Andrew Scott

[CRITIQUE] : Locke


Réalisateur : Steven Knight
Acteurs : Tom Hardy, Ruth Wilson, Olivia Colman, Andrew Scott,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : 1 500 000 $
Genre : Thriller.
Nationalité : Britannique et Américain.
Durée : 1h30min.

Synopsis :
Ivan Locke a tout pour être heureux : une famille unie, un job de rêve… Mais la veille de ce qui devrait être le couronnement de sa carrière, un coup de téléphone fait tout basculer…




Critique :

On était en droit d'espérer meilleur baptême du feu derrière la caméra que le manqué Crazy Joe, pour l'excellent scénariste Steven Knight.

Le papa des scripts - entre autres - du puissant Les Promesses de L'Ombre et du génial Dirty Pretty Things, s'étant pourtant loupé dans les grandes largeurs avec ce drame/série B de luxe pour ce bon vieux Jason Statham, aventure au scénario incohérent et aussi rachitique que le popotin des frangines Hilton, plombé par une romance sans intérêt et un traitement des personnages frôlant indécemment avec le néant.

Et c'était sans parler de sa réalisation sans éclat, et limite même quasi-inexistante, à peine du niveau des pires péloches de castagnes du Stath', qui en a quand même de jolies dans sa filmographie jouissive mais loin d'être irréprochable (même pour les amateurs de cinéma burné).

Le constat est certes dur, mais qui aime bien châtie bien comme on dit.


Raison de plus pour observer d'un œil encore plus critique et impatient sa nouvelle réalisation, nettement plus ambitieuse pour le coup (tournée en temps réel sur un petit peu moins de deux semaines), Locke, ou un thriller huit-clos qui se passe intégralement en voiture, avec l'inestimable Tom Hardy en vedette.

Et quand on connait l'habitude qu'à le bonhomme de ne s'engager que dans des projets d'exception - vu son emploi du temps über chargé -, on ne peut donc s'attendre qu'à être agréablement surpris par ce second film de Knight, surtout qu'il a fait incroyablement sensation dans tous les festivals auxquels il a été sélectionné (Venise, Londres, Toronto, Champs-Élysées)...

Sur le papier, Locke cite deux films diamétralement opposés mais joliment efficace, que ce soit la série B musclé tendance thriller Phone Game de Joel Schumacher (ou quand un simple coup de fil peut changer votre vie) et le bouleversant drame également tendance thriller Buried de Rodrigo Cortés (ou quand un simple coup de fil peut sauver votre vie), ou Ryan Reynolds - dans son meilleur rôle - se voyait enterré vivant par des terroristes au milieu de nulle part, avec pour seuls alliés son téléphone en fin de vie et ses interlocuteurs.

Mais loin de toutes les péloches à compte à rebours ou la limite de temps est généralement caractérisé par un danger soit violent, soit mortel, le film se démarque de la masse en dressant intelligemment le portrait d'un homme normal, comme les autres, qui se verra très vite confronté à une tragédie qui bouleversera littéralement son existence bien rangée.


Car plus que toute chose, le second long-métrage de Steven Knight s'impose comme un drame existentiel intimiste et bouleversant, aux problématiques sociales poignantes (marque de fabrique de scénariste-réalisateur), qui à la malice de dévoiler très vite tous ses tenants pour mieux immerger le spectateur dans ce parcours bouillant, tendu et semé d'embuches.

Ou l'histoire d'un homme à qui tout réussi, Ivan Locke, gestionnaire très respecté dans le bâtiment, marié et deux jeunes garçons, qui va devoir répondre de ses actes en se montrant présent pour une ancienne conquête d’un soir, qui est tombée enceinte et à qui il avait promis d’être là pour la naissance du dit bébé.
Soit ce soir-là, et c'est ce dit périple vers l'hôpital - une décision qui chamboulera réellement sa vie -, à une heure et demie de voiture de là ou il se trouve, qui rythmera tout du long la bande, en tout point exceptionnel.

Terre à terre, minimaliste, emplit de pudeur et follement immersif, à travers cette chronique dans la banalité du quotidien sous forme de marathon/cauchemar éveillé dans lequel on ne peut se réveiller complétement indemne, Locke nous offre toute une tranche de vie d'un homme bien sur qui tout le monde compte, mais qui se voit rattrapé parles conséquences d'un acte isolé, remettant en jeu tous les fondamentaux de son existence : son mariage, ses enfants, son travail et même sa relation avec lui-même et sa conscience.

Odyssée puissante et passionnante dans les recoins de la conscience d'un être intègre, rationnel, au calme permanent, confronté au poids d'un passé - aussi bien son moment d'égarement que son enfance avec l'image d'un père absent qu'il ne veut pas reproduire -, qui ressurgit abruptement et qui l'oblige à vivre des moments de vérité dévastateurs (tout dire à sa femme, qui ne voudra plus lui parler, et même à son patron, alors qu'il est attendu le lendemain à la tête d'un projet architectural très important), même si il cherchera tout du long, à tout contrôler et nuire à personne.


Il roule inlassablement tandis que tout autour de lui et à l'autre bout du fil, tout son monde s'écroule.

Derrière la caméra, Knight réaffirme méchamment son potentiel de réalisateur en démontrant une maitrise totale de son sujet - filmé en temps réel -, se débarrassant des limites de son unique et exigu unité de lieu, de temps et de personnage, en nourrissant son suspense habilement écrit par une mise en scène discrète et inventive ainsi que par des interventions vocales finement insérées et dosées - à coups de dialogues simples mais percutants, qui rendent les interlocuteurs presque présent aux côtés d'Ivan -, et (surtout) la partition dantesque d'un Tom Hardy une nouvelle fois irréprochable.

A la fois fort et vulnérable, calme en apparence et bouillonnant à l'intérieur, ne quittant jamais des yeux une caméra qui le fixe tout du long, il livre une interprétation d'une authenticité et d'une sobriété impressionnante, notamment dans sa tentative - malheureusement veine - de droiture et de sincérité.

Nul doute que sans sa présence, son jeu nuancé et son inimitable charisme derrière le volant, le film n'aurait certainement pas eu le même impact sur la rétine des cinéphiles les plus endurcis.


Véritable expérience émotionnelle - les larmes ne sont jamais loin -, personnelle (la notion des valeurs morales) et psychologique intense et haletante, à la solitude constamment palpable, Locke est une brillante surprise pas dénué de défauts (on aurait peut-être aimer un poil plus d'enjeux), mais tellement bien rondement menée qu'elle incarne indiscutablement l'un des plus beaux exercices de styles de cet été 2014.

Encore une fois, c'est loin des blockbusters que le spectateur lambda trouvera la plus belle destination dans les salles obscures...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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