André Dussolier

[CRITIQUE] : La Belle et la Bête


Réalisateur : Christophe Gans
Acteurs : Vincent Cassel, Léa Seydoux, André Dussolier, Audrey Lamy, Eduardo Noriega,...
Distributeur : Pathé Distribution
Budget : 45 000 000 $
Genre : Fantastique, Romance.
Nationalité : Français, Allemand.
Durée : 1h52min.

Synopsis :
1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce.
Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose.
Se sentant responsable du terrible sort qui s’abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier à la place de son père. Au château de la Bête, ce n’est pas la mort qui attend Belle, mais une vie étrange, où se mêlent les instants de féerie, d’allégresse et de mélancolie.
Chaque soir, à l’heure du dîner, Belle et la Bête se retrouvent. Ils apprennent à se découvrir, à se dompter comme deux étrangers que tout oppose. Alors qu’elle doit repousser ses élans amoureux, Belle tente de percer les mystères de la Bête et de son domaine.
Une fois la nuit tombée, des rêves lui révèlent par bribes le passé de la Bête. Une histoire tragique, qui lui apprend que cet être solitaire et féroce fut un jour un Prince majestueux.
Armée de son courage, luttant contre tous les dangers, ouvrant son coeur, Belle va parvenir à libérer la Bête de sa malédiction. Et se faisant, découvrir le véritable amour.


                                       

Critique :

N'ayons pas peur des mots, Si Silent Hill est une adaptation du jeu-vidéo culte ennuyeuse mais honnête, que  son Pacte des Loups est dans l'ensemble joliment efficace et immersif, et que son Crying Freeman dénote d'un franc amour pour le cinéma d'art martiaux nippon, force est d'admettre que l'aura qualitative dont jouit le cinéaste Christophe Gans dans l'hexagone, est à mon gout, un chouïa trop surévaluée.

Souvent coincé dans ses références multiples et surtout dans son manque d'originalité flagrant dans ses choix artistiques, beaucoup attendait pourtant avec impatience sa nouvelle version live de La Belle et la Bête, œuvre culte qui avait pourtant connu toutes les adaptations possibles et imaginables.
Sauf celle alliant gros budgets et made in France à la fois il est vrai, et alors que la relecture made in Guillermo Del Toro se fait salement attendre, c'est le Christophe qui ouvre le bal en premier, ce mercredi, avec un déballage de moyen frisant foutrement avec l'indécence et laissant aisément le cinéphile sceptique.

Pourvu d'un casting de talent impressionnant, allant de l'inestimable Vincent Cassel à la douce Léa Seydoux, en passant par le génial André Dussolier et l'agaçante Audrey Lamy (on préfère sa sœur, aussi bien physiquement qu'humoristiquement parlant), tente donc de proposer une alternative aux cultes versions de Cocteau et Disney, en s'inspirant bien plus de la version du livre de Mme de Villeneuve que de celle du conte de Mme Beaumont, destinée aux enfants, public cible pourtant visé par ce Beauty and the Beast 2014, qui se veut divertissement familiale avant tout.


L'histoire on la connait tous, elle conte dans les grandes lignes, un père marchand ayant perdu sa fortune découvre un château abandonné habité par une bête à qui il dérobe une rose et contre laquelle sa plus jeune fille se sacrifiera pour vivre auprès de cette créature fantastique; puis la romance impossible entre deux êtres que tout oppose et qui vont pourtant apprendre à s'aimer, rien de neuf à l'horizon donc car on vous le donne en mille, le noyau central est bel et bien le même ici, même après mille adaptations différentes.

Baigné dans un univers gothique qui n'est pas sans rappeler ceux de Burton (Alice aux Pays des Merveilles), Sam Raimi (Le Monde Merveilleux d'Oz) et Del Toro (Le Labyrinthe de Pan), (trop) intelligemment référencé - que ce soit par Guillermo Del Toro ou Hayao Miyazaki, que le mexicain cite d'ailleurs assez souvent dans ses merveilleuses péloches -, le film impressionne grandement par son identité visuelle d'une beauté splendide, qui impressionnait déjà grandement dans sa bande annonce (seul trait positif que l'on en retirait d'ailleurs).

