Anaïs

[CRITIQUE] : Cold War

 

Réalisateur : Pawel Pawlikowski
Avec : Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Polonais, Britannique, Français.
Durée : 1h27min.

Synopsis :
Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.



Critique :

Lui, un compositeur d’un milieu sophistiqué qui veut sortir du communisme et vivre sa vie d’artiste librement. Elle, une belle et jeune chanteuse au tempérament bien trempé d’un milieu plus modeste qui veut s’en sortir, tout simplement. Ils vont se rencontrer lors de la création d’un ensemble musical polonais folklorique et tomber follement amoureux. Pendant quinze ans, ils vont s’aimer, se quitter et se retrouver entre Paris, Berlin et la Pologne dans le tourbillon de la guerre froide.



Après l’esthétiquement marquant Ida, Pawel Pawlikowski revient avec un film visuellement assez ressemblant : un format presque carré et un beau noir et blanc. En somme, un film assez agréable à regarder. Les plans sont parfaitement cadrés, les points de vues réfléchies et le rendu presque “papier glacé” fait plaisir à voir. Mais finalement, ce qui semble être une qualité devient presque un défaut car il est assemblé à un scénario qui ne convainc pas forcément.



Je m’explique, la romance des deux personnages semble trop attendue, trop “déjà vue”. Elle est belle, blonde, plus jeune que lui, tous deux sont artistes même s’il est le plus créateur, le plus mature. Pour accentuer cette sensation, il y aura de très nombreuses ellipses qui laisseront le spectateur face à des situations non expliquées qui montreront leur relations changée sans que cela ne soit vécu réellement, tandis que d’autres bien présentes accentueront l’aspect “déjà vu” du film et n’apporteront pas grand chose, émotionnellement parlant.



Le véritable problème de Cold War est celui de l’authenticité. Le film ne laisse pas assez de place pour que les acteurs, pourtant bons, proposent une interprétation originale, particulière du sentiment amoureux. Tout semble trop parfait. Perfection accentuée par cette mise en scène très travaillée mais aussi par les scènes musicales et chorégraphiques qui sont très belles mais aussi très répétées et politiquement pensées.
La distance entre le spectateur et les personnages est assez énorme, mais celle entre le contexte et ceux-ci l’est tout autant. Chaque action des personnages est dictée par un événement de la guerre froide mais cela ne semble les affecter que factuellement et non émotionnellement.



Cold War est un film particulier sur la forme avec une esthétique léchée portée par un sublime noir et blanc et des parties musicales folkloriques et de jazz bien réalisées. Seulement, l’ensemble manque d’authenticité et instaure une distance entre le film et le spectateur.


Eleonore Tain





Cold War constitue une énième variation du cinéma mobile, assailli de tiraillements et intrinsèquement vacillant de Pawel Pawlikowski depuis The Stringer. Pris en étau entre Est & Ouest et – depuis Ida – entre noir et blanc, ce sixième long-métrage retrace donc ici encore une relation tumultueuse : celle de deux musiciens d'origine sociale différente, Zula et Wiktor, tenaillés par la guerre froide et inspirée par les parents du réalisateur – à qui il dédie d'ailleurs son film.



La construction elliptique peut dérouter – pas moins de trois décennies traversées en 87 minutes – mais s'inscrit dans la dynamique cinématographique de Pawel Pawlikowski qui ne semble à aucun moment intéressé par la chronologie – ici, celle d'un amour fou – mais en revanche totalement fasciné par l'attirance et la répulsion de ses deux a(i)mants dont il ne cesse de représenter les acmés. « Quand on aime, le temps ne compte pas » confirme d'ailleurs Jeanne Balibar sous les traits d'une poète semi-prophétesse. L'Histoire en revanche tient elle un rôle particulier – bien qu'en sourdine – dans lequel le spectateur averti décèlera sans doute l'appétence initiale du réalisateur pour le documentaire. Elle est ici plus spécifiquement l'écrin de cet amour impossible, l'enveloppe du pamphlet dans lequel le réalisateur questionne les classes sociales, le régime communiste et plus spécifiquement l'appropriation des chants populaires par ce dernier.



Pour rendre compte de cette romance contrariée, Pawel Pawlikowski excentre ses personnages au cœur d'une symétrie ultra millimétrée, incarnant ici le pouvoir omnipotent et oppressant. Zula et Wiktor – interprétés par les magnétiques Joanna Kulig et Tomasz Kot – semblent ainsi constamment acculés par leur environnement ; et comme dans le très remarqué Ida, seule la musique et plus spécifiquement le jazz, parvient à les délivrer de leur destinée. Récompensé à Cannes pour sa mise en scène élégante et parfaitement maîtrisée, Cold War rayonne par son atmosphère sensuelle et mélancolique rendue possible par un travail époustouflant sur la lumière et – une fois encore – ce noir & blanc sublime dont Pawel Pawlikowski a le secret. Bref, une passion tragique au cœur d'une Europe elle-même déchirée, intense et brûlante car tue, à l'esthétique impeccable et qu'on ne saurait que recommander aux petits (lect)cœur fragiles.


Anaïs 



Léo Iurillo

0 commentaires:

Publier un commentaire

Fourni par Blogger.