Critiques

[CRITIQUE] : The Lunchbox


Réalisateur : Ritesh Batra
Acteurs : Irrfan Khan, Nimrat Kaur, Nawazuddin Siddiqui,...
Distributeur : Happiness Distribution
Budget : 1 000 000 $
Genre : Comédie, Romance.
Nationalité : Indien, Français et Allemand.
Durée : 1h42min.

Synopsis :
Ila, une jeune femme délaissée par son mari, se met en quatre pour tenter de le reconquérir en lui préparant un savoureux déjeuner. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Le soir, Ila attend de son mari des compliments qui ne viennent pas. En réalité, la Lunchbox a été remise accidentellement à Saajan, un homme solitaire, proche de la retraite. Comprenant qu'une erreur de livraison s'est produite, Ila glisse alors dans la lunchbox un petit mot, dans l'espoir de percer le mystère.


Critique :

Il est difficile pour tout cinéphile un minimum avertit, de ne pas se sentir un tantinet alléché par une invitation en salles faites par le précieux et talentueux Irrfan Khan, tant chaque nouveau film du bonhomme depuis sa popularisation international faîte grâce au triomphe de Slumdog Millionaire, s'est toujours avéré être un joli - ou très divertissant - moment de cinéma.

Dernier film en date du bonhomme, le bien-nommé The Lunchbox, petite péloche indienne indépendante, gros succès au box-office sur ses terres, mais surtout belle bête de festival depuis sa présentation à la Semaine de la Critique au dernier Festival de Cannes.

Vendu comme une comédie romantique bien loin des clichés du colossal Bollywood que nous, spectateurs occidentaux, nous nous bornons à avoir (il faut dire que pour le spectateur moyen, l'industrie puissante made in Bombay se résume curieusement à deux genres : les comédies musicales et dansantes, et le polar urbain), le film avait donc tout pour salement nous intriguer, et de facto, tout pour judicieusement nous séduire par la suite...


The Lunchbox donc, ou l'histoire d'Ila, (très) belle femme au foyer désespérée et délaissée par un mari peu conscient, qui s'efforce justement de lui concocter amoureusement, de succulents petits plats pour ses déjeuners, dans l'espoir de faire renaître la flamme et l'intérêt dans leur couple.
Tous les matins à Bombay, des dizaines de livreurs livrent justement aux maris sur leur lieu de travail, les repas chauds mitonnés par leur épouses.
Mais si toutes ces lunchboxes arrivent toujours à bon port, celles d'Ila elles, s'égarent curieusement jusqu'à la table de Saajan, un comptable grincheux et proche de la retraite.

Les deux ne se connaissent pas et pourtant, une relation épistolaire-culinaire va se former entre eux, dans un secret et une complicité totale...

Qu'on se le dise, rarement des films indiens populaires se sont avérés être aussi exportables à l'étranger mais surtout, rares sont les cinéastes, jeunes qui plus est, à avoir réussi à offrir un visage inédit de l'Inde sans user à outrance de son exotisme, et encore moins en évitant de lourdement tomber tête la première, dans un certain misérabilisme gênant.

Dès le départ donc, The Lunchbox du brillant Ritesh Batra, incarne un petit événement surprenant en soi, que ne tardera pas de magnifier son traitement on ne peut plus léger et charmant.


Sympathique comédie romantique dans ce qu'elle a de plus classique, usant avec malice de tous les ressorts du genre (le ronchon qui s'humanise au contact d'une femme qui elle, délaissée, rêve de nouveau à l'amour; ou encore le piment qu'incarne toujours les seconds-couteaux comiques) au point de parfois, certes, tourner un peu en rond, le métrage n'en reste pas moins foutrement efficace, grâce à un humour intelligemment dosé et une pluie de personnages attachants.

Dénué de tout spectaculaire, fluide, profond et léger à la fois, le film de Batra, plus qu'une simple comédie sentimental sur la nourriture et la découverte - à la fois de l'autre et gustativement parlant -, est avant tout une merveilleuse et mélancolique chronique d'êtres blessés par la vie et le temps qui passe, d'âmes frappées par la solitude et l'indifférence d'une société surpeuplée et recentrée sur elle-même.

Rafraîchissant dans son itinéraire miraculeux de deux personnes frappées par le tout puissant hasard, mais également judicieusement tendre (c'est pour faire renaître un amour perdu que la cuisine d'Ila en fera naître un nouveau) et universelle dans la banalité et la simplicité de son traitement (on prends deux êtres au hasard, au point que cela pourrait très bien être vous comme moi), la péloche de Ritesh Batra est d'une justesse et d'un charme incroyable, une réussite exemplaire accentuée par un final loin d'être pompeusement cul-cul, et par la composition exquise d'un casting totalement voué à sa cause.


Plus proche du cinéma indépendant ricain que du pimpant Bollywood, follement vivant même si beaucoup tiqueront sur son manque cruel d'originalité (c'est pourtant dans les vieux pots que l'on fait les meilleures confitures), The Lunchbox est suffisamment bien cornaqué et enthousiasmant pour que l'on puisse sortir de la salle avec la banane, incarnant ni plus ni moins que l'un des plus beaux feel good movie de cette année ciné 2013.

Pas de quoi se transformer en cinéphile fleur bleu pour autant, mais un petit shoot à l'eau de rose de temps en temps comme on dit par chez nous, ça fait toujours du bien par ou ça passe !



Jonathan Chevrier


John Chevrier

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