Alejandro González Iñárritu

[CRITIQUE] : Birdman


Réalisateur : Alejandro Gonzàlez Inarritu
Acteurs : Michael Keaton, Emma Stone, Edward Norton, Naomi Watts, Zach Galifianakis, Andrea Riseborough, Amy Ryan,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : 22 000 000 $
Genre : Comédie dramatique.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h59min.

Synopsis :
À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir...



Critique :


Dans la sempiternelle course aux oscars qui agite le tout Hollywood pendant plusieurs semaines, le nouveau film de l'excellent Alejandro Gonzàlez Inarritu, Birdman, a su cette année s'octroyer une belle place de choix.

Tellement, qu'au petit jeu des récompenses, il joue sacrément des coudes avec le dernier long en date du précieux Richard Linklater (Boyhood) - et dans une certaine mesure avec également le dernier Wes Anderson (le génial The Grand Budapest Hotel) -, pour briguer la place de favori à la statuette dorée suprême, celle du meilleur film.

Absent de nos salles obscures depuis le bouleversant Biutiful en 2010, le retour ambitieux d'Inarritu avait donc tout pour intriguer au plus haut point les cinéphiles que nous sommes, surtout que le bonhomme avait convoquer pour l'occasion un casting indécent de talents (Emma Stone, Edward Norton, Naomi Watts, Andreah Riseborough, Zach Galifianakis et Amy Ryan), dominé par l'excellent Michael Keaton, star des 90's cantonné depuis quelques années à des seconds rôles de luxe dans des blockbusters pas forcément inspirés (Robocop ou encore Need For Speed tout récemment).


Birdman ou l'histoire de Riggan Thompson, un acteur has been connu de tous pour avoir incarné un célèbre super-héros sur grand écran, Birdman, et qui décide de monter une pièce à Broadway pour renouer non seulement avec sa gloire passée, mais également tenter de gagner une crédibilité, une certaine légitimité de comédien qui le fuit depuis toujours.

Par le prisme captivant de ce parcours chaotique mais avant tout puissant et vrai d'un homme en quête de légitimité artistique, Inarritu signe un film coup de poing profond et nécessaire à la complexité renversante, tourné comme un vrai-faux plan séquence de deux heures (aux raccords joliment subtils) absolument dément et génial, et ou l'ignorance peut se voir considérer comme une vertu (dixit le titre original).

Une plongée en apnée fascinante au sein d'une analyse amusée mais pertinente du métier d'acteur, décortiquant avec minutie leur rapport avec la profession (la vanité, la remise en question de son talent face aux critiques, au temps qui passe...), leur proches, leur peurs (celle de l'oubli, de ne pas avoir marquer l'histoire du métier), le public mais aussi la presse (via une journaliste " connasse paresseuse ") et l'industrie, le tout sous couvert d'un édifiant règlement de compte avec Hollywood la putain, pointant soigneusement les dérives de sa production overdosé aux super-héros, aux CGI et aux franchises facilement identifiables.


Une charge maline contre les superproductions super-héroïques au cast savoureusement choisit pour l'occasion (Emma " ex-Gwen Stacy " Stone, Edward " ex-Bruce Banner " Norton et Michael " ex-Batman " Keaton), aux clins d’œils appuyés à Marvel et aux blockbusters franchisés comme Transformers (notamment dans son final), ou encore au name dropping de plusieurs stars véritables (George Clooney, Robert Downey Jr,...) ayant répondues favorablement aux sirènes de ce type de projets.

Tragique mais nullement pesant, parsemé de touches d'humour salvatrices et d'une folie ambiante proprement magique, le metteur en scène bâtit son histoire sur une opposition constante, celle qui unit le défaitisme (tout est vain dans ce monde) et l'amour véritable, celle qui différencie le cinéma (synonyme de richesse et de célébrité) et le théâtre (plus difficile à monter, mais synonyme de crédibilité), mais également celle qui partage l'âme de son héros (la gloire facile personnifié par Birdman, face à la volonté de reconnaissance artistique du Riggan d'aujourd'hui) en usant habilement du thème super-héroïque.

Ou deux trop courtes heures pour pleinement s'émerveiller de la maestria du cinéaste (de ses trouvailles scénaristiques à ses nombreuses prouesses de mise en scène), ainsi que de sa passion dévorante pour les personnages torturés, hauts en couleur et habitués aux chemins de croix, parfaitement incarnés par des comédiens qu'il filme avec un amour qui transpire sur tous les bords de la pellicule.


Michael Keaton en tête, en retrait tout d'abord avant de littéralement exploser dans la seconde moitié du métrage qui lui est (presque) totalement vouée, et qui trouve indiscutablement ici, ni plus ni moins que le rôle de sa vie.
Un rôle profondément méta tant il est difficile de ne pas faire le parallèle entre son passé sous les traits du Batman de Tim Burton (sans conteste le meilleur Bruce Wayne sur grand écran, au même niveau que celui prenant les traits de Christian Bale), et celui de son personnage sous ceux de Birdman.

A ses côtés, la belle Emma Stone impressionne en ado perdue ex-junkie à la sincérité sans nul pareil, et offre la plus convaincante performance de sa jeune et prometteuse carrière, tandis que l'inestimable Edward Norton vole encore une fois le show, tout simplement parfait en star narcissique et au caractère instable.
Exceptionnel et méconnaissable, Zach Galifianakis l'est également dans la peau du producteur de Riggan, le personnage le moins WTF du métrage (soit un complet contre-emploi aux vues de la majorité de ses rôles sur grand écran).

D'une ambition folle, imposant, magnifié par des dialogues bourrés de double-sens et une bande originale minimaliste et jazzy, Birdman est une sublime comédie dramatique jouissive et satirique purement indépendante aux atours de blockbuster friqué, un merveilleux moment de cinéma racé et intelligent qui trotte encore longtemps après vision dans la psyché de son spectateur, et qui n'a décemment pas volé toutes ces récompenses et ses élogieuses critiques.


Entre le bouleversant Boyhood, le puissant American Sniper, le magistral Birdman et le terrifiant Gone Girl, nous sommes bien content de ne pas être de ceux qui choisiront le grand vainqueur pour l'oscar suprême ce dimanche, tant nous serions furieusement tenté de couper en quatre la célèbre statuette dorée pour logiquement récompenser tout le monde...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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