Critiques

[CRITIQUE] : Midnight Special


Réalisateur : Jeff Nichols
Acteurs : Michael Shannon, Joel Edgerton, Kirsten Dunst, Adam Driver, Jaeden Lieberher,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Aventure, Science-Fiction,Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h51min.

Synopsis :
Fuyant d'abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent bientôt les proies d'une chasse à l'homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d'accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.



Critique :


A l'instar du génial Scott Cooper, en l'espace de trois films seulement, le talentueux Jeff Nichols s'est imposé comme l'un des cinéastes les plus doués de sa génération, tout autant qu'un digne successeur - avec J.J. Abrams - au vénéré Steven Spielberg; dont la filiation est plus qu'évidente.

Attendu comme le messie (ou presque) par une pluie de cinéphiles en ayant fait l'un des rendez-vous immanquable de ce premier semestre ciné de 2016 (voir même de l'année, soyons honnête), Midnight Special débarque dans les salles obscures hexagonales à une date pas forcément facile à négocier, puisqu'il devra non seulement faire face à une concurrence des plus accrus; mais surtout face à un rouleau compresseur façon affrontement titanesque entre deux des superhéros les plus populaires jamais crées - le Batman v Superman de Zack Snyder.


Une sortie difficile à assumer donc (Warner distribue pourtant aussi bien le film de Nichols que celui de Snyder...) qui entachera grandement la portée globale de ce qui est, sans l'ombre d'un doute, un futur classique en puissance tant le quatrième passage derrière la caméra du cinéaste est un sublime drame SF à visage humain, tendu et grandiose, faisant autant référence aux glorieuses 80's qu'à un genre rarement aussi bien mis en valeur sur grand écran ces dernières années.

Dès les premiers secondes (une introduction sans la moindre exposition et littéralement au cœur de l'action), Nichols attrape par la main son auditoire pour ne jamais plus le lâcher et mieux l'inviter à se perdre au sein d'une épopée fantasmagorique et captivante à la richesse émotionnelle insoupçonnée; une aventure surnaturelle et ensorcelante au croisement des cinémas de Steven Spielberg et John Carpenter, entre Starman et E.T., entre hommage vibrant et apogée d'une vision d'un septième art aussi personnel que passionné.

Car s'il emprunte beaucoup au film culte du Big John (l'aspect road movie/fuite en avant constante face à une menace extérieure furieuse poussant presque à la paranoïa), Nichols - tout comme Shyamalan pour Sixième Sens - semble ici pleinement assumer sa filiation avec le papa de Jaws


Divertissement totalement épuré - à l'intrigue plus resserrée qu'à l'accoutumée - et à la sincérité émotionnelle renversante, distillant avec parcimonie ses envolées spectaculaires (pour mieux accentuer leur impact), embrassant une tension et une violence inconfortable tout en s'amusant pleinement de la capacité de compréhension de son spectateur; Midnight Special offre une synthèse intimiste et minimaliste de l’œuvre Spielbergienne tout en se payant le luxe d'offrir un portrait glaçant d'une Amérique gangrenée par la peur - tout comme La Guerre des Mondes.

Voir même d'une synthèse tout court de sa propre œuvre, car l'atmosphère - onirique - et les thématiques parcourues, font clairement échos à celles égrenés dans ses précédents longs (la cellule familiale en danger, les angoisses d'être père, la gestion du deuil, l'enfant au cœur du récit, la lutte contre la société) et poursuivent complétement la quête introspective que le cinéaste fait autant de lui-même que de la notion de parentalité.

Déchirant, fiévreux, hypnotique et beau à en crever, porté par une mise en scène transpirant la maitrise de tous ses pores (chaque plan est d'une beauté et d'une minutie proprement indécente); le papa de Mud n'use finalement que de très peu d'artifices pour faire mouche : une histoire à la dynamique classique mais solide, un casting bluffant de justesse (Michael Shannon, Joel Edgerton et Adam Driver sont fabuleux) et une caméra lucide, aiguisée.
Un cahier des charges simpliste mais qui, exécuté avec maestria et une rigueur proche de la perfection, font tout simplement d'une œuvre classique un potentiel chef d’œuvre en puissance.


Accepter la vraie invitation de cinéma qu'incarne le mystérieux et fascinant Midnight Special, s'est épouser pleinement une vision à la fois singulière et profondément nostalgique d'une vague science-fictionnelle que l'on pensait condamnée à nos glorieux souvenirs - le cinéma magique et mélancolique des 80's -, celle-ci revenant que très (trop ?) rarement dans le sillage des salles obscures ses dernières années (l'ancien enfant roi/maitre du twist M. Night Shyamalan au début des années 2000 en tête).

Tout autant d'ailleurs, que d'admirer l'évolution follement enthousiasmante d'un cinéaste qui bonifie, sublime sa filmographie au fil de péloches marquant leur époque.
Que le cinéma ricain ne cherche plus son génie surdoué, le grand Jeff démontre sans forcer depuis cinq ans qu'il est le digne héritier des rois Spielberg, Carpenter et Cameron.

Bref, très (très) longue vie au prince Nichols.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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