Conrad Kemp

[CRITIQUE] : Zulu


Réalisateur : Jérôme Salle
Acteurs : Forest Whitaker, Orlando Bloom, Conrad Kemp, Inge Beckmann,...
Distributeur : Pathé Distribution
Budget : 16 000 000 $
Genre : Policier.
Nationalité : Français.
Durée : 1h50min.

Synopsis :

Dans une Afrique du Sud encore hantée par l'apartheid, deux policiers, un noir, un blanc, pourchassent le meurtrier sauvage d'une jeune adolescente. Des Townships de Capetown aux luxueuses villas du bord de mer, cette enquête va bouleverser la vie des deux hommes et les contraindre à affronter leurs démons intérieurs.


Critique :

A l'instar de Pierre Morel, en l'espace de trois petits films seulement, Jérôme Salle s'est imposé comme l'un des cornaqueurs de séries B les plus intéressants et plaisant à suivre du septième art hexagonal, surtout en réussissant avec un certain brio, là ou la quasi-totalité des productions made in Besson se sont salement plantées depuis près d'une décennie maintenant : américanisé une prod française tout en lui offrant une identité propre.

Pour son quatrième long, toujours associé à son complice habituel au scénario, le très doué Julien Rappeneau, Salle s'attaque à Zulu, adaptation du roman éponyme signé Caryl Ferey, dont il était difficile de ne pas flairer le gros potentiel bankable vu son imposant succès, aussi bien critique que public.

L'histoire, hautement classique, suit l'enquête morbide de deux policiers atypiques - un blanc et un black -, dans une Afrique du Sud en pleine reconstruction, pour son confronter le meurtrier sauvage d'une jeune adolescente.
Mais peu à peu, ils vont devoir affronter - tout autant que leurs lourds passés et leurs démons communs - un puissant cartel de drogues, prêt à tout pour parvenir à ses fins, même jusqu'à aligner les crimes violents à la pelle...

Difficile à le nier donc sur le papier, Zulu sent le thriller classique à plein nez, rappelant aux bons souvenirs des œuvres cultes du genre - L'Arme Fatale et Se7en en tête -, dont on se doute qu'il a plus piler que franchement rendu hommage.
Et pourtant, loin d'incarner le genre de bandes réchauffées qui n'apporte justement rien de bon au genre depuis le chef d'oeuvre de Fincher, le film de Jérôme Salle est une excellente et belle surprise, d'une noirceur rare dans le paysage cinématographique hexagonal.


Foutrement haletant, noir et tendu, parcourut de tout son long par un ton morbide frôlant le nihilisme, Zulu est avant tout l'histoire de personnages blessés, bousillées et souffrant tout autant que la terre qu'ils foulent de leurs pieds et leurs âmes.
Une Afrique du Sud post-Apartheid meurtrie, gangrenée par un mal encore plus profond : la lutte des classes et son écart de plus en plus grandissants entre les riches et les pauvres.
Au bords de l'implosion social - tout comme le brillant District 9 -, l'Afrique du Sud de Salle n'a pas encore entièrement pensé ses plaies, et reste encore lourdement traumatisés par les atrocités ayant fait son passé.

Même si il n'exploite pas à fond le contexte social et politique de son pays hôte, le cinéaste use à la perfection de l'ambiance malsaine et lourde qui le caractérise, via l'étude de ses personnages titres, et leur avancée dans leur enquête on ne peut plus tortueuse.

Dit personnages-titres campés par deux stars Hollywoodiennes en pleine possession de leurs moyens, l'immensément mésestimé Forest Whitaker, magistral dans la peau du bon mais torturé Ali, mais surtout Orlando Bloom - rarement aussi inspiré ses dernières années -, parfait en contre-emploi en mode Martin Riggs, épave humaine addict aux médocs et à l'alcool, deux puissants performeurs qui apportent ce qu'il faut de psychologie à des rôles joliment fouillés.

Bien sur, beaucoup tiqueront sur les nombreuses incohérences, ou encore le manque de nuance voir même de crédibilité de certains détails certes, mais le cinéaste frenchy fonce tête baissée dans son histoire avec une telle sincérité et un tel enthousiasme qu'il est difficile de ne pas se laisser porter in fine par l'implacable efficacité de la bande.


Fidèle à son matériau d'origine, jamais poseur et encore moins moraliste, d'une brutalité crue et frontale, et pourvu de scènes d'actions nerveuses et très lisibles, Zulu semble tout droit sortie des 70's, âge d'or des thrillers à la violence sans concession.

D'une réalisation racée et dynamique, appuyé par une photographie lumineuse, un cast impliqué et un nouveau score d'excellence signé Alexandre Desplat, le film est une jolie petite surprise, une proposition un poil inattendue dans le genre polar made in France, balisé et de plus en plus détestable.

Un poil de rigueur et d'ambition, et le film aurait certainement pu prétendre à une place bien au chaud auprès des cultes Se7en et Training Day, mais dans l'état, il est foutrement plaisant et immersif.

Et c'est déjà franchement pas mal.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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