Chloë Garce Moretz

[CRITIQUE] : Sils Maria


Réalisateur : Olivier Assayas
Acteurs : Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloë Garce Moretz, Lars Eidinger,...
Distributeur : Les Films du Losange
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 2h03min.

Synopsis :
À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l'autre côté du miroir, dans le rôle d'Helena...





Critique :


Force est d'admettre que pour tous cinéphile un minimum avertit, il y avait quelque chose de proprement excitant à l'idée de mirer Sils Maria en salles, depuis sa présentation on ne peut plus plébiscitée à Cannes.

Certainement parce que la présence hautement improbable dans une péloche signé Olivier Assayas, de la jeune pousse rebelle made in Hollywood Kristen Stewart, s'est vu louangée comme rarement ce fut le cas pour l'ex Bella de la franchise Twilight.

Hasard méchamment intéressant quand on sait que son ancien boyfriend Robert Pattinson lui, à mis tout le monde d'accord à Cannes (mais pas que) avec ces prestations remarquées dans les magistraux The Rover et Maps To The Stars.

On se doutait que la saga vampirique avait pris pour vedette les nouveaux talents de demain, mais en voir une confirmation aussi vite nous laisse tout de même un brin pantois, surtout du côté de la Kristen, qui mis à part The Runaways et Welcome To The Rileys, ne nous avait pas impressionné plus que ça, et encore moins dans le très buzzé (mais ennuyeux) Sur La Route, ou elle apparaissait furtivement dans en tenue d'Eve.


En parlant d'Eve justement, Sils Maria se veut - en partie - comme une révérence classieuse au chef d’œuvre éponyme de Mankiewicz, en film de femmes mélangeant huit clos et drame intime le tout dans un ton aussi captivant que méta, sur le monde des actrices, que le cinéaste avait déjà abordé dans Irma Vep.

Bref, comme dit plus haut, il ne nous en fallait pas plus pour que l'on soit excité comme des puces à l'idée de découvrir le nouveau long de l'un des plus internationaux et talentueux de nos cinéastes français...

Sils Maria ou l'histoire de la célèbre actrice Maria Enders qui, à la suite du de la disparition du grand dramaturge qui l'a lancée, se voit proposer de rejouer la pièce l'ayant révélée vingt ans plus tôt.
Sauf que cette fois, au lieu de camper le rôle de Sigrid, jeune femme poussant au suicide la plus mûre Helena, elle incarnerait cette dernière, laissant l'autre personnage à une jeune starlette américaine.

Dans le dit chalet Suisse du dramaturge, Maria répète le texte de la pièce avec son assistante...


On pourrait aisément comparé Sils Maria à un autre film événement de Cannes cette année, Maps To The Stars, qui lui aussi théorisait sur le star-système, avec un ton il est vrai, nettement plus déshumanisant et cynique.

Assayas lui, si il se montre dans le fond, bien plus bienveillant et juste dans sa description de l'industrie, apporte une vision plus au-delà des a priori, et ne se place encore moins comme juge de ces actrices, aussi bien artisanes que victimes de cet univers des rêves impitoyable.

Le cinéaste les aimes ses interprètes, aussi bien dans leurs qualités que dans leurs plus profonds défauts (la nécessite presque maladive de toujours être flatté ou complimenté, l'incapacité de se comparer à l'autre mais surtout, de s'abstraire du temps qui passe).

Mieux, Assayas s'amuse même comme un petit fou à brouiller les cartes et les certitudes à propos de ses héroïnes, tant et si bien que l'on à parfois l'impression de ne plus faire face aux personnages, mais bel et bien aux actrices qui les interprètent.


En effet, comment ne pas voir dans le rôle de Maria, un parallèle troublant avec son interprète la précieuse Juliette Binoche (poignante et charismatique, dans son meilleur rôle depuis très longtemps), confronté à la pesanteur du temps, et véritable porte étendard d'une pléthore d'actrices luttant pour conserver leur jeunesse et leur liberté dans un milieu du cinéma qui ne jure presque que par la fraicheur.

Idem pour ce qui est de Kristen Stewart (éblouissante et d'une classe imposante, dans son meilleur rôle jusqu'à aujourd'hui, dont il est difficile de ne pas voir en la jeune Chloë Grace Moretz (bluffante), un jeu de miroirs des plus malin. celle-ci incarnant une jeune divas d'Hollywood, Jo-Ann, une rebelle aussi bien stars de blockbuster que des tabloïds, et fraichement plaquée par son boyfriend pour infidélité.

Mais plus que de décortiqué sa vie privée, c'est même tout simplement son statut à Hollywood qui est mis sur la table, Jo-Ann étant elle aussi, devenue une vedette grâce à un rôle à la valeur futile et conventionnelle d'un point de vue artistique (une mutante, proche du rôle de vampire de Stewart dans Twilight), mais également pour les cinéphiles.

Ce qui en dit long sur l'idée que ce fait la jeune actrice sur la perception que le public et l'industrie, à de sa personne.


Profondément méta, léger, troublant et presque à contre-courant, entre réalité et fiction, Sils Maria est une dense réflexion sur le métier d'actrice aux multiples niveaux de lecture, un duel captivant sur les rapports entre dominant et dominée d'une star et de son assistante, magnifié par un trio d'actrice irréprochable - l'alchimie entre Stewart et Binoche est franchement convaincante -, qui se mettent complétement à nu.

Joliment brillant et complexe à la fois, on en viendrait même presque à regretter que ce bon vieux Olivier Assayas soit reparti bredouille de la Croisette.

Encore une belle surprise pour définitivement finir cet été ciné 2014 en beauté.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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