Critiques

[CRITIQUE] : Neruda


Réalisateur : Pablo Larrain
Acteurs : Gael Garcia Bernal, Luis Gnecco, Mercedes Moràn, Diego Munoz,...
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Biopic, Policier.
Nationalité : Chilien, Argentin, Français, Espagnol.
Durée : 1h48min.
Synopsis :
1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.
Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.



Critique :


Sans faire de bruit, le talentueux cinéaste Pablo Larrain va gentiment attirer l'attention des cinéphiles endurcis que nous sommes d'ici quelques heures, et ce jusqu'en février prochain; alors que nous n'avons d'yeux que pour la trépidante course aux statuettes dorées.
Avant de conter la vie de Jackie Kenedy au moment du douloureux décès de son président de mari dans Jackie - en salles le 1er février -, le bonhomme s'attaque tout d'abord à un autre anti-biopic sur l'une des figures historiques les plus passionnantes du 20ème siècle : Pablo Neruda.
Immense poète doublé d'un vrai emblème de la résistance chilienne (il a également été diplomate, homme politique et penseur), Neruda, qui a connu autant de vies que peut en avoir un chat, est un sujet beaucoup trop riche et fertile pour tenir sur une simple péloche de deux heures.


Trop à l'étroit pour en faire un biopic au sens large du terme, Larrain va donc s'attaquer à l'une des périodes charnières de son existence, celle de sa fuite du Chili vers l'étranger, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.
Après s'être mis le gouvernement à dos, l'écrivain communiste se verra traqué par les forces de l'ordre chiliennes, personnifié par Oscar Peluchonneau.
Anti-biopic ambitieux sous fond de fuite en avant autour du globe aussi épique que singulière, Neruda est un sublime poème visuel sur une figure aussi mystérieuse que fascinante, que le cinéaste détricote avec sincérité en s'attachant plus au symbole et à l'impact de l'artiste dans l'imaginaire collectif, qu'aux faits véridiques.

Autant fantasque et libre que son sujet, filmé comme une épopée onirique et dynamique captant l'essence de Neruda durant l'une des époques les plus compliqués mais également l'une des plus inspiratrices de sa vie (époque ou il signera sa plus grande oeuvre, Canto General), le métrage, aussi bien comédie irrévérencieuse et caustique que polar noir politique et road movie entêtant, vaut autant pour la finesse et la richesse de son propos (habile réflexion sur le pouvoir et la gloire, aux douces résonances contemporaines) que pour son jeu d'acteurs, absolument grandiose.
Si Luis Gnecco est impérial dans la peau haute en couleur et égocentrique de Neruda, c'est surtout la prestation du génial Gael Garcia Bernal - déjà vedette du No de Larrain -, véritable moteur du récit, qui marque les rétines.


Inquiétant comme rarement, il prête ses traits à Socar Peluchonneau, flic aussi pathétique qu'il est dangereux, sorte de Clouzot lancé dans un jeu du chat et de la souris perdu d'avance, confronté à la malice narquoise d'une proie - qui le fascine - ayant toujours un train d'avance; dite proie incarnant le dernier garant d'une douce folie et d'une poésie appelée à périr sous la rudesse implacable de la dictature Pinochet.
Troublant, brillant et séduisant de bout en bout, Neruda incarne la vision romanesque sur pellicule qu'à Larrain du personnage, excessif, original - le mot est faible - et loin de la biographie pure et dure.

Un vrai moment de cinéma à part sur l'un des grands poètes chiliens du XXème siècle, tout simplement.
Que 2017 débute bien...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwoood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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