Analeigh Typton

[CRITIQUE] : Lucy


Réalisateur : Luc Besson
Acteurs : Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Choi Min-sik, Analeigh Typton,...
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Budget : 40 000 000 $
Genre : Action, Thriller, Science-Fiction.
Nationalité : Français.
Durée : 1h29min.

Synopsis :
A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini. Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.



Critique : 


On le sait tous, ce bon vieux Luc Besson aurait dut mettre un terme à sa carrière après Angel-A, et s'amuser à compter durant sa (longue) retraite, toute la masse de pépettes que les franchises rarement (bon, jamais) bien senties de sa boite de production Europa Corp, lui auront fait gagnés, au nez et à la barbe de spectateurs loin d'être toujours futé.

Mais le bonhomme avait finalement décidé de continuer sa romance - pas toujours heureuse -, avec le septième art, et vu la piètre qualité de sa collaboration avec Jamel Debbouze, on ne pouvait pas lui reprocher de ne pas vouloir finir sur une aussi mauvaise note.
Sauf que voilà, mis à part le très joli et intime The Lady (avec la lumineuse Michelle Yeoh), se revirement n'a pas réellement apporté de belles lignes à la filmo du frenchy.

Pire même, il aura salement entaché sa carrière et cruellement démontré par la même occasion, son incapacité flagrante à retrouver ses facultés de réalisateur racé et intelligent, prenant le meilleur partie de ses nombreuses références.

N'ayant plus rien cornaqué de vraiment bon depuis Le Cinquième Élément (qui a bientôt vingt piges au compteur), le voilà donc de retour cette année avec Lucy, moins d'un an après le dispensable Malavita, une bande d'action décomplexée et ambitieuse, catalysant autant d'espoirs que de craintes pour le cinéphile que je suis, biberonné depuis tout petit aux cultes Le Grand Bleu, Léon, Nikita ou encore Subway.


Lucy donc ou l'histoire de Lucy (logique), une jeune étudiante américaine et fêtarde vivant à Taiwan.
Un jour, par un malheureux concours de circonstance (!), elle se fait kidnapper par des mafieux coréens qui lui ouvre le bide et la fourre de drogue comme Pitch l'est de chocolat.
Pif, Paf, Pouf la voilà transformée en mule, chargée de transporter une nouvelle drogue illégalement vers l’Europe dans son estomac.

La dite drogue serait même ultra-puissante.
Mais voilà, parce que la nana c'est la reine des malchanceuses, le sachet craque dans son bidon tout mignon et il déverse la substance super-puissante dans son corps.
Chose improbable, au lieu de planer au-dessus du soleil ou de tout simplement de mourir d’une overdose, cette drogue lui donne un super-pouvoir hors-norme : la possibilité d’utiliser la totalité des capacités de son cerveau.

Oui parce que la péloche se base sur le concept arguant que l’homme n'utilise que 10 % de ses capacités cérébrales.
Un putain de mythe infondé, n'empêche qu'on se demande bien ce qu'il adviendrait-il si quelqu’un pouvait les utiliser à 100% en mode super-héros...

Luc Besson s'est posé la même question donc, et il tente de nous répondre via un actionner méta et ambitieux totalement vouée à la sublime plastique d'une Scarlett Johansson plus belle que jamais.


Comparé aux films d'actions simplistes, franchisés et produits à la chaine par Europa Corp d'années en années, difficile de ne pas admettre que le savoir faire de Besson derrière la caméra fait toute la différence comparé aux péloches cornaquées par ses yes men.
Méchamment bien rythmé et débridé, le cinéaste emballe le tout avec efficacité dans une sorte de Limitless 2.0 plus méta et badass, dont toutes les impressionnantes scènes d'actions ont pourtant déjà fuités sur le net dans les nombreuses bandes annonces de la maladroite campagne promo du film.

Pas un problème en soit, tant que Besson ne s'en tient qu'à l'idée d'offrir un sympathique actionner pur et dur (ce qu'il est majoritairement dans le fond), recyclant avec panache, aussi bien la recette productions étiquetées Luc Besson, que celle des monuments SF qui l'ont inspirés (Inception, Matrix en tête).
Le soucis c'est que ses ambitions vont au-delà du simple divertissement pépère, et c'est ce qui rendra foutrement bancal, son pourtant plaisant nouvel essai.

Bourrés de facilités et d'incohérences, méchamment tronqué par un pitch infondé (utiliser son cerveau à 100% = tu es le futur Superman), un dernier tiers méta (très) lourd mais surtout une accumulation de clichés (volontaires ou pas) et une trop grande distance avec ces personnages au point qu'aucun enjeu dramatique ne puisse s'instaurer, Lucy coule aussi vite qu'il est mis à l'eau, et perd de son intérêt dès la demie heure passée jusqu'à son dénouement (très) limite et difficile à prendre au sérieux.

Pire, le film tombe même parfois dans un ridicule hautement improbable une fois que la belle se soit vengée de ses tortionnaires, puisque ses intentions deviennent floues et incompréhensibles - elle devient une méchante tueuse qui conduit comme une tarée -, le tout culminant dans une scène en avion méchamment risible, ou Lucy voit son apparence physique se dégrader, soucis réglé en deux temps, trois mouvements par une ellipse expéditive (et le pire c'est que cette problématique ne sera plus jamais réutilisée après !).


Le film, sous-Nikita involontairement drôle, aurait clairement gagné en clarté et en simplicité (dans le bon sens) si Luc Besson avait tout simplement fait de la drogue une drogue Superman dans que l'on se perde dans des explications théoriques sur la neurologie.

En gros et tout du long, on se fiche de ce que peut devenir Lucy, personnage peu empathique (une étudiante cruche devenant une super-héroïne irresponsable et dénuée d'émotion), trop distante sur les événements qu'elle vit et dont le développement laisse clairement à désirer, tout comme les personnages secondaires qui l'entourent (pauvre Morgan Freeman..).

Dommage, car la composition impliquée de Scarlett Johansson charme dès le premier regard son cinéphile - Besson sait très bien mettre en valeur ses héroïnes, c'est un fait indéniable -, la durée très courte du métrage accentue encore plus l'urgence de son rythme bien maitrisé - laissant ainsi aucune place à l'ennui -, un parallèle étrange (mais pas inintéressant) entre humains et animaux dans le montage du premier tiers, quelques clins d’œils à la culture nippone (mangas et jeux-vidéos) et la douce folie de son action décomplexée avait tout pour convaincre au lieu de chercher à voir plus fort et plus loin, et de se ramasser dans un n’importe-quoi burné mais bancal et ahurissant.


Pur produit calibré pour le cinéma ricain, la saison estivale et les aficionados de serie B décomplexée et spectaculaire (oui, tout ça à la fois), certes pas franchement original et clairement classique dans son traitement mais qui s'avère in fine, suffisamment efficace pour plaire à sa vision, Lucy se regarde donc sans déplaisir même si il ne restera décemment pas dans les mémoires.

Bref, une nouvelle preuve qui démontre que l'on risque d'attendre encore un bon moment avant que le cinéaste frenchy retrouve un jour son mojo de réalisateur de séries B classieuses, jouissives et ambitieuses...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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