Via des décors imposants et souvent mis en avant, Gans déploie chaque image avec une richesse incroyable, usant à merveille des couleurs et de l'espace, peignant sa bande tel un tableau de grand peintre.
Et puis voilà, deux heures de publicité pour un parfum de luxe, c'est un peu tout ce que l'on a à se mettre sous la dent...

Le gros soucis du métrage est qu'il n'a rien à proposer d'autre que sa photographie époustouflante, à la différence des réadaptations de contes made in USA (Blanche-Neige et le Chasseur, Alice aux Pays des Merveilles entre autres) qui si elles ne pétaient pas dans le luxe de la qualité, se forçait néanmoins d'offrir un contenu un tant soit peut différent, moins artificiel et original de ce qui avait déjà pu être mise en image auparavant, les légitimant, dans un sens, un poil plus.


Écrasé par une musique souvent inadéquate et sur-présente surlignant tout ce qui peut se passer - ou presque - dans chacune des scènes qu'elle accompagne, parcourut par un manque de rythme flagrant - on s'ennuie tout du long, et le mot est faible -, un univers et un bestiaire très Del Toro et fortement inexploité, une caractérisation des personnages proche du ridicule, tout autant que son humour (les sœurs de Belle sont à tuer, tout simplement), tronqué par une voix-off redondante et artificielle, lui servant de passe droit pour sauter certains passages et se consacrer uniquement sur ce qu'il considère de plus " important ", mais surtout littéralement bousillé par la manie du cinéaste à foutre du slow-motion partout (c'était déjà l'un des défauts majeurs du Pacte des Loups); La Belle et la Bête a faux sur presque toute la ligne tant sa magie ne prend jamais, et ce n'est pas les compositions de son casting imposant qui en changera la donne pour le mieux.

Laissé à l'abandon par une direction d'acteurs frisant avec le néant, mais incarnant avant tout et surtout des choix de castings aussi hasardeux qu'illogiques, Dussolier est en roue libre - plus franchouillard tu meurs -, tandis qu'Audrey Lamy, poussive et insupportable, est loin d'apporter l'humour nécessaire et salutaire à la péloche, et qu'Eduardo Norriega se demande encore bien ce qu'il foutait là dans la peau du grand méchant juste transparent.

Quand au duo-titre, si Léa Seydoux plus froide que jamais, détonne dans la peau et les costumes d'une Belle qui lui sied mal, Vincent Cassel lui, fait ce qu'il peut entre deux, trois flashbacks ou il peut montrer son visage, tant son interprétation ne peut pas prétendre à mieux qu'un acte de présence forcée, même avec la plus grande volonté du monde.
Parce que parlons-en de cette fameuse Bête, mal grimé et maquillé à l'arrache, elle étouffe le plus bel atout du métrage - le Vincent -, à coups d'effets spéciaux foireux sur un masque foutrement peu expressif et la plupart du temps figé...

Dépouillé de toute incarnation, d'émotion sincère et de poésie, creux, frisant le grotesque (le final bordélique comme Jack, le Chasseur de Géant, avec des géants de pierre justement, et des racines en forme de serpents bigger than life, non mais WTF ?) puisqu'on ne croit pas une seule seconde à l'amour naissant entre Belle et la Bête, et encore moins à la déclaration de celle-ci vu leur relation anormale ne poussant justement pas à la moindre implication sentimentale, le film est l’œuvre hybride et indécise d'un cinéaste plus concentré sur sa démonstration technique, ses effets spéciaux et son ambiance que sur le développement de ses personnages et de son histoire.


Dans un sens, peut-être se disait-il qu'en fin de compte, pourquoi se faire chier à approfondir des personnages que l'on connait tous depuis plusieurs décennies, si l'on peut lui privilégier une claque visuelle sans nom comme jamais le cinéma hexagonal n'en a produit d'aussi ambitieuse et gavée au numérique dans toute son histoire.

Toute la vraie question est là donc, pourquoi se borner à mettre en image un conte qui s'est déjà vu magnifié deux fois à l'écran - de la plus définitive des manières possible -, pour au final rien ne proposer de neuf à des spectateurs n'attendant pas grand chose non plus, de cette vision ?

Ou la réponse la plus cruelle qui soit, pire que la malédiction de la Bête : le cinéma français ,de plus en plus consternant, peine à être original, et ce n'est pas un blockbuster sous forme de big bazar friqué, informe et produit dans l'unique but d'être commercial, qui changera la donne...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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