisse respirer ses personnages (les seconds rôles prennent cela dit beaucoup de temps pour faire leur trou) et sa noirceur assumée, pour mieux aborder ses thématiques dramatiques avec justesse et finesse et croquer le portrait sans phare autant de l'industrie de la télévision (médium schizophrène où le paraître surplombe souvent la réalité) et de l'art en général, que celui d'un homme emprisonné dans un rôle qui le détruit de l'intérieur.


Tout en honnêteté, fragilité et en douleur, Kidding, vrai sommet de télévision déprimant et touchant (et sans l'ombre d'un doute, la plus brillante de cette rentrée 2018 avec The Haunting of Hill House), vous prend la gorge pour ne plus jamais vous lâcher, vous tire les larmes comme rarement un show télévisé a pu le faire ces dernières années (excepté, peut-être, This is Us qui elle, s'échine à aller chercher) et offre sans doute à Jim Carrey, à qui une pluie de récompenses est déjà promise - sauf grosse injustice -, rien de moins que sa plus belle et intense partition à ce jour.
On t'aime Jim, vraiment.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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