Angelina Jolie

[CRITIQUE] : Invincible


Réalisateur : Angelina Jolie
Acteurs : Jack O'Connell, Domnhall Gleeson, Miyavi, Garrett Hedlund, Jai Courtney,...
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Guerre, Biopic, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h17min.

Synopsis :
L'incroyable destin du coureur olympique et héros de la Seconde Guerre mondiale Louis "Louie" Zamperini dont l'avion s'est écrasé en mer en 1942, tuant huit membres de l'équipage et laissant les trois rescapés sur un canot de sauvetage où deux d'entre eux survécurent 47 jours durant, avant d'être capturés par la marine japonaise et envoyés dans un camp de prisonniers de guerre.


Critique :


Après une année 2014 riche en biopic (demandez à Yves Saint Laurent et les deux péloches qui lui ont été consacré), l'année 2015 démarre sous les mêmes auspices avec un biopic dès son premier mercredi d'exploitation, soit celui de Louis Zamperini disparu il y a six mois maintenant, mais dont le destin incroyable restera fièrement gravé dans l'histoire de l'humanité.

Un grand héros des temps modernes, un vrai, à qui Hollywood tente de rendre hommage (ou de capitaliser sur son existence bigger than life, pour être plus honnête) maintenant depuis plus de soixante ans, sans succès jusqu'à la parution en 2010, du livre par la romancière Laura Hillenbrand, « Invincible : Une histoire de survie et de rédemption ».

Échoué à la belle Angelina Jolie, Invincible, qui est le second long de la madame après le mitigé Au Pays du Sang et du Miel - romance impossible sur fond de conflit serbo-bosniaque -, avait tout en lui pour incarner le premier gros événement ciné de l'année.


Surtout que pour l'occasion, la Lara Croft de Simon West s'était entourée d'un casting de talents représentant une bonne partie de l'avenir du septième art mondial (les précieux Jack O'Connell, Garrett Hedlund et Domnhall Gleeson, le moins précieux Jai Courtney), et de quatre immenses plumes au service de son scénario : William Nicholson (Gladiator), Richard Lagravenese (Ma vie avec Liberace) et les frangins Coen, rien que ça.

Bref, tout pour constituer une belle et grande fresque Hollywoodienne comme on les aime.
Ce que s'avère être in fine Unbroken, formidable leçon de survie d'un héros de guerre qui aura traversé des épreuves incroyables, des pistes olympiques aux camps de prisonniers nippons en passant par la cruauté du Pacifique, mais qui souffre de quelques maladresses scénaristique pour pleinement marquer la rétine et prendre aux tripes son spectateur.

Faux film de guerre mais vrai biopic qui flirte avec de multiples genres (le film de guerre, le film catastrophe, le drame psychologique et humain), Invincible, loin de l'hagiographie facile et appliquée, se veut comme le récit authentique de l'odyssée qui force le respect de Zamperini, un homme au mental d'acier - et le mot est faible -, dont l'humanité n'a point été brisée par les atrocités de la guerre et de la torture.

Porté par un souffle épique impressionnant, la première partie du métrage est un sommet de cinéma captivant, à la puissance dramatique remarquable et angoissante (la bravoure teinté de peurs de Phil et Louis luttant constamment contre la force et la cruauté de dame nature), ponctuée de belles idées de cinéma - du crash d'avion saisissant aux intelligents flashbacks pleins d'intensité -, et mené tambour battant et sans aucun temps mort par une Angelina Jolie cadrant son pas sur ceux des inestimables Clint Eastwood et de Michael Cimino.


D'un classicisme assumé et visuellement somptueuse, la péloche goute cependant un peu plus au bouillon dans une seconde partie qui tire trop en longueur et qui peine à retrouver l'excellence de la précédente, au moment ou Zamperini se voit interner dans un camp nippon, et que démarre le duel aussi bien physique que mental, qui le liera avec le bourreau sadique Watanabe.

Là ou les relations entre les personnages se voyaient traiter avec ampleur dans le premier acte (l'amitié fraternelle entre Phil et Louis, les deux personnalités se complétant parfaitement), celle de dominant/dominé qui unit Watanabe et Louis - qui n'est pas sans rappeler le Furyo de Nagisa Oshima - peine franchement à convaincre, la faute à un traitement un brin systématique, épuisant (l'accumulation de scènes de torture n'aidant pas vraiment) de sa vision de l'esclavage à la dureté saisissante mais manquant cruellement de poésie, et surtout trop étiré et linéaire.

Tellement, que la force même de la légende de cet homme à la rage de vivre exemplaire - sa rédemption -, sa capacité de pardon et de compassion envers ceux qui lui auront fait vivre l’enfer sur terre, ne sera que vulgairement traité dans le générique final, à coups de quelques lignes expédiées presque à la va-vite (toute la différence avec le sublime Les Voies du Destin de Jonathan Teplitzky, qui en fait sa force majeure).

Un second acte dont on ne retire finalement qu'un gout de déjà vu et d'inachevé, un manque d'émotion et d'âme prégnant malgré l'abnégation sans phare de Zamperini.


Très américain dans son image du dépassement de soi, appuyant beaucoup sur la corde du patriotisme et de la rédemption, d'une mise en scène efficace et soignée quoiqu'un peu trop impersonnel (même si Jolie y dépeint ses obsessions récurrentes, un aperçu au cœur de la guerre et la souffrance qu'elle engendre), le métrage pâti avant tout par son récit cruellement dépourvu de nuances et apparaissant même un poil trop positif au vue de la noirceur et de la violence de son propos.

Reste que l'interprétation générale de ses acteurs (Jack O'Connell est d'une prestance à tomber, Domnhall Gleeson est admirable tandis que pour son premier rôle au cinéma, la popstar Miyavi, convaincant malgré quelques excès, dans la peau pervers et sadique Watanabe), la photographie superbe signée Roger Deakins - autre habitué des frères Coen -, sa première heure parfaite et les incroyables moyens mis en œuvre par la cinéaste (l'ouverture proprement à tomber), permettent au film d'aisément tenir la route sur plus de deux heures pleine de sincérité.

Invincible ou un blockbuster joliment old school, efficace, captivant, pédagogique (mais pas trop) et sacrément taillé pour les oscars, porté par un casting indécent de talents qui masquent comme ils peuvent le manque d'âme et de rigueur d'une œuvre qui aurait très bien pu se hisser à la hauteur des grandes fresques de l'Empire (Le Pont de la Rivière Kwai, Le Papillon de Franklin J. Schaffner pour ne citer que), vu la force de son sujet.


On est donc bien plus proche de Pearl Harbor que de Mémoires de nos Pères, même si ce second long métrage de madame Jolie incarne un bel, sobre et héroïque hommage à Louis Zamperini, un héros hors du commun dont il est fort dommage de ne pas l'avoir célébré de son vivant, sur grand écran.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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